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Zarah Tahiri


vendredi 7 janvier 2000, par Gilles Gouget, Jean-François Rigaudin

Zarah Tahiri présente des photos des grands noms du jazz, qu’elle peint avec ses couleurs et ses formes, un regard faussement psychédélique, avec un vrai amour de la musique, tout au fond. Jean-François Rigaudin fait parler ses "Sons et Couleurs"...

J.-F. R. : Parlez-nous un peu de vous... vous tes d’origine marocaine, vous avez grandi au Maroc, vous avez choisi tout de suite la voie artistique, et plutt la fac qu’aux beau-arts...

Zarah Tahiri : C’est une dmarche personnelle, parce que mon but, c’tait d’abord de dvelopper ma thorie... au niveau artistique. De pouvoir prciser ma voie, d’une faon personnelle, sans m’inscrire pour autant dans une voie dj trae par une cole particulire, des beaux-arts justement. C’est un choix difficile et assez dangereux.... c’est nos risques et prils, si la thorie ne fonctionne pas au niveau de la fac, on a rien en retour. Moi, j’ai prfr prendre les risques. Aprs ma matrise d’arts plastiques, j’ai prfr me dtourner d’une carrire d’enseignant et tre plasticienne part entire, pour dvelopper le style que j’ai thoris.

J.-F. R. : Alors ce style... quel est-il ?

Z. T. : C’est un style qui se place entre le figuratif et l’abstrait... je suis compltement inspire de Kandinsky, dans sa faon de voir la dmarche de l’artiste. C’est quelqu’un qui s’est surtout bas sur le subjectif de l’artiste, sur l’intuition, sur le spirituel dans l’art ; il a d’ailleurs crit un livre l-dessus. C’est un grand travail sur soi, une dmarche personnelle qui va permettre, justement, de de se dtacher de l’go, et d’atteindre des choses immatrielles, des choses irrationelles, des choses transmises par le divin, pourquoi pas ? Et pour moi, l’artiste (je ne dis pas a d’une faon prtentieuse) est avant tout un messager entre le monde divin et le monde des humains. C’est son rle. Il n’est pas l pour gagner de l’argent, il n’est pas l pour faire voluer l’histoire de l’art, il est l pour communiquer des vrits essentielles.

J.-F. R. : Vous avez plusieurs cordes votre art. Vous peignez sur des toiles, ou d’autres supports importants... de grande taille. Et puis vous tes aussi une personne qui travailliez l’art du tatouage, donc on passe du grand l’infiniment petit... au dtail... Cette faon de peindre sur le corps des autres... c’est assez intressant par rapport ce que vous venez de dire...

Z. T. : Tout fait, pour moi un tatouage est aussi une oeuvre d’art sur le corps d’une personne, et c’est aussi une dmarche tout fait intressante, parce que l, on guide encore la personne trouver une symbolique, quelque chose qui lui soit compltement particulier, personnel. Lorsqu’une personne vient faire un tatouage, c’est avant tout une faon de trouver... un repre par rapport elle-mme, un appui dont elle besoin, quelle qu’en soit la raison. Le motif sera toujours quelque chose d’unique, et non un extrait d’un catalogue que l’on trouve chez tous les tatoueurs. Je suis l pour trouver quelque chose d’original qui lui soit propre, qu’elle n’aura pas envie d’effacer dans 15 ans.

J.-F. R. : Quelque chose dans lequel vous aurez mis toute votre passion et toute votre spiritualit...

Z. T. : Et puis c’est un change, entre le tatoueur et le tatou. Il n’est pas phmre du tout, ni bas sur l’argent. Il m’est arriv de refuser certaines personnes, parce que je n’avais pas de feeling avec ; comme il y a des personnes qui n’ont pas t vraiment l’aise avec moi, j’ai prfr arrter. S’il n’y a pas cette base-l au dpart, ce n’est pas la peine...

J.-F. R. : Dans le tatouage, on est dans l’infiniment petit... dans la piqure... dans le...

Z. T. : En fait, le point commun entre la technique de ma peinture et le tatouage, c’est que mme si les peintures sont grandes, elles sont faites quand mme avec un tout petit pinceau... par touches, par points. C’est toujours le point, pour moi c’est important. Le tatouage c’est pareil. On pique, et puis c’est la vitesse de la machine qui, force d’avoir des petits points, permet d’avoir un trait. Pour ma peinture, c’est un peu pareil, sauf que c’est ma main qui est d’une vitesse relative par rapport la machine, mais c’est aussi des points et des traits. C’est pas non plus innocent d’avoir choisi le point comme base. Pour moi le point, c’est la molcule, c’est l’essentiel de tout, c’est ce qui fait le point commun de tout ce qui fait l’univers, c’est l’nergie... Ca reste toujours symbolique, quoi que je fasse.

J.-F. R. : Apparament, vous tes amatrice de jazz. Vous peignez en musique ?

Z. T. : Souvent, en effet. L, le Miles Davis, je l’ai fait... tout plein de couleurs... il est extraordinairement color. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai... peut-tre j’ai t influence par l’album "Aura"... qui tourne autour du spectre lumineux.

J.-F. R. : Sans doute. Alors parmi les grands... Vous nous prsentez des grands, sinon les plus grands noms du jazz... Alors il y a Charlie Parker, Keith Jarret, Boby McFerrin, Stphane Grapelli, Charlie Haden, Art Blakey, John McLaughlin... Pourquoi avoir choisi ceux-l plutt que d’autres... Ce sont les musiciens que vous coutez le plus, ou bien il reprsentent...

Z. T. : C’est trs personnel. Disons que je rends hommage aux musiciens qui m’ont le plus touche, qui m’ont accompagn dans mon art et dans la musique. J’ai aussi choisi un instrument de musique diffrent chaque fois, parce que je les aime tous, qu’ils sont tous necessaires en fait. Chacun, dans son domaine, a t jusqu’au bout de son instrument, l’a pouss au plus loin. Je voulais galement, par les couleurs et par les formes, reprsenter et le style du musicien, et aussi le son de l’instrument. Chaque son est diffrent, mais peut avoir une couleur... J’ai mis Coltrane dans une couleur un peu violette, bleute, parce que c’est quelqu’un qui est trs mditatif, sa musique est transcendentale et ncessite beaucoup d’attention.

J.-F. R. : Vous tes amatrice de toutes les poques du jazz, du bebop au free, en passant parce qui se fait aujourd’hui. Pour vous, il n’y a pas une poque qui... le free ne vous a pas drange par son ct un peu...

Z. T. : Non... C’est une marche en plus. C’est un petit peu ce qu’il se passe dans l’art. Toutes les poques ont eu leur importance. Aujourd’hui, j’coute beaucoup de Keith Jarret. Je me retrouve normment dans sa musique, parce que c’est quelqu’un qui n’est pas trs mdiatis, mais qui continue plonger dans son moi, dans son me, pour trouver son inspiration, et il n’essaie pas trop de pomper ce qu’il y a autour de lui pour garder la cte. C’est assez exceptionnel notre poque.

J.-F. R. : L’expo que vous nous prsentez est faite partir de photos... connues de ces artistes. Ce ne sont pas des rprsentations originales de Zarah Tahiri, ce sont des transcriptions partir de photos connues, de ces artistes, avec vos couleurs, et votre technique.

Z. T. : Exactement, c’est tout fait volontaire. J’ai choisi des photos connues, pour justement montrer la diffrence, montrer mon interprtation personnelle, et ma touche de couleur. Les photos ne sont l que pour guider le public, pour qu’il puisse reconnaitre l’artiste. C’est important pour moi, pour que les gens puissent ensuite dcouvrir travers les couleurs et les formes ce que j’ai voulu reprsenter de sa musique. Il m’est arriv, lors de mes prcdentes expositions, de rencontrer des amateurs de tel ou tel musicien, et souvent, ils n’ont pas t surpris par la note de couleur que j’ai donne, que j’ai donne de faon tout fait subjective. J’ai notamment recontr quelqu’un qui tait fan de Stphane Grapelli, et qui m’a appris que c’tait quelqu’un qui s’habillait souvent avec des chemises colores, pleines de fleurs... c’tait une chose que je ne savais mme pas, je connaissais plutt sa musique, et les photos que j’avais eues, c’taient des photos en noir et blanc... et pourtant, je l’ai peint trs color.

J.-F. R. : Vous l’avez resenti comme a ?...

Z. T. : Je l’ai resenti comme a, oui. Un petit ct tziganne... et puis le violon, aussi...

J.-F. R. : Cette expo va avoir une suite. Vous allez vous attaquer aux Divas du jazz, puis aux monstres du blues...

Z. T. : Tout fait, et puis ensuite, j’irai peut-tre vers le rock, rap, le hard-rock, tous les styles musicaux, mme pour arriver aux styles actuels. C’est pour unir tous les mouvements musicaux, pour exprimer qu’ils viennent tous d’une origine... qu’ils sont tous frres, pour dire qu’il faut tre eclectique dans la musique, ne pas se figer dans un domaine particulier, et rater quelque chose.

propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin


 
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