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TAPAGES N° 4
mercredi 22 février 19h30
mercredi 22 février 2006, par
Chaque lecture que propose Tapages est mûrement refléchie... Ce mois ci, pour accompagner la lecture d’un texte de Wole SOYINKA, nous vous proposons une reflexion sur la littérature africaine (...)
Texte lu à l’antenne par Caroline NOVARA et mis en onde par Violaine PICON.
Les musiques qui accompagnent cette lecture sont :
Eberhard Weber : More colours Michel Bismut : Lemo (part 1) Jaco Pastorius : Portrait of Tracy Bassus extremus : Remeberances of future past Eberhard Weber : An evening with Vincent Van ritz Bach : Prlude pour violoncelle solo Ron Carter : Bottoms up
WOLE SOYINKA, Le roi de la solitude extrait de Cet homme est mort (1972) (ed. BELFOND, Nigeria)
Wole Soyinka est romancier, pote et auteur dramatique. N en 1934, il fut arrt en 1967 et gard en prison jusqu’en 1969 pour ses activits en faveur de l’indpendance du Biafra pendant la guerre civile et au gouvernement militaire en place au Nigria.
En prison, il prit des notes dans les interlignes des livres que ses amis lui apportaient en fraude.
A sa libration, il en fit un livre publi Londres en 1972, Cet homme est mort, qui ne fut traduit en franais qu’en 1986 aprs son obtention du prix nobel.C’est de cet ouvrage dont est tir cet extrait par ailleurs prsent dans un receuil de textes rassembls et introduit par Siobhan Dowd sous le titre Ecrivains en prison.
Wole Soyinka propose un tableau sombre de la socit nigriane. Les interprtes (1963) dnonce les turpitudes de l’ordre moderne et son odeur aussi nausabonde que celle de la lagune. Il est galement l’auteur de Une saison d’anomie (1973) et Ak, les annes d’enfance (1981). Il n’est pas ici question d’une revue bibliographique de son travail, disons simplement qu’il s’est notamment illustr dans le thatre, et dans de nombreux textes qui malheureusement ne sont pas encore traduit en franais...
Aujourd’hui, il vit en exil et donne des confrences dans le monde entier. Engag pour l’instauration d’un gouvernement dmocratique au Nigria, il a milit pour Ken-Saro-Wiwa et se trouve menac par la junte son tour.
Ken-saro-wiwa fut pendu au Nigria le 10 novembre 1995, il avait t arrt une anne auparavant et accus d’incitation au meurtre. Les raisons principales de son arrestation et de sa condamnation taient son opposition vhmente aux gouvernements militaires et sa dfense des droits de la tribu Ogoni laquelle il appartenait. (Les Ogonis occupent le sud du Nigria sur des terres dgrades par le pompage intensif de mlultinationales ptrolires). Ken-Saro-Wiwa tait l’un des crivains les plus aim au Nigria. Son roman Sozaboy, est considr comme l’une des oeuvres maitresse de la littrature africaine.
Wole Soyinka est devenu en 1997 prsident du Parlement international des crivains dont il est l’un des co-fondateurs. Il est aujourd’hui le vice-prsident de The north american network of cities of asylum, qui s’est donn pour mission d’tablir dans le monde entier des lieux d’asile pour des crivains menacs ou en exil.
Je me rvolte, donc nous sommes. (A. CAMUS l’homme rvolt 1951).
Quand l’Afrique s’crit...
La responsabilit de la littrature a orient pendant longtemps la pratique littraire en Afrique. Le continent noir mergeait alors de sicles de servitude et d’exploitation coloniale qui avaient profondment brouill son image de soi et la perception que les autres peuples avaient de lui. Il comptait sur ses crivains et ses artistes pour lui rendre sa dignit.
Nombres d’crivains ont rpondu cette attente en construisant leurs oeuvres autours de la rvolte face l’oppression et l’alination subies par leurs peuples. Sous leur plume, la littrature africaine est devenue dnonciation, contestation et rsistance. Parce que nous vous hassons, vous et votre raison, nous nous rclamons de la dmence prcoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace , crivait Csaire.
La ngritude est une littrature militante. Beaucoup d’uvres sont des autobiographies, et le style est souvent concret, bien que la posie tienne une large place dans leurs travaux.
Avant les indpendances, trs peu de romans relvent de l’imagination pure. Le public est exclusivement europen et ces uvres doivent constituer un tmoignage de la socit coloniale, le fait qu’elle est l’oeuvre de leaders fortement occidentaliss et qu’elle s’adresse davantage au public lettr d’Europe qu’aux masses africaines a constitu un des plus violent reproche adress la ngritude. Ces crivains, dont Csaire et Senghor ont t les chantres, se sentent une sorte d’obligation morale l’engagement politique, et les rcits se dclinent comme des exercices imposs sur le thme "racisme-colonialisme". a n’est qu’aprs l’indpendance, en 1960, qu’il sera possible de s’en affranchir.
Comme disait l’oncle Hampt B on est toujours le fils de son cole .
Mais ce courant de la ngritude est, finalement, propre l’Afrique de la colonisation franaise. Les anglophones, eux, se sont dmarqus de ce mouvement, Wole Soyinka rappellait non sans humour que le tigre ne proclame pas sa tigritude : il sort ses griffes et bondit sur sa proie.
Le prix nobel qui lui fut dcern a certainement contribu la reconnaissance internationale de la qualit et de la vitalit des littratures africaines anglophones longtemps eclipse par la ngritude.
Puisque, faut il le dire, par la force des choses, l’criture doit se faire dans la langue du colonisateur. Outre l’empreinte culturelle coloniale, le principal obstacle l’utilisation des langues nationales est le multi-ethnisme.
Pour l’instant, il est encore difficile de parler de vritables innovations dans le domaine linguistique. Dans les annes 60, l’criture africaine tait un exemple de matrise tant grammaticale que stylistique (dans les pages de L’enfant noir se dcouvre un vritable filon d’imparfaits du subjonctif digne des pires dictes de collge). Aujourd’hui, la langue s’est libre, s’est assouplie. Certains disent qu’il lui manque pourtant encore la petite dose d’originalit et de cration, qui en ferait la langue de l’Afrique, comme existent l’espagnol d’Amrique, le brsilien ou le qubcois, d’autant que le franais est une langue parle en Afrique.
Une partie de la nouvelle gnration d’crivains des annes 1990 rompt avec les visions militantes de leurs anciens. Beaucoup ont dpasss la fascination pour leur histoire, pour s’intresser au prsent de leurs pays, la ralit de l’Afrique d’aujourd’hui et la fonction de l’crivain dans ce contexte de guerre, de souffrance, de misre et d’illettrisme, de globalisation et de recherche d’identit personnelle. Des voix fminines s’levent pour faire tomber les tabous : mutilations sexuelles, mariages forcs, polygamie... (j’en passe...)
On trouve dans leurs textes cette douleur qui porte en elle la rvolte d’un peuple mpris tant par ses lites que par les nouveaux imprialismes cooprants .
Les auteurs africains crivent le monde pour l’interroger. Comme ailleurs dans le monde, certains revendiquent et rvlent sans complaisance l’tat de leur continent, d’autres racontent des histoires, jouent des mots, crivent la ralit qui les a faonn. Nous n’avons aucun motif pour les assigner au crneau opprims, ou postcoloniss.
La posie, le got du conte, la philosophie ne sont les prrogatives d’aucun peuple, pas plus que la rvolte, la sagesse traditionnelle ou l’humour.
En 2001, le dramaturge togolais Kossi Efoui, un des crivains sans doute les plus talentueux du nouveau vivier littraire, faisait scandale au festival Etonnants Voyageurs Bamako en affirmant que la littrature africaine n’existe pas . Et il ajoutait : L’crivain africain n’est pas salari par le ministre du tourisme, il n’a pas mission d’exprimer l’me authentique africaine.
Je ne sais quel gr ce peuple me saura, mais je sais qu’il lui faut autre chose qu’un commencement, quelque chose comme une naissance. (Aim Csaire, Et les chiens se taisaient).
A lire :
Franoise Vergs : Ngre je suis, ngre je resterai (entretien avec Aim csaire), ALBIN MICHEL
Fottorino, Guillemin, Orsenna : Besoin d’Afrique (FAYARD)
Ahmadou Kourouma : En attendant le vote des btes sauvages, et Allah n’est pas oblig (SEUIL)
Collectif : Dernires nouvelles de la franafrique (VENTS D’AILLEURS)










