- Accueil du site
- Espace Expression Libre
- TERRIEN-NEIR SE’T
Thomas Boucherie, expo juillet 2004
jeudi 12 août 2004, par
Entre trait noir, pastel, manga coréen, graphisme urbain, vandal’art, illustration et infographie, Thomas Boucherie ballade sa détermination de faire chaque jour ce que lui dicte l’inspiration, entre le frigo et l’ordinateur. Ses personnages, il ne vous les cédera peut-être pas contre espèces sonnantes et trébuchantes, mais plutôt peut-être contre quelque panier garni pour lui remplir l’estomac. Les personnages de Thomas sont restés assez sages tout ce mois de juillet 2004 dans l’Espace expression libre de Divergence, et sous la caresse de notre ventilateur à démarrage manuel ils n’ont ni fait l’amour, la course ou la bagarre dans le frigo qui trainait sur le boulevard.
Rodolphe Gayrard questionne ce jeune terrien qui vous veut du bien.

Rodolphe Gayrard : Salut Thomas.
Thomas Boucherie : Salut.
Rod. : Alors, Thomas, pour parler un petit peu de l’expo Terrien-T’esrien . On disait dans le sommaire que c’est pas d’la peinture, c’est pas de la sculpture... Comment tu le dfinirais, toi, ce travail ?
T. B. : Euh... du graphisme urbain...
Rod. : Du graphisme urbain... Est-ce que le graphisme urbain, c’est pas plus un ct graffiti, un ct tag ? Parce que l, c’est trs propre...
T. B. : Non... Tag, graffiti, c’est pas du tout la mme chose dj. Donc du coup, c’est... a se rattache au graphisme urbain parce que c’est de l’art de rue la base. C’tait ddi l’art de rue, et puis maintenant je le met en expo parce que, voil, il faut aussi amener le produit sur un autre crneau.
Rod. : Faut gagner sa vie...
T. B. : Oh, gagner sa vie c’est pas essentiellement le but de la manoeuvre. C’est surtout se montrer, et montrer qu’il y a d’autres ides dans la vie que le travail de base.
Rod. : Tu dis que c’tait un travail de rue, au dpart. Tu as commenc crer a dans la rue ?
T. B. : Dans la rue, ouais.
Rod. : C’est dire... sur les murs, etc ?...
T. B. : Ouais, sur les murs, en collages... affichages... des dmonstrations visuelles, quoi.
Rod. : C’est du graphisme, mais quand on a dit a, on a pas tout dit. Tu me dis si je dis une btise, mais c’est trs tir... du manga.
T. B. : Ouais, manga coren. a se rapproche du manga parce que c’est la couleur, et les petites expressions dans les regards.
Rod. : La couleur, parlons en. C’est toujours dans des tons pastels, bleu, rose...
T. B. : C’est une couleur spcifique, en fait, qui s’appelle la couleur Toyo, c’est un panel de couleurs. Et donc je n’utilise que a parce qu’il faut que ce soit doux au regard, faut pas que a soit agressif. C’est que du pastel en fait. Je travaille avec un logiciel qui utilise plusieurs sortes de palettes, et celle la, c’est la seule dont je me serve, en fait. Que des tons pastels, des couleurs crues.
Rod. : Tu mets en scne plusieurs personnages, qui appartiennent tous un peu la mme espce...
T. B. : C’est des terriens, en fait, c’est pas grand chose... Parce qu’il faut expliquer le pourquoi du terrien, en fait. C’est terrien d’un ct, et t’esrien de l’autre. En fait j’ai essay de faire quelque chose de minimaliste au niveau du crayon et du design, pour rappeler qu’on est pas grand chose, mais qu’en mme temps on est pas des cons, on a tous des choses amener sur terre, voil.
Rod. : Comme disait Devos, on est pas grand chose mais on est quand mme quelque chose.
T. B. : Pour moi, c’est mon expression. Je suis quelque chose de ce ct l, j’ai a montrer, et j’n’ai plus envie de travailler, donc il faut bien que je montre ce que j’ai l’intrieur (rire).
Rod. : Ce sont des panneaux d’environ un mtre vingt sur quarante centimtres de large, et puis il y a de petites boites, avec un personage central. C’est sur un support plexi.
T. B. : Ouais, c’est un nouveau support, une matire que je voulais essayer de tester... pour la transparence du produit, le ct neutre, en fait. Du fer, du plexi et de l’adhsif. Je me sers du plexiglas pour poser mes tirages sur adhsif dessus.
Rod. : Ces personnages, tu les dessines la main d’abord ?
T. B. : Non. Aucun croquis, tout est dessin en direct sur l’ordinateur, comme si j’avais une feuille blanche sur mon cran... ma souris, mon clavier...
Rod. : Tu as appris tout seul ?
T. B. : Tout seul, ouais. J’ai achet le logiciel, l’ordinateur... a fait sept ans maintenant.
Rod. : Tout de mme.
T. B. : Tout de mme, oui. C’est un dur travail.
Rod. : Alors avec tous ces personnages, on est un peu dans les fes, les lutins, tout un univers qui n’est pas non plus tranger au manga. Y’a une sorte de mythologie dans laquelle tu te retrouves ?
T. B. : Les fes, les trolls et tout a ?
Rod. : Oui. Dans ce que toi tu as cr.
T. B. : Est-ce que je me retrouves l-dedans ?... Oui... non... parce que gnralement quand on fait de la cration, on recrache quelque chose qu’on a ingr. Donc, est-ce que ce serait une faon de recracher ce que j’accepte pas dans c’dlire, dans cette socit l ?... En tout cas j’exprime autant de la joie, de la bonne humeur, du malheur...
Rod. : Du doute aussi, y’a un personnage qui a l’air de douter...
T. B. : Voil, qui se pose des questions, ouais. Comme on fait tous les jours de la vie, toutes les heures.
Rod. : Est-ce que ces personnages peuvent reprsenter des catgories d’humains ?
T. B. : Non, ils peuvent pas reprsenter des catgories d’humains.

Rod. : Pourquoi ?
T. B. : Parce qu’il y a tellement de choix dans la vie humaine... Non, ils sortent des sensations et des vibrations que j’ai ressenties pendant les annes o j’ai fait a. chaque fois, un dessin, visiblement, enfin, c’est ce que je vois, quoi... Chaque dessinateur a des poques bien spcifiques, par rapport son humeur, ce qu’il vit... On fait tous chacun pareil, quoi. On a tous notre vibration qui est par l’avant, notre faon de marcher, ou de penser.
Rod. : Est-ce que tu as essay d’autres formes de travail, est-ce que tu as utilis le pinceau, ou le crayon, etc ?...
T. B. : J’ai essay plusieurs sortes de travail diffrent mais qui n’avaient rien voir avec le dessin, tel que le boucher - je m’appelle boucherie -, ptissier, serveur, enfin... j’en passe et des meilleures. Et voil, quoi. Et puis au bout de dix ans j’me suis dit qu’c’tait l’dessin, quoi. Y’a rien d’autre, dans la vie, qui va tre fait pour moi, et donc du coup, ben... J’reste sur le dessin, et j’espre qu’au final, a va... percer.
Rod. : Finalement, l’important c’est de trouver sa place.
T. B. : Oui, trouver sa place, mme si on en vit pas forcment comme un bourgeois, on va dire. Mais au moins, je vis heureux, quoi. Tous les matins j’me lve, j’ai le smile, et j’suis pas mcontent d’ma journe, le soleil brille, tout va bien, les gens sont pas idiots... a avance...
Rod. : C’est dj pas mal. Quel genre de retour tu as sur ton travail ?
T. B. : Que du bnfique. Y’a un pote, d’ailleurs, qui s’est fait tatouer la fe. a m’a fait plaisir, a m’a mme touch, parce que a montre qu’au final y’a une vibration dans mes dessins, et que y’a un ressentit par rapport aux autres... que je suis pas le seul avoir une ide... Quoi que maintenant j’en ai plus, l’ide est tellement belle (rire)...
Rod. : Quand on voit ces dessins, on a l’impression de voir ce qui se fait beaucoup dans les journaux, ou... un dessin trs la mode, mais en, mme temps y’a autre chose. Dj, ce titre terrien-t’esrien , qui exprime une ide forte, et puis il y a ces personnages qui s’expriment de faon diffrente. Est-ce que ces personnages correspondent ton humeur, ou est-ce que c’est compltement mental.
T. B. : Non, c’est pas par rapport mes humeurs, j’ai tout le temps a dans la tte. Si c’tait par rapport mes humeurs, ce serait un peu bizarre... oh oui (rire). a serait moins soign que a, et un poil plus trash (rire). Ce serait Mickey et Minie entrain d’s’entretuer !
Rod. : Comment tu travailles, c’est toi qui fait tout ?
T. B. : En fait je fais toute la conception, puis je passe par des boites diffrentes qui font le produit final. Mais a vient comme a, en fait, c’est vraiment... tiens ! J’ai envie de dessiner , ben j’vais dessiner. Si j’ai envie de peindre sur un mur, je vais aller peindre sur un mur.
Rod. : Est-ce que tu continues le travail dans la rue ?
T. B. : a m’arrive de temps en temps, mais je fais plus que de l’expression dans la rue, je signe plus rien. Je fais pas de vandal’art.
Rod. : Vandal’art ?
T. B. : Ouais, on pourrait appeler a comme a. C’est faire du vandalisme tout en faisant de l’art, puisqu’on a quelque chose exprimer... Enfin, moi, le graffiti, j’le vois comme a, quoi. C’est beaucoup de personnes qui ont des choses exprimer, et qui ont trouv ce moyen l pour le faire. Bon, c’est plus ou moins lgal, on va dire, parce que y’en a maintenant qui arrivent en vivre. Mais pour beaucoup, c’est leur seule faon de s’exprimer aussi, quoi. Vraiment, enfin, j’sais pas c’qu’y pensent dans leur tte, mais... J’dirais, vu le lettrage pointu, vu les caractristiques de la socit aujourd’hui, ben c’est plutt du trash, quoi. C’est plutt j’en ai marre qu’autre chose, quoi.
Rod. : Est-ce que tu te reconnais dans ces artistes ?
T. B. : Non, j’me reconnais dans tout le monde, en fait. Tu sais, y’a pas de... j’ai pas de titre... Je vis, moi, je regarde ce qui se passe autour de moi, et j’essaye de faire avec.
Rod. : Alors, ces travaux sont vendre...
T. B. : Ouais, vendre, mais en mme temps j’n’ai des fois plus envie de les vendre, et de faire une expo prive chez moi (rire). voir tous les jours.
Rod. : C’est pas trs rentable, mais bon.
T. B. : Non, c’est pas trs rentable mais au moins...
Rod. : C’est quoi qui t’embte, c’est le fait de dissminer tes trucs, de plus les avoir ?...
T. B. : Non pas spcialement. C’est plutt le fait de donner a contre de l’argent, c’est plutt cette image l... C’est certes contre du papier et du fer, mais ca reste cette image de merde, si j’puis dire...
Rod. : Le ct mercantile... tu prfrerais qu’on t’amne un panier avec des oeufs, un poulet, du pain ?
T. B. : Ah ouais. Si on m’dit pendant six mois j’te donne bouffer, puis j’prends la toile , ben moi j’dis ouais, y’a pas d’problme. L je serais plus open, l. Ce serait un change de bons procds, j’trouve.
Rod. : Tu serais plus dans la logique de l’art libre, quoi.
T. B. : Ouais. L’art... libre. Ouais.
Rod. : Est-ce que tu as d’autres expositions en cours en ce moment ?
T. B. : En fait je suis en train de commencer un travail pour faire une exposition dans des frigos. Mettre des cinmatiques l’intrieur de frigos. Je vais mettre en scne mes p’tites bestioles en 2D, pour l’instant en plat. Puis je vais les transformer en 3D, j’vais les modeler en 3D avec une pte ou une rsine, et les mettre en action dans un frigo. C’est dire que la personne qui viendrait visiter l’expo serait acteur, donc elle ouvrirait le frigo et verrait une scne au milieu des aliments avec ces petites bestioles. a pourrait tre deux p’tites bestioles qui feraient l’amour, ou qui seraient en train de s’entretuer pour un bout de poulet, ou d’autres en train de faire des courses de voitures dans le frigo, enfin bref...
Rod. : Est-ce que c’est le public qui les ferait bouger ?
T. B. : Ben y’a un p’tit dlire qui est en train de s’amener o justement y’aurait un grand circuit de voitures dans un conglo o les gens pourraient faire du jeu de voiture avec mes petits persos, qui conduiraient les voitures, pour que les gens puissent y jouer.
Rod. : Donc l c’est une volution dans ton travail.
T. B. : De l’ plat la 3D, oui. Et puis peut-tre que finalement on fera a en BD, ou en cinma, pourquoi pas.
Rod. : T’as des ides comme a ?
T. B. : J’en ai plein, tous les jours. C’est l’argent qui me manque ! (rire)
Rod. : Si vous voulez faire des dons Thomas Boucherie, contactez Divergence.
T. B. : Non non, s’il vous plait, pas des dons. Juste de la bonne oeuvre, quoi, essayer de faire avancer un artiste dans la vie. C’est toujours sympa, c’est agrable. Et puis je suis gentil. J’suis mignon et je dis plein d’conneries tout l’temps donc a fait rire. Trois bonnes raison pour acheter... ben, ma connerie.
Rod. : Est-ce qu’on peut voir ton travail ailleurs ?
T. B. : Ben, dans la rue j’ai coll pas mal de stickers ces temps ci, mais bon, ils partent super vite. C’est pas des stickers qui restent, malheureusement. J’en ai coll des grands et des petits, et puis l, j’ai dans l’ide de faire d’autres dlires, mais j’en dis pas plus.
Rod. : Toujours avec ces personnages ?

T. B. : Oui.
Rod. : Est-ce que tu leur a donn un nom ?
T. B. : Ouais ils ont tous un nom, ils ont tous une identit.
Rod. : La petite fe elle s’appelle comment ?
T. B. : Ah, Frie. D’ailleurs elle se reconnatra, mais je pense pas qu’elle coute la radio. C’est aussi des petites ddicaces des personnes, des situations que j’ai vcues... C’est comme le tatouage sur le corps. Gnralement, tu fais un tatouage pour marquer un temps, marquer un moment dans ta vie, c’est un passage aussi. Tous les persos ont une sorte de... de pied en avant.
Rod. : Bon, ben, affaire suivre. Tu nous tiens au courant. On te souhaite le meilleur pour ta vie future.
T. B. : Merci, plein de bonnes vibes tout le monde.










