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René BALA, un poète philosophe provocateur des Cévennes

Emission du 10 mars 2005, 20 h 00


mercredi 9 mars 2005, par Aurélien

Ce jeudi 10 mars 2005 Aurelien recevait Rene BALA, poete philosophe provocateur, veritable BRASSENS de nos Cevennes.

A contre courant de la pensee classique conditionnee, cette mission a eu le merite d’avoir fait decouvrir ou redecouvrir un personnage original aux multiples rencontres et experiences, de la geophysique au Pari du Coeur de Daniel BALAVOINE, des voyages et machines agricoles, pour lesquelles il fut recompense par le president MITTERRAND, l’ecriture et la chanson française.

Cette emission a donne penser differemment, c’est aussi cela la divergence.

Playlist

Titre Album Label/distribution Anne
J’ai mal au cul Au-dessous au-dessus 3A Production 1999
Bala, tu dis des gros mots - 3A Production 2002
Les gourous - 3A Production 2002
Chanson autobiographique Au-dessous au-dessus 3A Production 1999
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René Bala sur la scène de L’Inédit à Montpellier

INTERVIEW

Aurélien : Quelle est l’origine de ton nom de scène ? René Bala : Je suis un grand-père heureux. Ma première petite fille, peut-être au nom du guili-guili bala-bala, m’a appelé "Bala". J’ai trouvé que c’était un cadeau merveilleux parce que lorsque tes petits enfants te donnent un nom, c’est le plus beau cadeau qu’il puisse t’arriver, et évidemment je m’appelle Bala, et lorsque j’ai écris des chansons et un bouquin j’ai pris le pseudonyme de Bala parce que je trouvais que c’était une chose merveilleuse.

A. : Comment définir le personnage Bala ? R. B. : C’est une question impossible... Tu sais je crois que nous sommes tous les uns et les autres des gens multiples, et puis il y a des gens qui sont plus ou moins multiples que d’autres, et il s’avère que moi, je dois être un peu plus multiple que d’autre, c’est tout.

A. : Comment définir ton style musical ? R. B. : J’ai toujours rêvé de chanter, d’écrire des chansons et j’en ai toujours écris, comme ça en décontracté jusqu’au jour où je suis allé frapper à la porte d’un studio d’enregistrement. Le garçon du studio, qui maintenant est devenu un ami, je l’avoue, a été un petit peu surpris. J’essaye dans la mesure de mes possibilités, de raconter une histoire correcte, qu’elle ait un peu d’humour parce qu’avec l’humour on fait tout passer, et puis surtout qu’elle ait un peu de poésie mais ça se serait prétentieux de dire que je suis un poète. Ce CD est surtout un cadeau que je me suis fait à moi même. J’ai été très surpris lorsqu’à partir du studio et d’une autre radio, une personne a pris ce CD et l’a amené à la FNAC de Nîmes et chez un disquaire d’Alès. J’ai été surpris que les gens s’intéressent à ça, que je reçoive quelques coups de téléphone, quelques lettres et que je vende à peu près 500 CD. Ce fut une révélation, quelque chose d’extraordinaire, un merveilleux cadeau.

A. : Quelles sont tes influences : Brassens pour commencer ? R. B. : Je fais parti de la génération des gens qui ont rêvé d’être ami avec Georges Brassens. Ce garçon je l’ai rencontré une seule fois et j’ai rencontré l’homme le plus timide qu’il soit alors que moi j’étais très influencé par ce qu’il représentait pour moi. J’ai trouvé un homme d’une humilité extraordinaire. Brassens, je crois que je le connais par cœur mais chaque fois que je l’écoute je trouve toujours des choses encore qui me bouleversent et c’est cela finalement, la qualité d’une chanson : c’est lorsqu’on n’en tire pas toute la quintessence la première fois où on l’écoute.

A. : Des étapes de ta vie sont inscrites dans l’humanitaire. Tu as eu l’occasion de participer au Pari du Coeur de Daniel Balavoine. C’était en quelle année ? R. B. : Alors il ne faut pas me parler d’année parce que je n’ai pas d’âge et je n’ai aucun repère de ce côté là. Je peux te dire que j’ai fait le Paris Dakar-Pari du Coeur l’année après la mort de Thierry Sabine et de Daniel Balavoine. Ce ne fut pas une expérience très enrichissante parce que le Sahara je connais puisque j’y ai vécu 5 ans, 300 jours par an. J’ai été un petit peu déçu de ça, mais bon on ne peut pas tout réussir...

A. : Comment cela se fait-il que tu sois allé là-bas ? R. B. : Je me suis toujours intéressé à l’humanitaire. J’aime et j’adore l’Afrique parce que j’y ai vécu 10 ans de ma vie. Je voulais revoir l’Afrique et voir un petit peu ce qu’il se passait au niveau de l’humanitaire. J’ai été déçu, pourquoi ? C’est parce que lorsque nous sommes arrivés, il y avait la télévision qui voulait voir les pompes que M. Balavoine avait offert car c’est lui qui est à la base de tout ça, et on a retrouvé absolument aucune pompe parce que toutes les pompes ne fonctionnaient plus ou avaient été vendues. Lorsqu’on a voulu faire un film retraçant les pompes qu’avait apporté M. Balavoine, on a sorti une pompe toute neuve du camion, on l’a posé, on l’a mis en marche et on a dit voici ce que sont devenues les pompes de M. Balavoine alors qu’en fait ce n’était pas vrai.

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René Bala

A. : "J’ai mal au cul" est-ce ton histoire ? R. B. : Pas du tout. Pas du tout parce que je suis un homme heureux. J’ai une vie passionnante qui continue à l’être. Lorsque je chante ces chansons en public, de temps en temps on me pose la question que tu m’as posé, et les gens me disent qu’ils ont l’impression que j’ai raconté leur propre histoire. La vie n’est pas tellement gentille avec tout le monde et il y a des gens qui ont passé leur vie à recevoir des coups de pieds au cul. Finalement ça leur fait un peu plaisir. La chanson, telle que je la conçois, c’est une chanson qui touche le coeur et l’âme, c’est très prétentieux ce que je dis mais c’est ça la chanson française. C’est une chanson qui raconte une histoire et puis surtout une chanson dans laquelle les gens se retrouvent un peu, et hélas dans ce cas précis il y a des gens qui ont pris des coups de pieds au cul toute leur vie.

A. : Que penses-tu de la chanson française à l’heure actuelle avec notamment le phénomène de la Star Academy ? R. B. : Je pourrai dire que c’est un lieu commun. Mais je crois qu’on a tous la nostalgie de ces gens qui s’appelaient Brel, Brassens, Ferré, Ferrat, Béart, Barbara... J’ai l’impression que la chanson française se cherche un peu. Finalement la Star Academy ne me paraît pas être une bonne chose puisqu’elle fait croire à des gens qu’ils vont devenir vedette alors qu’en plus on les laisse tomber. Et puis d’un autre côté j’ai l’impression qu’on fait des chansons complètement intellectuelles pour faire le contre poids de la Star Academy, ce qui fait qu’on est au milieu de tout. Et puis il y a quelques gars comme Bénabar par exemple, qui à mon avis, fait de la très bonne chanson française.

A. : Peux-tu nous parler de tes projets quant à la chanson, car je crois qu’un second album serait en préparation ? R. B. : Je suis un bonhomme qui n’est pas touché par la limite d’âge et si je te raconte mes projets tu en as pour toute la soirée. Sache qu’en dehors de la chanson, puisque j’ai passé une partie de ma vie à innover, j’innove encore. Je travaille sur une machine et c’est la passion... Pour la chanson française, j’ai travaillé avec des musiciens professionnels dont je n’ai strictement rien à reprocher, mais j’aurais aimé faire un tour de chant plus intimiste... au fond j’aimerai être un petit marchand de bonheur. Mon problème c’est de trouver des musiciens avec qui on pourrait faire un tour de chant très intimiste. Il faudrait continuer car ceux sont des chansons qui intéressent les gens, mais encore faut-il avoir les gens avec qui pouvoir donner, offrir ces choses là. Je dis "donner, offrir" parce que lorsqu’on se présente devant des gens c’est une responsabilité : ils ont quitté leurs pantoufles, leur télévision pour venir te voir et que tu te dois de leur donner quelque chose qui fait qu’en partant ils disent qu’ils n’ont pas perdu leur temps. Le mot responsabilité dans ma vie, est très important.

A. : "Et voilà qu’un jour un syndicat chez nous se pointe, fout tout en l’air et au chomdu maintenant je pointe". Est-ce un discours anti-pensée unique ? R. B. : J’ai un petit côté chansonnier. Je n’appartiens à aucun parti politique car j’ai fondé le mien : celui de la Logique et du Bon sens. C’est un parti formidable d’autant plus que je suis le seul président, trésorier et balayeur. Lorsque je parle de Logique et sans faire de politique, je suis obligé de dire par exemple que de voir le personnel de la SNCF toujours en grève, alors que ceux ne sont pas les plus malheureux de la Terre, il y a un problème de logique !!

A. : "Bala, tu dis des gros mots" : pourquoi une telle chanson ? R. B. : Parce que je crois que le mot respect c’est quelque chose qu’on a oublié totalement et que si tu veux faire une révolution dans notre société, essaye de faire en sorte que les gens se respectent et tu verras le résultat. Tu t’apercevras qu’on peut vivre différemment, mais je crois que le mot respect ne veux plus rien dire. Ce qui est marrant c’est que j’ai fait cette chanson avec mes petits-enfants qui sont très jeunes... ça n’a pas été facile. On a rien voulu changer car je fais surtout ça pour le plaisir, mais je suis très surpris que les gens l’apprécient. Cette chanson c’est le combat d’un grand-père pour ses petits-enfants, c’est celui d’un homme responsable qui dit à ses enfants qu’il y a des mots très importants dans la société comme la Démocratie. Cette Démocratie est actuellement malmenée, elle n’est pas respectée. Ceci me fait un petit peu mal.

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Ouvrage de René Bala

A. : Tu as écris un ouvrage en 2002 "La majorité silencieuse qui gueule" dans lequel tu as soigné ton mal de société en laissant agir la Logique et le Bon sens... R. B. : Oui. En Afrique j’ai travaillé avec des gens absolument extraordinaires les plus logiques qu’ils soient. Lorsque je suis rentré en France et que j’ai vu comment les gens réagissaient, y compris au niveau politique, j’en ai fait une maladie. Comme je ne voulais pas me soigner au whisky, j’ai écris un bouquin, ça m’a fait un bien monumental. Le seul problème c’est qu’il faut que je me soigne à nouveau car à nouveau je ne comprends plus rien du tout à ce qu’il se passe dans mon beau pays de France. Ce qu’il se passe actuellement c’est de la politique à courte vue, c’est du syndicalisme à courte vue. Je reviens dans le monde de l’industrie. Je crois qu’on peut dire avec certitude qu’à ce jour ceux sont les petits Chinois qui font nos chaussures mais si on continue comme ça, dans 10 ou 20 ans ceux sont nos petits-enfants qui feront les chaussures pour les petits Chinois. Et moi qui suis un grand-père responsable, je ne suis pas tout à fait d’accord avec ça.

A. : Dans ton ouvrage tu fais souvent référence à Coluche parvenant même à écrire que "la mort de Coluche a été une catastrophe nationale". Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ceci ? R. B. : Coluche avait cette qualité d’être le seul contre pouvoir que nous n’ayons jamais eu. C’est un garçon qui faisait peur à tous les hommes politiques. Pour certains sa mort n’est pas un accident, je n’irai pas jusque là, mais c’est vrai que parmi tous les hommes que nous avions ces 50 dernières années, celui-là faisait passer un message bien spécial. Je crois qu’il nous a donné une belle leçon de civisme. On se souvient qui était le Président de la République sous Coluche mais on ne se souvient déjà plus qui était Premier ministre sous Coluche : ça veut dire que cet homme là était d’une importance pas ordinaire.

A. : Dans ton livre tu évoques également ton expérience dans le milieu de la machine agricole. Tu travailles à ce jour sur un nouveau concept. Qu’en est-il exactement ? R. B. : Je suis un homme libre. Le peu que je sais, je l’ai appris de la vie dans des conditions pas faciles, comme le Sahara, où tu ne comptais pas toujours sur les autres, tu ne comptais pas toujours sur l’Etat, sur le gouvernement, tu passais pas ton temps à pleurer... il fallait que tu te démerdes. J’aime bien me coller aux problèmes difficiles. Après ma carrière de géophysicien à la Shell je me suis jeté dans l’innovation en agriculture. J’ai fait beaucoup de choses, plus ou moins bien. J’ai vendu 1200 fois la même machine, ce qui n’est pas mal. J’ai créé la première machine européenne qui ramasse les tomates de conserve. Là ça s’est mal passé parce qu’en France les innovateurs n’ont pas leur place, ceux sont des gens marginaux, atypiques... je crois qu’il vaut mieux être fonctionnaire qu’innovateur. Etant donné que, bien que je sois à la retraite, j’avais eu l’idée dont personne n’a voulu, j’ai décidé de la faire moi-même. Depuis un an je travaille sur une machine pour la culture légumière.

A. : L’activité de ton entreprise remonte à une bonne dizaine d’années. Tu es toujours resté en contact avec ce milieu. Comment a-t-il évolué ? R. B. : Le milieu s’est aggravé. Maintenant on compte de plus en plus sur les autres, on est toujours en train de demander aux autres, ce n’est jamais de sa propre faute. Autrement dit le mot responsabilité bientôt ne voudra plus rien dire. L’innovateur se bat. En France on dit qu’on aide les innovateurs : c’est faux, la preuve c’est que tous ceux qui ont des idées, qui sont dynamiques, foutent le camp de ce beau pays, et ça m’arrache des larmes.

Le mot de la fin... Merci à la radio qui a eu l’amabilité ou l’inconscience, je ne sais pas, de bien vouloir m’interviewer en direct. En tous cas mille fois merci et je salue tous ceux qui ont eu la gentillesse d’écouter ce que nous avons dit en espérant que mes petits propos leurs apporteront quelques grains à moudre. Dans leur réflexion je ne dis pas que j’ai raison. Si ce que j’ai dit peut vous apporter un peu à réfléchir et bien l’émission d’Aurélien aura été une bonne émission.


 
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