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Paroles d’âme 20 juin 2005, 09h10, 13h00, 18h30

Préconisations de l'Académie nationale de médecine...

Chercheurs et blessés médullaires : même combat !


dimanche 19 juin 2005, par Christophe Roux

Mardi 7 juin, l’Académie nationale de médecine a rendu publiques des préconisations qu’elle a adoptées à l’unanimité le 31 mai dernier en matière de traitement des traumatismes de la moelle épinière. L’Académie rappelle la nécessité, dès l’accident, d’un secours aux blessés, confié à des professionnels (pompiers, SAMU), celle d’organiser, dès le lieu de l’accident, l’accueil du blessé dans le centre de référence le plus proche, rappelant que "le choix d’un établissement de soins au seul motif de sa proximité peut être lourd de conséquences pour le blessé", et privilégiant l’hospitalisation dans un centre de référence.

Il y a en France, chaque anne, 2000 nouvelles victimes de traumatisme de la moelle pinire : accidents de voiture pour 65 %, et 10 % des cas sont des accidents de sport. La proportion est de quatre hommes pour une femme et la majorit des hommes se situe dans la tranche des 20 - 30 ans.

Une rcente enqute de l’IRME (l’institut de recherche sur la moelle pinire) illustrait ce propos en 2003 : mene auprs de 38 centres hospitaliers, elle rvle que non seulement le diagnostic initial et les premiers soins apports sur les lieux mme de l’accident comme la mise en traction de la colonne ou l’oxygnation sont essentiels, mais aussi la ncessit de recourir une investigation immdiate par imagerie mdicale (IRM) et dans la majorit des cas une intervention chirurgicale prcoce sont indispensables pour observer puis dcomprimer la moelle pinire.

Tous les chirurgiens reconnaissent que cette prise en charge mdicale, chirurgicale et de radaptation rapide, coordonne et globale, est essentielle pour l’avenir de ces blesss. C’est pourquoi l’Acadmie "recommande instamment aux autorits sanitaires comptentes de hter l’tablissement d’une liste des centres de rfrence spcialiss (publics ou privs) dont la rpartition sur le Territoire serait connue de tous les acteurs concerns". Elle estime, d’aprs le nombre d’accidents enregistrs, 12 le nombre de ces centres pour couvrir convenablement l’ensemble de la France (3 4 en le-de-France puis Strasbourg, Nancy, Lyon, Marseille, Montpellier, Bordeaux, Lille, Caen et Nantes).

Une slection naturelle devrait s’oprer puisqu’on compte 38 centres hospitaliers aujourd’hui dont certains ne reoivent que 10 blesss mdullaires par an. L’Acadmie de mdecine prconise que chaque centre devrait tre rattach une quipe pdiatrique ainsi qu’ deux ou trois sites de radaptation.

L’Acadmie souhaite galement la cration de 2 ou 3 grands centres franais de recherche ou seraient regroupes recherche clinique et fondamentale, d’un niveau technique performant, quips de laboratoires de recherche de haut niveau, de banques de moelles, et appelle de ses voeux la constitution d’un fichier national des blesss mdullaires.

Il serait temps ! Enfin des recommandations senses qu’on attend depuis vingt ans au moins.

Mais quel pouvoir ont les acadmiciens face aux dcideurs ? Ces recommandations vont-elles rester des vux pieux et des ides qui vont rester dans des cartons ? La priorit de l’action prsidentielle envers les personne handicapes tait bien affiche pourtant, mais si les moyens ne sont pas allous aux chercheurs ou aux centres spcialiss alors quid de ces belles intentions ?

Il est quand mme hallucinant de constater l’tat de dlabrement de la recherche fondamentale et clinique en France en matire de moelle pinire. Les projets qui ont t soutenus sont des projets visant faire remarcher des blesss mais de manire artificielle, savoir en utilisant des stratagmes, des implantations de stimulateurs lectriques ou des puces lectroniques, alors que les laboratoires du CNRS ou les quipes de l’INSERM tirent toujours la langue pour obtenir les subsides indispensables pour chercher et fonctionner correctement. C’est sr qu’il est plus mdiatique de voir un paraplgique remarcher, mme en claudiquant au JT de 20 heures que de voir les souris du Pr Alain PRIVAT de l’INSERM de Montpellier.

Pourtant l’avenir est l : ce neurobiologiste acharn a russi expliquer o rsidaient les difficults : en agissant tardivement, une lsion primitive apparat tuant certains neurones, ce qui gnre une cicatrice empchant toute repousse des fibres nerveuses entre les deux parties sectionnes. Il a russi refaire marcher des souris en modifiant des gnes spcifiques de ces animaux : les gnes qui fabriquaient les protines de cette cicatrice sont inhibs alors que ceux favorisant le bourgeonnement des fibres nerveuses sont renforcs. Et a marche’.

On sait depuis longtemps maintenant que les activits humaines sont beaucoup plus efficaces quand elles sont relies, le meilleur exemple est le succs de l’internet, mais pourquoi les rseaux ne fonctionneraient-ils pas pour la sant ou la recherche ?

A qui profite ce manque de structuration ? Pas aux blesss en tout cas.

Il est certain que les querelles de chapelles mdicales entretenues par des grands pontes mgalomanes ont favorises cette absence de collaboration, ce maillage essentiel voire vital pour les blesss, mais il est regrettable d’observer le manque de vision globale en matire de traitement et de recherche sur la moelle pinire dont les gouvernements successifs ont fait preuve dans notre pays depuis plus de vingt ans.

Malgr les exhortations de l’Acadmie de mdecine, trois ministres de la sant en trois ans, ce n’est pas de trs bon augure !

Christophe ROUX.


 
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