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- Piers Faccini : traces lumineuses
Transcription de l’interview diffusée début novembre 2005 sur Divergence.
vendredi 2 décembre 2005, par
Leave no trace est un beau mensonge. Avec ce premier album de folk apatride sorti en 2004, Piers Faccini a laissé dans les esprits une trace prégnante et précieuse, profonde et lumineuse. Rencontre avec un nomade épris d’ailleurs qui dit souvent « j’adore ».
Avant de devenir un chanteur qui peint Piers Faccini a longtemps t un peintre qui chante . Tout comme les halos de lumire blafards gars dans ses aubes sylvestres hyperralistes ( voir sur www.piersfaccini.com/galerie), la voix de Piers s’entourait alors de silence et de solitude.
J’cris des chansons depuis l’adolescence, mais j’ai mis du temps comprendre que je voulais les partager. J’avais 26 ans quand j’ai dbut Charley Marlowe, mon premier groupe, Londres. Et puis au bout de six ans, j’ai eu envie de sortir mes chansons de ce cadre. J’tais prt
La lanterne passe entre les mains de l’ami de longue date Vincent Segal (Bumcello), rencontr l’poque o Piers tudiait aux Beaux Arts de Paris. Le violoncelliste arrangeur claire la route et projette sur les chansons de son ami une lueur discrte et chaude. Vincent a une coute trs particulire et sait se mettre au service d’une chanson. Il m’avait invit pour deux titres sur son album solo T-bone Guarnerius, on a poursuivi assez naturellement avec mon disque.
DETOURNEMENT DE SONS
Il n’aura fallu que cinq jours ces deux affams de musiques du monde, pauls par quelques amis musiciens (Lucas Suarez, transfuge de Charley Marlowe, Seb Martel, Jeff Boudreaux) pour enregistrer l’intemporel Leave no trace ; De cette contrainte de temps (dcoulant d’une contrainte d’argent), ils sauront finalement tirer profit On jouait ensemble autant que possible, tout en apportant normment d’attention aux arrangements. Nous adorons dtourner le son de nos instruments, en glissant par exemple du papier trs fin sous les cordes de la guitare ou en frappant celles du violoncelle avec l’archet. Cela produit des sons qui peuvent rappeler certains instruments traditionnels africains.
Une conomie de moyens apprise chez les pionniers du blues et du folk : Robert Johnson, Skip James, Leadbelly, Woody Guthrie. J’adore cette faon de raconter une histoire dans la simplicit de la guitare/voix. Plus tard, avec Ali Farka Tour et Boubacar Traor, j’ai dcouvert la version africaine de cette musique universelle. Je joue rgulirement avec Ballak Sissoko, un virtuose de la kora, et a fonctionne trs bien avec ma musique. C’est un griot, accompagnateur du rcit et du chant, trs attentif la voix. Il m’a invit jouer avec lui au Mali, l’anne prochaine.
DU MISSISSIPPI AU GANGE...
Avant, il fallait tre trs aventureux pour sortir de sa propre tradition musicale. C’est beaucoup plus facile pour notre gnration. A dix- huit ans, j’achetais sur les marchs les vieux vinyles que personne ne voulait : musique chinoise, africaine, brsilienne, c’tait la caverne d’Ali Baba. Je suis trs sensible la voix. J’adore le chant Perse, le qawwali pakistanais, la musique dvotionnelle indienne. Je n’essaie pas de reproduire a, ce serait ridicule, mais a me nourrit forcment. Sur scne, on utilise par exemple un harmonium indien. C’est un instrument qu’on retrouvera sur quelques chansons du prochain album.
... DE LA TAMISE A LA SALINDRENQUE
Il faut peut-tre voir aussi dans cette facult franchir les frontires musicales une consquence du nomadisme dont Piers Faccini est coutumier depuis l’enfance. Je suis une sorte de mtis europen, n de mre Anglaise et de pre Italien. J’ai t scolaris galement en France. Alors je me sens bien dans chacun de ces pays, sans revendiquer d’identit anglaise, franaise ou italienne. Je suis sans dfinition nationale et a me convient. Mais je chante en Anglais parce que c’est ma langue maternelle et que j’aime la simplicit des mots, la rythmique des syllabes. L’criture doit rester un processus naturel, non rflchi. Si je me force crire en Franais ou en Italien, a ne fonctionnera pas. Avec le franais, on verse rapidement dans la littrature. Je prfre que les paroles soient comme des incantations, des mantras. Lorsqu’il m’arrive de chanter en Italien, sur scne, ce ne sont des chansons traditionnelles napolitaines, ou celles de Fabrizio de Andr que j’adore.
Piers Faccini pose toutefois ses valises, de temps autres. Et depuis un an, c’est dans notre rgion. Je vis dans les Basses Cvennes. C’est un endroit o je peux me perdre dans la nature, les collines. Les montagnes sont toutes proches, le climat est agrable, c’est une grande chance et c’est trs inspirant. Et puis a me rapproche un peu de l’Italie.
Propos recueillis par Manuel Plaza le 26 octobre 2005 l’Antirouille (Montpellier).
Piers Faccini, Leave no trace, 2004, Bleu Electric.
Voir en ligne : site officiel de l’artiste










