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Expo de soutien à Divergence FM

Patrick Singh

expo. 15 janvier - 15 février 2005


lundi 24 janvier 2005, par Gilles Gouget

Patrick Singh est de retour dans notre espace d’exposition. Il nous présente quelques unes de ses toiles, des portraits dont les modèles rencontreront l’auteur, peut-être, un jour futur.

Gilles Gouget : Patrick Singh, bonjour.

Patrick Singh : Bonjour.

G. G. : On est ravis de t’avoir dans nos murs. Une nouvelle exposition de Patrick Singh, c’est toujours un grand vnement, d’autant qu’en ce moment il y a beaucoup d’expositions de ton travail Montpellier et aux alentours, dont une au CDDP ?...

P. S. : Oui, dans le quartier Boutonnet. Donc, l, c’est une dominante de carnets, qui sont... manipulables - c’est important de le signaler-. Ils sont certes sous vitrine, mais les gens peuvent les feuilleter, avec des gants. Et puis quelques toiles aussi, qui sont des traductions en peinture de planches de carnets.

G. G. : Des carnets... de voyage ?

P. S. : Maintenant, c’est un peu ambigu. En ce qui me concerne, j’ai un peu rflchi sur ce que je faisais, et c’est pas tout fait des... mme si c’est des carnets qui ont t faits en situation de voyage, je me demande si c’est des Carnets de voyage. Parce que quand je vois des carnets dits de voyage dits chez divers diteurs, j’me dis qu’a n’a rien voir, parce que moi, je ne raconte pas l’histoire d’un pays, ou... Je livre plutt mes impressions personelles sur... Et je trouve des mondes que j’ai certainement en moi, quoi. Donc c’est pas tout fait... c’est certainement pas des carnets guides touristiques.

G. G. : Des mondes que tu as en toi... Ce qui caractrise ta peinture, c’est la reprsentation de l’autre. L’autre, pour nous, c’est... la ngritude, c’est l’indiennet, si l’on peut dire. Tu voyages beaucoup, tu t’es rendu plusieurs fois en Amrique du sud, rcemment au Mexique. quelques mots l dessus ?

P. S. : C’tait l’anne dernire, l’occasion d’une.... J’avais fait un travail avec un diteur mexicain, pour illustrer un livre. Et puis c’tait pendant la fte des morts. Bon, je connaissais le rapport qu’ont les mexicains la mort. Le mort est omniprsente, dans la symbolique en tout cas. Et donc voil, moi j’ai t, comme chaque fois qu’il m’arrive un choc de cette nature, a prend des proportions... en tout cas a induit tout un travail de... de rflexion et puis aprs de production... on va dire artistique. Et donc pour la fte des morts j’ai fait, je crois, des dizaines de carnets sur ce sujet, quoi, en recueillant peu prs toutes les traces que j’avais glanes a et l. Ce qui donne lieu tout un travail... comment illustrer a mort ? par exemple. Tout en tant conforme avec quelque chose qui me dpasse, l’imaginaire mexicain - je ne suis pas mexicain -, mais alors c’est... c’est intressant. La mme chose au Mexique, j’ai dcouvert la lucha libre, le catch mexicain o les catcheurs sont des hros sociaux avant d’tre des sportifs de haut niveau. Et parmi les plus clbres, y’a Santo, y’a Blue Demon, et une galerie m’a demand - partir du moment o je m’intressait la fte des morts -, d’illustrer... de participer un happening qui aura certainement lieu l’anne prochaine (cette anne a a t un peu compromis parce que j’avais d’autres engagements, notamment au Brsil). L’ide c’tait de restaurer l’image des catcheurs morts pendant la fte des morts. Donc a, c’est peut-tre un projet pour la prochaine fte des morts qui lieu, donc, fin octobre Mexico.

G. G. : Ce qui caractrise aussi ta peinture, c’est un travail autour de la matire, et puis autour des couleurs, ou plutt des tons, car a tourne autour des bruns, des noirs, c’est jamais carlate ou en tout cas multicolore.

P. S. : C’est une conomie de moyens, au dpart. Et puis c’est aussi... pour des raisons purement esthtiques, personnelles. J’aime bien effectivement les choses qui sont dans une gamme de tons trs rduite. C’est des bruns, c’est des noirs, c’est des gris, des choses comme a, avec parfois... le hasard faisant que la raction parfois chimique des techniques employes, parfois, fait qu’une couleur dite ’traditionelle’ apparat. Mais c’est plutt une raction qui n’est pas volontaire. a joue en faveur, aussi, de ce que j’ai envie de traduire quand je... Puisque la composante de mon travail, c’est bas sur la figure humaine, mais c’est pas du portrait non plus, ni un travail sur le corps, comme on peut l’entendre parfois. C’est plutt que j’utilise... on va dire la ’figure humaine’, comme une clef de lecture pour dvoiler d’autres ralits. Une anecdote : Y’a deux ans, Lima au Prou, nous faisions un... j’avais une exposition dans une galerie qui s’appelait Larcomar, qui est dans un quartier de Lima, et qui donne sur la Baie de Lima, et puis l il y avait une sorte de livre d’or qui avait t tendu par la galerie qui exposait ces travaux. Et puis il y avait un commentaire parmi les autres qui disait la chose suivante, au mot prs : je vois tellement de choses qui m’attirent vers ces figures, puis qui m’en loignent, et aprs le voyage, qui m’y ramnent irrmdiablement... Ce peintre l est bien de chez nous . C’tait sign de deux initiales, et il me semblait que cette phrase rsumait tout fait mon travail. C’est dire qu’ partir d’un moment la figure accroche, et que pour peu qu’on s’y attarde un peu, un voyage est naissant, puis se produit... C’est un travail sur la figure humaine.

G. G. : Ce qui est frappant sur ce que l’on peut voir ici en ce moment, c’est justement que ces figures sont un peu les tmoins muets d’autres choses, dans ce que a traduit. Y’a une certaine gravit, et la figure tmoigne de ce qu’il y a autour ou de ce qu’il n’y a pas. Je pense par exemple un visage d’indienne, avec des toiles au-dessus dans le fond qui font penser au continent nord amricain. Je pense aussi une figure entoure de matire, de graviers... Ou aussi simplement une tte dont on se demande si elle n’est pas frachement dcapite... Donc selon ce qu’il y a ou qu’il n’y a pas autour de la figure, y’a une dimension presque politique, ou dclamatoire.

P. S. : Oh oui. Moi je suis convaincu que... Enfin, je ne le vhiculais pas sciemment, mais aprs tant d’annes montrer mes toiles dans des contextes trs divers - et notamment dans des pays o les situations politiques sont assez mouvementes -, je sais qu’elles ont une rsonance politique. a je le sais, et puis aussi elles ont une destine communautaire. Souvent, des communauts s’emparent d’une expo, pour en faire.. un peu un tendard. Bon, ponctuel. Certes, l’exposition ne changera pas les conditions... Mais bon en tout cas c’est des sujets qui me... videmment qui me touchent, qui me proccupent, qui m’intressent. Donc, de pouvoir y intervenir avec un medium simple, comme la peinture ou le dessin, pour moi c’est vraiment ce qui pouvait justifier au mieux mon travail. Il y a en mme temps le fait que ces figures puissent tre considres un peu comme des fantmes. Plusieurs travaux donnent d’ailleurs des aspects un peu... c’est un peu spectral, quoi. Donc effectivement, c’est pas en soi des portraits. Je ne suis pas portraitiste, je suis incapable de faire le portrait de quelqu’un qui pose. Donc ce sont des travaux qui sont improviss, et donc j’attends qu’ils m’apparaissent, quoi.... finalement comme n’importe quel fantme. Et bizarrement, je tends des miroirs, un peu, et parfois le hasard fait que je croise ensuite les destinataires, les modles qui... C’est un processus invers, je le dis souvent, mais c’est vraiment a qui continue exister. C’est que... partir du moment o je commence produire une figure, qu’elle m’apparat, que a y’est, quoi, elle me convient, que j’ai assez rajout de signes qui vont induire sa lecture, ds lors, ben le dessin part en exposition, il va tre prsent, et puis l, bizarrement un moment donn, la personne qui ressemble ce dessin va clairement s’identifier ce dessin. Donc c’est chaque fois une motion particulire ; quand je suis l en tout cas, et que je suis le tmoin de ces situations.

G. G. : Tu officies aussi en tant que guitariste dans le groupe Mike Hey No More. Pourtant tu es un peintre qui peint plus volontiers dans le silence, alors que d’autres ont besoin de musique pour travailler. Est-ce que c’est un univers diffrent, finalement ?

P. S. : Euh... Ouais, peut-tre, je sais pas vrai dire. Mais c’est vrai qu’il n’y a pas... j’ai pas besoin de musique pour faire de la peinture, pourtant dieu sait si je claque beaucoup de bl dans des disques, et tout. Mais sinon, a ne m’accompagne pas.

G. G. : Peut-tre que la musique de l’extrieur viendrait troubler une autre musique qui viendrait de l’intrieur, et qui t’accompagnerait pendant que tu peins ?

P. S. : Alors a, peut-tre, oui. En tout cas j’ai un rythme, quand je peins. a pourrait paratre un peu effrn, donc je suppose que c’est plutt des tempo assez rapides, des choses comme a. En tout cas c’est jamais trs serein, c’est pas... Quand je travaille par exemple sur une srie, o j’ai du temps devant moi, sans limite, je sais que les choses vont assez vite. Mais j’ai appris travailler de cette manire l, assez rapidement, aussi, avec des supports comme l’encre, dont l’une des conditions, pour qu’elle fonctionne, est que l’excution soit rapide.

G. G. : Tu comptes sept ou huit expos en ce moment ?

P. S. : Oui, y’a donc celle des Carnets au CDDP. Y’en a une Nmes aussi, dans une galerie qui s’appelle le Negpos. a c’est une expo qui revient du Prou, et qui s’appelle Malecon (le malecon, c’est le bord de mer de Lima). Alors c’est le malecon de Lima, y’a des malecon un petit peu partout en Amrique du Sud, mais l, c’est un travail que j’ai fait avec un photographe et ami, qui s’appelle Patrick Clanet. Et on a fait un regard crois sur la gente del malecon. Et parmi les gens du malecon, on retrouvera photographis un crivain clbre, une actrice de telenovela, el hombre cucharita (l’homme petites-cuillres), et puis ensuite, j’ai aussi peupl le malecon de prsences un peu fantomatiques, puisque l’une des particularits de ce bord de mer l, c’est qu’il est... il est un peu pollu, y’a toujours un brouillard assez pais, et les gens qui s’y promne apparaissent sortis d’un brouillard assez pais, et puis ils disparaissent nouveau, donc y’avait des prsences comme a qu’il n’y avait pas... Alors avec mes figures j’ai peint sur de trs grandes photos, et je crois qu’il y en a une trentaines qui sont prsentes la galerie Negpos, qui est une galerie associative, mais qui fait un excellent travail de promotion pour la photographie, et qui de temps autres accueille des peintres aussi. Donc j’en ai bnfici cette fois ci, et je leur tire un grand coup de chapeau, parce que j’ai travaill avec eux ce week-end, et vraiment il font un travail tout fait remarquable.

G. G. : Une expo voir jusqu’ ?

P. S. : Pareil, jusqu’au 15 fvrier.

G. G. : D’autres expositions ?

P. S. : En ce moment, assez loin, Rheinfelden, c’est en Suisse, la galerie Keller. C’est une galerie avec laquelle je travaille depuis plusieurs annes. Et cette galerie un partenariat avec une galerie en Autriche, Bad Ischl. Et c’est une galerie qui s’appelle Rytmogramm, et qui prsente des travaux issus d’un bouquin qui tait sorti il y a deux ans, Colonial explorer, et qui est une sorte de... o on revisite... en tout cas qui est un message emprunt d’humanit en ce qui concerne les apports africains dans nos cultures.

G. G. : Donc des expositions aussi l’tranger. Je sais que tu va bientt repartir au Mexique, puis tu repartiras au printemps pour le Vietnam et le Maroc. As tu l’impression d’tre dans une certaine maturit, de pouvoir, comme a, en tant que peintre, exposer aux quatre coins de la plante ?

P. S. : Maturit certainement pas. Je pense que le jour o je serai mature dans ma tte a sera la fin, quoi. Ensuite, c’est avoir un peu de chance aussi, mais a vient du fait aussi que je suis assez enthousiaste aussi...

G. G. : ...et productif.

P. S. : Oui, mais sans que a soit non plus une contrainte. Sans se plaindre, et tout le tremblement. C’est plutt d’tre enthousiaste tout ce qui se prsente. Par exemple, l, pour l’Amrique du sud, c’est venu comme a. Les premires expos que j’ai fait, c’tait en Colombie y’a une quinzaine d’annes, et partir du moment o j’ai t enthousiaste par la suite, chaque expo en a appel une autre, a m’a fait dcouvrir la Colombie plus en profondeur. Puis d’autres pays d’Amrique du sud. Puisque j’avais fait des choses en Colombie, ben les gens se sont intresss mon travail, au Vnzuela, au Prou, au Brsil plus rcemment. Et l, pour ma part par exemple, je ne suis jamais all au Maroc, je ne suis jamais all au Vietnam, donc l, a sera... c’est vraiment des propositions de galeries qui ont dcouvert mon travail par le biais de la monographie qui tait sortie l’anne dernire, et qui ont mis les moyens pour me faire venir, donc c’est vraiment... chaque fois, moi je suis touch, trs humblement, c’est dire, de susciter de l’intrt au point que des gens s’emparent de mon travail. Donc a, a nourrit aussi sa production, quoi.

G. G. : C’est un travail en tout cas qui le mrite. Prcisons que les toiles exposes sont en vente, une vente dont 50% ira Divergence. C’est une faon trs gentille toi de soutenir cette radio qui connat, comme bon nombre de radio associatives non commerciales, pas mal de difficults en ce moment, pour employer un euphmisme. Est-ce que c’est une volont que tu as souvent, de soutenir par une expo une structure, une cause, que sais-je ?

P. S. : Oui. Mais pas toutes les structures, et pas toutes les causes. Certaines, et parmi celle l, effectivement, l’importance d’une radio comme Divergence, que je connais depuis longtemps maintenant, et dont j’ai connu beaucoup d’animateurs, et dont je connais aussi la programmation. Donc, voil, a c’est vraiment par... par amiti et puis en mme temps par... J’me dis que si... comme je vois souvent des hypothses hyper sombres, c’est souvent ce qui me nourrit aussi dans l’actualit... je suis plutt pessimiste par rapport plein de situations, et je me dis que si des radios comme Divergence taient amenes, un moment donn, avoir des difficults exister, a serait grave. Donc... voil, quoi. Et puis quant aux causes, oui, j’ai fait notamment... Le plus gros engagement que j’ai fais il y a quelque temps, c’est pour la lecture au Prou, dans un pays o les livres sont rares, trs chers quand ils existent, et o beaucoup d’enfants et de personnes ne peuvent pas accder au livre. Et donc j’avais travaill avec une association qui m’avait plbiscit, qui s’appelait Lluvia editores (les diteurs de la pluie). Comme il ne pleut jamais au Prou, c’tait a l’ide, qu’il pouvait pleuvoir des livres. Et donc ces gens l soutenaient cette cause, il fallait trouver moyen d’diter des livres pas chers, et qu’ils soient vendus pas cher. Donc moi, j’ai illustr pas mal de leurs couvertures bnvolement, et j’ai illustr aussi la campagne nationale pour la dmocratisation de la lecture au Prou, et o l’affiche est sortie avec les 11 plus grands crivains pruviens, a s’appelait Seleccin nacional, et onze parce qu’ils posaient come s’ils taient une quipe de football, et au lieu de tenir un ballon, ils tenaient un livre. Et le dessin que j’avais fait, c’tait un goal qui plongeait, et qui essayait de rattraper non pas un ballon, mais un livre aussi.

G. G. : Patrick on te remercie, on prcise aussi que pendant toute la dure de l’exposition, la monographie dite par bizarre.fr et publie chez Domens l’anne dernire est aussi disponible. Et puis je pense qu’il y aura peut-tre une autre exposition de Patrick Singh dans le courant de la saison 2005.

P. S. : Bien volontiers, oui.

G. G. : Merci beaucoup.

P. S. : Merci.


 
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