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- Patrick Lorne
vendredi 17 décembre 1999, par
Patrick Lorne a publié "Garigue Secrète" (éd. Edisud 1998), un livre sur des insectes que l’on ne trouve pas forcément que dans la garigue, un livre rempli du fruit de 14 années de photographie, consacrées à nos amis à six pattes ou plus...
Gilles Gouget : Vous tes photographe, vous faites de la macrophotographie... la photographie du dtail, sur des insectes qui sont un terrain de prdilection pour vous.
Patrick Lorne : Disons que a fait assez longtemps que je photographie... les petits animaux, les petites btes que l’on trouve dans la nature, parce que je suis toujours merveill par les formes, les couleurs, les attitudes de petites bestioles que l’on ne voit pas si on marche un peu vite. Et ds qu’on se baisse, ds qu’on regarde, on dcouvre un monde merveilleux, tellement insolite, tellement diffrent que ce que l’on voit dans la vie courante, qu’on a l’impression de dcoller... de passer dans un autre monde.
G. G. : Il y a un ct spectaculaire dans ces photographies, vous en prsentez 14 pour cette exposition, mais il y en a beaucoup plus que vous avez ralises. Quelle est la raction des gens qui viennent voir ces clichs ?
P. L. : Les gens ont t trs tonns par les couleurs, leur vivacit, les diffrentes harmonies de la coloration...
G. G. : Dans ces macrophotographies, y-a-t-il le sentiment de rentrer dans une certaine intimit du vivant, et des insectes en particulier ?
P. L. : Oui, certainement. On a l’impression de se fondre dans ce monde qui est parallle au ntre, et qui est le ntre en mme temps. Quand on approche les insectes de trs prs, on a l’impression de vivre leur chelle, oui.
G. G. : Dans le cas des insectes, mme si leur systme nerveux est rduit justement un simple systme nerveux, peut-on avoir l’impression d’entrer dans leur intimit, et qu’ils en soient... conscients ?
P. L. : Il n’en sont pas conscient, naturellement. Mais effectivement, avec l’habitude, on arrive les approcher de trs prs, et deviner leur comportement l’avance, ce qui fait que... un peu par antropomorphisme, on a l’impression de participer leur vie. On sait que si on s’approche telle distance, il y a trs peu de chances que l’insecte bouge, ou soit drang... un peu plus prs, on sait que ce sera la limite... et on devine galement quel sera le moment o l’insecte va s’envoler. On a l’impression qu’il y a une sorte de communication, mais naturellement... c’est une projection.
G. G. : Cela fait douze ans que vous photographiez des insectes dans la rgion de Montpellier. Sur le savoir du photographe, celui de l’entomologiste ne vient-il pas se greffer avec le temps ?
P. L. : Oui... Par l’observation... Mais disons que pour parler de quelque chose, il faut s’y connatre un petit peu, mais je ne pense pas que le savoir de l’entomologiste prenne le pas sur le photographe. C’est plutt l’merveillement du photographe qui domine toujours.
G. G. : Il y a 14 photograhies. Quatorze... sur combien ? Est-ce que vous avez une ide du nombre de clichs que vous avez pris ?
P. L. : C’est difficile dire... Il y en a plusieurs dizaine de milliers.
G. G. : Ca fait une slection plutt forte, pour 14 clichs. Il y en a certains qui ont bnfici de tirages numriques, c’est pour rpondre quel impratif ?
P. L. : Ca a t pour rechercher le maximum de dfinition. Actuellement, on arrive une dfinition un peu meilleure avec des tirages numriques plutt qu’avec des tirages habituels. Ceci dit, cette technique ne me permet pas encore de faire des prises de vues numriques, qui sont encore assez loin des performances de la photo traditionnelle. Mais a va venir trs bientt.
G. G. : Mme si le nombre de photos prsent pour cette expo est assez limit, on distingue tout de mme quelques sries. Il y des photos d’insectes... sur leur plante, d’autres o l’on ne voit que le sujet... C’est important pour vous de mettre en scne l’insecte dans son milieu naturel ?
P. L. : Je crois que c’est indisociable. La plupart des insectes vivent grce aux plantes, il y a des insectes carnivores galement, mais ils vivent la plupart en rapport avec les plantes, ou bien c’est la plante qui vit en rapport avec l’insecte. C’est indisociable.
G. G. : Il y a aussi des photos sur lesquelles on ne voit qu’un dtail d’un insecte... un grossissement. L, je pense notamment des clichs o l’on a le dtail de la carnation d’une chenille, ou bien d’une aile de papillon. Est-ce que dans ce cas l, on est pas la recherche, esthtiquement, de quelque chose qui se rapproche plus de l’abstraction ?
P. L. : Oui, bien sr. Disons qu’il y a certains sujets qui permettent de faire des photos qui peuvent tre belles en elles-mme, sans mme qu’on sache exactement ce que a reprsente. C’est un aspect de la photographie d’insectes.
G. G. : On apelle souvent les photographes des "chasseurs d’images". L, l’expression est toute trouve. Parlez nous un peu de cette aprentissage de l’approche... couch dans les herbes, dans des circonstances pas toujours forcment trs pratiques.
P. L. : C’est pas toujours trs facile, non. Parce que les insectes sont souvent farouches, d’autre part il faut dj les trouver, certains sont trs visibles, mais d’autres sont trs petits et on les dcouvre un peu par hasard, lorsqu’on s’approche, lorsqu’on est trs prs, plat ventre dans la nature... Je pense une photo qui est expose, celle du colombole. C’est un insecte minuscule qui se trouve habituellement la surface du sol, dans la litire. Sur la photo reprsente, il grignote un ptale de granium sauvage. Je ne m’attendais pas du tout la trouver, et c’est en fait en observant un insecte plus gros qui tait ct que j’ai fini par le dcouvrir.
G. G. : Il y a donc des insectes que l’on ne dcouvre qu’ travers l’objectif ?...
P. L. : Non, celui-l, je l’avais vu l’oeil, mais trs difficilement... c’tait la limite de la perception.
G. G. : Comme chasseur d’images, vous ne travaillez pas tout au long de l’anne, certaines espces ne sont pas observables tout au long de l’anne ?...
P. L. : La grosse saison, dans la rgion, c’est tout de mme le printemps. L’t aussi, naturellement... l’automne, a commence baisser, et il n’y a plus grand chose de visible en hiver... mais il y a encore quelques insectes, notamment les chenilles de Jason que l’on trouve sur les arbousiers. Il m’est arriv d’en trouver aprs des priodes de gel -12C, et aprs des priodes de neige. Certaines d’entre elles arrivent passer l’hiver pour se mtamorphoser ensuite au printemps.
G. G. : Vous est-il arriv de faire des observations suffisament surprenantes pour en faire part des spcialistes ?
P. L. : Non... c’est difficile dire... non, je ne pense pas.
G. G. : Comme chasseur d’image, travaillant en garigue, vous travaillez sur un terrain rgulirement investi par les chasseurs... tout court. Est-ce qu’il vous arrive d’en croiser, et de vous inquiter un petit peu, si vous tes l, quattre pattes dans les hautes herbes ?
P. L. : Ca m’est arriv, oui. J’essaie alors de ne pas trop me baisser, de prendre un peu plus de hauteur (rire). Pour tre un peu plus reprable.
G. G. : Il n’y a pas eu de rencontre particulirement... risque ?
P. L. : Jusqu’ prsent non... j’espre que cela continuera comme a !
propos recueillis par Gilles Gouget










