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- P.I.P. : les seins sont pipés...
lun 30 janv 2012 - 12h15
lundi 30 janvier 2012, par
Le billet hebdomadaire d’Olivier Nottale... Aujourd’hui : retour sur l’affaire des implants P.I.P.
Quel rapport peut-il y avoir entre le commerce érigé en dogme dans le monde capitaliste, la tyrannie de l’image véhiculée par nos médias, leur mère maquerelle la publicité, et un problème de santé publique ayant mis à jour le dysfonctionnement des contrôles des autorités chargées de la dite santé publique ?
Avant d’attaquer le sujet en essayant de ne pas le faire avec un regard en biais à la Tartuffe, je vous recommande sur le sujet un article de Jean-Luc Porquet paru dans le Canard Enchaîné daté du 18 janvier dernier intitulé « Léger dysfonctionnement mammaire ».
Le scandale de santé publique qui enfle, si j’ose dire, depuis quelques temps concerne les implants mammaires. Environs un demi million de femmes dans une soixantaine de pays se font du mouron en baissant les yeux sur leur poitrine artificielle.
Parlons d’abord business, commerce et profit. Le secteur des faux seins est un marché extrêmement juteux. Alors comme dans tous les commerces il y a des honnêtes commerçants et des margoulins sans trop de scrupules qui s’intéressent bien plus au courbes de rentabilité qu’à celles des poitrines de leurs clientes !
Tout d’abord en enquêtant sur le sujet un chiffre m’a interloqué : je croyais naïvement que les femmes siliconées l’étaient en grande majorité pour des raisons médicales. Le fameux cancer du sein faisant les ravages que l’on sait, les implants sont une formidable renaissance pour celles qui ont dû subir une ablation. Je croyais que celles qui le faisaient pour des raisons esthétiques n’étaient qu’une minorité qui avaient trop regardé les séries états-uniennes où les décolletés des stars sont des abysses sans fin. Résultat : seulement 20% de la chirurgie mammaire concerne le médical. Pour le reste il s’agit de la chirurgie purement esthétique.
Comme dans n’importe quel autre domaine, la concurrence fait rage et les délocalisations sont nombreuses. Des femmes passent leurs vacances dans des pays exotiques (surtout au Brésil et au Maghreb) et elles en profitent pour se faire remplacer la devanture ! Revenons au scandale. Du côté de la Seyne-sur-Mer, dans le sud de la France, une société est depuis 1991 spécialisée dans le marché des implants mammaires : c’est la P.I.P. de Monsieur Mas ! Très rapidement, le P.D.G. a compris que ce qui coûte très cher dans l’implant c’est la matière première. Le silicone médical, le seul autorisé et agréé, est hors de prix. Ce gel doit être parfait ou presque pour pouvoir être utilisé. Alors, pour rentabiliser, gagner des parts de marché et faire tourner sa boîte, Jean-Claude Mas va tout simplement remplacer le produit haut de gamme par du silicone industriel.
Il ne trouve pas scandaleux ce subterfuge. Mis en examen la semaine dernière il affirmera qu’il était très content des résultat avec son produit « low cost ». Grâce donc à ce tour de passe-passe il préserve les emplois de 120 salariés quand même, et il gagne confortablement sa vie. Tout baigne. Pourquoi personne ne constate rien ou ne dit rien ?
L’Afssaps (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) n’a rien trouvé d’anormal. Pendant près de quinze ans R.A.S. Maintenant que le scandale a éclaté la FDA (son homologue états-unienne) jure avoir communiqué une enquête alarmante au sujet des implants P.I.P. à l’Afssaps, qui elle ne s’en souvient pas ! Quand à l’organisme certificateur, celui qui délivre le fameux label conformité européenne (CE), eh bien cette organisme situé en Allemagne a renouvelé le certificat à P.I.P. pendant des années sans problème.
Il faut dire que les contrôleurs étaient sympathiques. Ils prévenaient toujours de leurs visites deux semaines avant celles-ci. Les employés du bon monsieur Mas n’avaient plus qu’à planquer le silicone bas de gamme pour ne se servir que d’un stock de première qualité et le tour était joué.
D’ailleurs, certains salariés en profitaient pour demander des primes pour garder le silence. Quand aux concurrents : ils savaient. Je cite : « la société P.I.P. faisait des affaires de façon peu éthique ». Aujourd’hui ils affirment que ce n’était pas leur rôle de dénoncer une société concurrente. Les braves gens ! Ce ne sont pas des balances ! Donc, pour faire simple, tout le monde savait ou pouvait savoir que les implants P.I.P. étaient un peu frelatés et personne ne s’en préoccupait plus que cela pour le plus grand bien du commerce et de l’emploi made in France sans doute.
Pour les femmes qui jouent les canons en 95B c’est une toute autre histoire...
Animateur(s) :
Olivier Nottale
Réalisation Technique :
Bruno Bertrand










