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jeu 22 nov - 20h00, rediff. sam 24 - 13h00
jeudi 29 novembre 2007, par
L’Aidagara des Funkakazi ! Ces jours-ci, débarque sur Montpellier le groove version nipponne, yiddish et teutonne, origines exotiques en la matière : Osaka Monaurail, Socalled & David Krakauer, Joy Denalane.
Pendant ce temps, Prince, tel qu’en lui-même, balance entre caprice et cadeau...
Bienvenue dans Goutte de Funk, l’émission funk-a-logiquement conceptuelle et tellement funky qu’on la croirait en odorama.
Osaka Monaurail, "Groovy groovy groovy"
Ces jours-ci, débarque sur Montpellier le groove version nipponne, yiddish et teutonne, origines exotiques en la matière : Osaka Monaurail, Socalled & David Krakauer, Joy Denalane. Ce qui fera donc l’actu de la dose mensuelle et nécessaire de Goutte de Funk, prescrite par mesure de salubrité publique par les plus grands guérisseurs et les rebouteux occultes et dont la dégustation est si prisée des les délicats chevaliers de l’ordre de tastafunk.
Joy Denalane, "Soweto ’76-’06"
En pedi (une des langues sud-africaines), « Denalane » signifierait « étoile brillante ». Est-ce le nom de famille de Joy, son paternel étant d’origine sud-africaine, ou un surnom ?, je ne sais. En tout cas, il y aurait certainement beaucoup à dire sur le sens symbolique de ses noms d’artistes tirés des langues africaines. On mettra ainsi en parallèle notre "étoile brillante" avec le "libre comme l’oiseau" du swahili ndegeocello, en se disant qu’il y a peu de chance que l’on voit un jour débarquer une artiste avec un nom signifiant "méchant comme une tique" en wolof ou "limace gluante" en lingala. Les chanteuses manqueraient-elle d’imagination ? Un autre indice en témoigne : Joy Denalane est marié avec son producteur. Certes, ça donne parfois une belle complicité artistique, comme avec Susheela Raman et Sam Mills, particulièrement inspirés samedi dernier à Victoire 2, mais, quand même, les filles, un peu d’imagination : épousez parfois un autre homme que votre pygmalion.
Après la gentille Ayo, Joy Denalane illustre également le zeitgeist d’Outre-Rhin, à savoir que la nouvelle génération métisse allemande s’approprie l’héritage musical américain. Après un 1er album écrit en allemand, Joy Denalane chante désormais en anglais, c’est quand même plus porteur, même si le triomphe de Tokio Hotel auprès de nos pré-ados inviterait à réviser le jugement. Et si Tokio Hotel fait exploser le nombre de volontaires à l’allemand 2ème langue, Joy Denalane ne manque pas d’arguments pour inciter les plus grands à se mettre à la "langue de Goethe" (pour reprendre une expression de journalistes ayant aussi peu d’imagination que les chanteuses mariées à leur producteur).
Pour conclure, de Born & Raised, un album plutôt soul et tranquille, on retiendra ici ce titre plus tendu "Soweto ’76-’06" et on signalera que Joy Denalane sera à la salle Trioletto, le 12 décembre prochain.
Socalled, "You are never alone"
"And frankly there’s nothing so unusual about being a jewish cowboy", en guise de préambule du morceau : sûr que les cowboys juifs ne courent pas les rues... Avec son album Ghetto-Blaster, le Canadien Socalled a signé un album tout simplement brillant, à la fois drôle et émouvant, qui ne cesse de nous toucher à chaque écoute. Un album où ses racines juives sont exprimées par le biais de sa culture hip-hop. Depuis quelques années, nous assistons à un revival klezmer. Il est assez frappant de constater que de nombreux acteurs de ce phénomène viennent d’un autre horizon musical. Du jazz, par exemple, comme David Krakauer qui sera le 1er décembre à la salle Victoire 2, avec Socalled, justement, lequel vient lui du hip-hop. Cette soirée est donc l’occasion de revenir sur un de mes albums préférés de l’an dernier. Josh Dolgin, jeune Montréalais branché hip-hop était complètement ignorant des musiques juives, jusqu’à ce qu’il farfouille dans des vieux bacs à vinyls de l’Armée du Salut (car, quand vous êtes un véritable beat-digger, vous êtes toujours à l’affut de la perle rare), il tombe sur de vieux disques du grand chanteur yiddish Aaron Lebedeff : révélation. Depuis, notre homme est devenu un expert ès-musiques juives, collectionnant les disques et allant jusqu’à donner des conférences sur le sujet. (Peut-être annonciateur d’une future émission consacrée aux funky jewish sounds, à suivre...)
DJ Mitsu The Beats & Hunger of Gagle, "Intro", "Dokou Jazz Dou"
Soil & Pimp Sessions, "Waltz Goddess"
Osaka Monaurail, "Thankful (for what you’ve done)"
L’événement funk des jours à venir reste cependant le concert de Osaka Monaurail, de passage au JAM dans le cadre des Cosmic Groove Sessions. Des funkakazi, pour rester dans le glossaire clintonien, c’est-à-dire des oriental funkateers, très J.Besques dans la forme, on va dire.
Mais, pour commencer, pour reprendre le principe du cut funk-a-logico-théorique, plus modestement appelé marabout-d’ ficelle, si vous préférez (enfin, surtout bout de ficelle d’ailleurs), nous devrions reprendre les choses là où nous les avions laissées le mois dernier, où il était question de pimp... Il existe justement un groupe japonais qui s’appelle Soil & Pimp Sessions et pratique un jazz énervé qui ne déparerait pas sur nos ondes. D’autant que leur album de 2005 s’intitule Pimp Master... Mais ce serait peut-être trop prévisible, trop bout de ficelle tirée par les cheveux.
Alors, pour maintenir notre cut-maraboutd’ficelle, parlons plutôt de David Beckham. Le pauvre doit être bien malheureux qu’hier soir l’Angleterre ait été piteusement éliminée de l’Euro 2008 de football. Piteuse Angleterre défaite à domicile par la Croatie, ultime confirmation que tout ce qui brille n’est pas de l’or, comme l’écrivait ce matin Paul Boyle dans le Guardian : "The country’s current crop of players are more a bling generation than a golden one". Beckham n’y est pour rien, il était remplaçant... Mais, question bling bling... Mais ce qui nous vaut ici de parler de lui, ce sont des projets communs avec Snoop Dogg, LE pimp par excellence, afin de produire un film et lancer une ligne de vêtements. Tel qu’en lui-même, Snoop a eu ce commentaire : "Personne n’aurait imaginé que moi et mon pote David avions quelques chose en commun. On vient de mondes totalement différents. Mais il a des dollars à sa disposition" (sic). Eh oui, "il a des $ à sa dispositions", plein de $ même. Belle démonstrattion de pimping, en bon rabatteur de micheton, Snoop lui donne du "mon pote" de rigueur. Très fort, le Snoop et c’est ce qui s’appelle parler "cash" !
Pour revenir au sujet du jour, le funk nippon, reconnaissons tout d’abord que quand on associe musique et Japon, nombreux sont ceux qui traduisent ça par "imports". L’industrie musicale japonaise ayant le catalogue de ré-éditions le plus impressionnant qui soit. Bien entendu, du point de vue japonais, ce ne sont pas des imports mais des pressages. Cela paraîtra d’autant plus surprenant quand on saura que les artistes japonais trustent au moins 80% des parts de marché local. J’ignore les origines de cette politique. Peut-être est-ce en raison du protectionnisme local, l’industrie musicale préférant presser sur place les albums internationaux plutôt que les importer ? Ce qui n’explique pas le fait que même les artistes relativement obscurs aient bénéficié de ces pressages japonais. S’ajoute probablement à cela le succès du jazz dans l’Empire du Soleil Levant, semble-t-il le 2ème marché mondial pour la vente d’albums de jazz... Si vous êtes capable de m’expliquer le phénomène, tous les commentaires sont les bienvenus.
Quoi qu’il en soit, les Japonais ne font pas les choses à moitié, même si c’est déjà un cliché que d’écrire cela. Et dans un pays qui longtemps a établi des hiérarchies ethniques négrophobes, on assiste aujourd’hui à des phénomènes curieux dans le rapport du Japon aux cultures noires américaines. Un exemple, superficiel certes : le phénomène des Ganguro, littéralement "visage noir". Ces jeunes filles se font la tête de Noires américaines, ce qui suppose salons d’UV à gogo, et fond de teint brun. Certaines vont même jusqu’à se faire une coiffure "afuro" (afro, ndla). D’autres choisissent une décoloration. Vous allez me dire que ça fait pas très "black", mais c’est le principe de la réaction en chaîne : des Noires se décolorent pour imiter les Blondes et les Ganguro se décolorent pour imiter les Noires qui imitent les Blondes. Pourtant pas difficile à comprendre : eh, ceux que ça étonne, vous avez oublié que c’est le village global ici ou quoi !
Mais, visiblement, les ganguro sont assez mal vues et, comme toute fashion victim qui se respecte, pas trop futées, à en croire le blog Alone In Kyoto, l’oeuvre de Français expatriés que je cite ici : "Pour ma part, j’avoue que je n’ai absolument rien à leur reprocher, si ce n’est leur forte prédisposition à être assez connes".
Plus sérieusement, venons en au funk. Concernant Osaka Monaurail, là encore on ne fait pas les choses à moitié. Comme d’autres groupes contemporains de funk, on est dans le revival. Osaka Monaurail a les J.B’s de la fin des 60’s-début des 70’s en ligne de mire. Le nom du groupe vient d’ailleurs d’un titre des J.B’s : "(It’s not the Express) It’s the J.B.’s Monaurail". Le fait d’adopter un style avec un sens du détail et du mimétisme troublant, nous fera peut-être associer leur exemple à celui de l’Orquestra de la Luz, qui pratique la salsa avec un même soin maniaque... Le cliché, un de plus, veut que le Japonais soit studieux, donc il bosserait soi-disant comme un malade. Calmons tout de suite le préjugé : la dimension vintage est partagée par la plupart des groupes de funk contemporains. Rien de bien japonais, là dedans.
Cependant, qu’il existe, au Japon, des groupes jouant le funk à l’ancienne pourra même en étonner certains qui croiraient qu’il y a à peu près autant de sens du groove chez les funkakazi que d’amour des petites fleurs chez Materazzi. A priori, l’essence même du funk peut sembler incompatible avec la nipponité, selon quelques vieux préjugés, du moins. Dans le cas du hip-hop, on s’étonnera moins de voir des adeptes japonais, vu son universalité et la liberté qu’il offre à chacun de l’utiliser pour véhiculer son vécu dans sa langue maternelle et vernaculaire. Ainsi que l’illustre ici DJ Mitsu The Beats avec le rappeur Hunger. Pour autant, si l’on veut bien y réfléchir cela est bien moins incongru qu’il n’y paraît. Il y a une dizaine d’année, avec quelques amis, nous avions monté un groupe de recherche en sociologie, le Gredin (Groupe de recherche sur l’Effervescence...), lequel portait bien son nom, pour faire court. Parmi nous, Ryozo Hiyama, venu en France réaliser une ambitieuse thèse, comparative des cultures françaises et japonaises. Lors d’une rencontre que nous avions organisé avec Edgar Morin, l’ami Ryozo lui fit la remarque suivante : "Ce qui m’intéresse dans votre travail, c’est que l’altérité n’est pas envisagée en tant qu’autre mais comme alternance". Je vous laisse méditer ça un instant, avant de vous en donner mon interprétation, appliquée à nos funkakazi : on peut bien être à fond dans son trip exotique, le funk noir américain de 60’s-70’s, sans pour autant que cela vienne nier une quelconque identité culturelle japonaise.
A travers la notion d’aidagara, proposons également une autre illustration des convergences possibles entre la culture japonaise et l’essence du funk. Entendons d’abord le funk comme une "togetherness in motion", un "être ensemble en mouvement". C’est-à-dire : le funk est une musique profondément collective, chacun apporte sa pierre à l’édifice et trouve sa place dans le groove, la grande roue rythmique. Maintenant, en nous appuyant sur un article de Kokichi Shoji, "Le Nipponisme comme méthode sociologique" (Sociétés - Revue des Sciences Humaines et Sociales n°31, 1991), rappelons que, dans la culture japonaise, la conception de la personne est à l’opposé de l’individualisme occidental, avant tout comptent les relations. S’appuyant sur l’oeuvre philosophique de Tetsuro Watsuji, qui a servi de base au nipponisme, Shoji rappelle que si l’homme occidental serait le kojin, c’est-à-dire l’individu, le Japonais serait le ningen, c’est-à-dire l’homme, ou plus exactement, non pas l’homme mais les hommes considérés dans les relations qu’ils entretiennent entre eux. Comme ça devient assez technique, je cite directement Shoji, c’est plus sûr : "Watsuji souligne que le lot ningen se compose du mot hito (homme) et du mot aida (entre) et que cela signifie que le ningen n’est que son aidagara (les relations elles-mêmes entre les hommes". Si, en plus, on vous rappelle que les aidagara précèdent la séparation société-individu mais aussi la séparation nature-homme. Les aidagara sont donc "l’union profonde de la nature et des hommes". Et voilà ! Nous pouvons donc funk-a-logiquement en conclure que l’aidagara peut être une expression de la togetherness-in-motion. CQFD si on cherche pas trop la p’tite bête... Donc, comme on fait les choses en grand dans Goutte de Funk, non seulement c’est funky mais, en plus, c’est cosmique. Faudrait maintenant demander aux membres d’Osaka Monaurail ce qu’ils en pensent !
Kevin Michael, "Ha ha ha"
Au rayon de l’actu, un petit jeune bien de son temps : Kevin Michael, partout présenté comme le dernier petit génie. Son R&B biscornu ne manque effectivement pas d’allure. Outre un talent qu’on ne lui contestera pas, par l’affirmation de ses origines métissées et des thématiques qu’elles suscitent, Kevin Michael incarne enfin le visage d’une Amérique enfin sortie de ses clivages Noir/Blanc. Sur le titre choisi ce soir, il témoigne d’un petit côté coquin qui n’est pas sans rappeler un certain Prince...
Prince, "PFunk"
Prince justement... Il vient de nous faire un de ces petits cacas nerveux. Un accès de parano, ou un truc dans le genre. Mais si c’est pour nous offrir un titre gratuit pour l’occasion, on lui laisse piquer ses caprices tant qu’il veut... On peut même lire ici ou là que c’est son meilleur morceau depuis dix ans. Personnellement, j’irais pas jusque-là mais à vous de juger... Mais on ne peut que partager l’impression que "C’est le genre de morceau que le nain pourpre est capable d’écrire et enregistrer d’une main en se curant le nez de l’autre et c’est pour ça qu’on l’aime toujours", comme on peut le lire sur le site fluctuat.net.
Brick, "Dazz"
Rappel du motif premier de Goutte de Funk, derrière l’élucubration funk-a-logical, l’invitation à secouer son booty par le biais d’une sélection aussi rigoureuse que le calibrage des poulets par les normes européennes, de quoi justement donner envie de danser le funky chicken. Ce soir, ce sera sur "Dazz", du groupe Brick. Où Dazz est la contraction de disco-jazz. On appréciera particulièrement l’échange entre la flûte et la basse sur ce titre. Un titre que l’on pourra retrouver sur le fantastique blog de Baby Grandpa, véritable hâvre du groove : les connaisseurs s’y retrouveront !
Ju-Par Universal Orchestra, "Beauty & The Beast"
Johnny Hammond, "Who is Sylvia ?"
A part secouer le booty, on peut tout simplement, s’offrir un voyage en vrille mentale emporté par des morceaux où les cordes nous décollent, majestueuses. Parce que dans Goutte de Funk, nous ne pratiquons pas l’hyperbole et que nous utilisons les mots à bon escient, n’ayons donc pas peur de dire que ces morceaux sont effectivement majestueux... Alors, "qui est Sylvia ?", on ne le sait toujours pas mais ça donne envie de la connaître.
Sur ce, le bon Dr. Funkathus vous invite à cultiver votre aidagara par le groove jusqu’à la prochaine fois.











