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- OMC, le pouvoir invisible, d’Agnès Bertrand et Laurence Kalafatidès,
rencontre au micro de Moragne le Bars
mercredi 9 juin 2004, par ,
Un été, aprés avoir interviewé Zawaze au festival les Transes Cévenoles de Sumène, Isabelle de Radio Escapade m’a présenté une femme formidable, qui venait de sortir un bouquin sur l’OMC, un truc qui démonte les mécanismes de fonctionnement du GATT d’abord et de l’OMC ensuite. Elle est rousse, enfin blond vénitien, a entre 40 et 50 ans porte une robe verte et a une belle voix grave et rauque, la terrasse est ensoleillée, on discute facilement elle me dit qu’elle veut bien parler de son livre à la radio mais qu’il faut que j’aille chez elle. Peu de temps après j’entends l’interview qu’elle a fait sur Radio Escapade, le temps d’obtenir le livre par le service de presse de chez Fayard, puis de lire le livre, puis d’attendre et de le relire avant de l’appeler et de lui demander une interview, j’ai à peine eu le temps de lui passer un fax et le rendez vous était déjà pris, dans une jolie maison d’un petit village au pied des Cévennes. En plus, Laurence Kalafatidès co-autrice du livre et spécialiste du décryptage des Accords Général sur le Commerce des services, les « fameux » AGCS, est avec nous.
Arme de mon vieil enregistreur Mini Disc, dot de piles neuves et de disques neufs, je m’apprte brandir mon micro pour transmettre la lutte contre l’Organisation Mondiale du Commerce et son terrible avatar l’AGCS...
Morgane : Agns Bertrand bonjour.
Agns Bertrand : Bonjour.
M. : Vous avez crit cet ouvrage passionnant, OMC, le pouvoir invisible, qui est sorti en juillet 2003 chez Fayard.
A. B. : 2002.
M. : En tous cas qu’on peut toujours trouver... Vous revenez sur l’histoire de votre engagement au dpart contre la mondialisation... il y a un engagement cologique sur la fort amazonienne... comment s’est pass le passage de l’un l’autre ?
A. B. : Oui, bien dans le livre OMC, le pouvoir invisible je reviens en effet l dessus, pour prendre un peu le lecteur par la main, pour lui montrer comment est-ce qu’on fait, au hasard d’ailleurs, qu’on en arrive dcouvrir l’existence de ngociations internationales, le 8 round du GATT, et qui prpare l’avnement de l’OMC. Et bien a s’est pass qu’on avait lanc une campagne internationale pour l’arrt de la dforestation des forts tropicales humides, dont la destruction, on le savait l’poque, allait entraner un flip climatique mondial, l’effet de serre, et on a lanc une ptition. J’tais alors secrtaire gnrale de l’association cologique europenne Ecoropa dont le prsident d’honneur pour la France tait Jean-Marie PELT, il l’est toujours d’ailleurs. Et nous lanons cette ptition, et elle connat un succs extraordinaire. C’tait absolument incroyable, l’poque on n’avait mme pas de fax dans le bureau, on lance a avec 300 courriers, et on a eu 800000 signatures en France et 3000000 de signatures dans le monde. C’tait du jamais vu, et les dernires ptitions nous sont arrives de Borno, elles taient signes des empreintes digitales des peuples de Borno, qui taient victimes de la dforestation, des trononneuses, et on se demandait mais comment ils ont su ? , mais comment ils ont eu, comment ils sont au courant alors qu’ils ne savent ni lire ni crire ? , mais comment ils ont appris qu’on tait en train de lutter en solidarit avec eux ? . On a pris contact avec l’association malaisienne qui s’occupait d’essayer de prendre leur dfense, les amis de la Terre de Malaisie, on a organis un vnement New York, un norme sitting le jour de l’assemble annuelle de l’ONU en Septembre 1989. Et on invite nos amis malaisiens, ils taient tellement ravi de rencontrer des gens punchy de ce ct l de l’hmisphre, que ni une ni deux ils nous invitent un colloque en Malaisie sur les grands courants conomiques contemporain, et je dois dire je me suis retrouve l au milieu d’individus brillants et passionnants, il y avait Vandana Shiva, Walton Bellow, Martin Khor, des gens qui sont tous des grands noms dans l’antimondialisation, des auteurs connus. Et c’est l que dans le dbat, j’ai ce nom de GATT. Mais c’est quoi le Gatt ? Et qui a ce projet de brevetabilit des espces vivantes, vgtales et animales gntiquement manipules ? Pouvoir mettre des brevets industriels pour exiger des royalties sur chaque gnration ? Et donc, vous voyez, on gratte un peu sur qui dtruit l’environnement, dans le combat on rencontre des compres l’autre coin de la plante, on dcouvre au passage un... je vais employer le mot, mme s’il est mal vu, un complot, beaucoup plus grave encore sur la biosphre toute entire. Donc quand on dcouvre qu’au nom d’un accord de commerce international on s’apprte prendre une dcision aussi faramineuse que breveter la vie, qui a quand mme des incidences philosophiques, thiques, morales, scientifiques, tout ce qu’on veut... qu’on se permet de faire a... Alors on met gratter et on dcouvre a, alors on se dit qu’est-ce qu’il y a d’autre dans ces accords du Gatt ? , et plus on gratte et plus on trouve quelque chose de fondamentalement inacceptable.
M. : Dans votre livre, on suit l’enqute, c’est presque une enqute policire pour se procurer les documents d’abord, puisque ce sont des documents secrets, pour les comprendre ensuite puisqu’ils sont dans une langue que seuls les diplomates et certains narques probablement comprennent. Donc il faut des traducteurs, et l vous vous retrouvez, avec des chercheurs, avec des intellectuels du monde entier y compris cette Lori Wallach, donc, une tatsunienne.
A. B. : Lori Wallach, que je ne connaissais pas l’poque, et quelqu’un lui a dit un jour mais comment ? tu ne connais pas Agns Bertrand ? Elle aussi s’occupe du Gatt . On avait trs envie de se connatre, la rencontre a t assez fantastique. Elle, elle est juriste, elle est docteur en droit des affaires.
M. : donc elle comprend les termes spcifiques.
A. B. : On ne lui en compte pas. Mais elle aussi par hasard, elle tait en train de faire du lobbying sur les questions de normes sanitaires (parce que les taux de rsidus taient trop levs pour l’organisation pour laquelle elle travaillait), et un jour un congressman, un parlementaire amricain lui rpond, mais qu’est-ce que vous nous embtez de toutes faons ? Maintenant c’est le GATT qui va s’occuper de tout a .
M. : Donc aujourd’hui vous avez dnonc le Gatt, entre temps vous avez particip diverses grandes manifestations, il y a eu Seattle, il y a eu Gnes, et le Gatt depuis est devenu l’OMC.
A. B. : Voil, le GATT... en fait le 8 round du GATT est devenu l’OMC, partir des accords du Gatt qui contenait les volets sur l’environnement, sur le brevet du vivant, des accords sur les services, l’agriculture etc. Au moment de la signature de ce 8 round qui s’est fait avec une pression et un forcing insenss. Les parlementaires videmment n’taient pas au courant, n’avait pas lu tout a, ils ont dcid de coupler la signature du 8 round du Gatt avec la cration de l’OMC, une organisation avec des pouvoirs renforcs, a a t une espce de coup d’tat plantaire, silencieux, invisible, mais qui faisait qu’il y a des transferts de pans entiers de lgislation, qui du coup tombaient sous la coupe de l’Organisation Mondiale du Commerce et de son tribunal.
M. : Et donc aujourd’hui, depuis ces grands mouvements anti mondialistes, ya t il eu des... mises jour de tous ces comlplots, enfin, de tout ce complot ?
A. B. : Ce programme... en tout cas c’est des programmes c’est clair.
M. : Il y des phrases dans le bouquin qui disent que des pans entiers de la constitution de chaque pays qui passent aux mains de l’OMC, et qu’on doit changer de constitution par rapport certains accords qui ont t signs il y a longtemps.
A. B. : Euh oui c’est a , comment vous expliquer simplement ? Tous les pays ont sign les accords du Gatt, et la cration de l’OMC, c’est 550 pages d’accords et 20000 pages d’annexes... Mais il y a un article 6-4 qui dit texto que les pays s’engagent mettre en conformit leur constitution, lgislations et procdures administratives avec les accords en annexes, donc ils ont sign un chque en blanc l’OMC, beaucoup en mconnaissance de cause et certains videmment en sachant pertinemment les lobbies d’affaires qui avaient travaill d’arrache pied pour obtenir tout a, en sachant ce qui se passait et en visant ce que a s’impose. Et l’OMC est une organisation qui efface ses traces. Donc, d’abord il y a eu une premire ministrielle, une deuxime ministrielle... la ministrielle de Seattle, c’tait sur la cte ouest des Etats Unis, c’est l que le premier rseau contre les accords du Gatt qui n’avait pas baiss la garde s’est mis en route au niveau mondial. Il y a quand mme des paysans, des artistes, des syndicalistes, les cologistes du Monde entier qui s’taient donn rendez-vous, et les plus jeunes en particulier s’taient mis dans la tte cette chose merveilleuse, incroyable, de bloquer le centre de confrence et d’empcher les dlgus d’y accder. Aux innocents les mains pleines, ils ont russis et pendant plus de 6 heures les travaux n’ont pas pu commencer et videmment Seattle a fait le tour du monde, les images taient formidable donc a passait quand mme la tlvision et a a t vraiment le grand moment de prise de conscience, beaucoup d’intellectuels qui n’taient pas au courant ont appris ce moment l l’existence de l’Organisation Mondiale du Commerce.
M. : Et le leitmotiv de l’OMC c’est qu’on n’a pas le droit de faire obstacle au commerce...
A. B. : Oui. On peut dire a , un des accords de l’OMC c’est l’accord sur les obstacles techniques au commerce, l’OTC, qui effectivement passe au peigne fin toutes les lgislations pour voir si elles ne sont pas ou plus restrictives que ncessaire, selon l’organisation de l’OMC.
M. : On peut donner un exemple, la France n’a pas le droit d’interdire le veau aux hormones.
A. B. : Et bien quand elle a essay de le faire, il y a eu un panel et le panel a dcrt, en l’absence de preuves scientifiques, selon les critres du CODEX Alimentarius la France tait coupable, les Etats Unis avaient le droit de faire les reprsailles commerciales, ils ont choisi comme produits des produits sur lesquels faire des reprsailles, le Roquefort entre autres, et c’est l que Jos Bov est apparu avec le dmontage du Mac do de Millau. Et l tous le monde... les gens ne le savaient pas , que l’OMC avait une telle prrogative... et de quoi je m’occupe l’OMC ?
M. : ...et en France on ne veut pas qu’on s’occupe de son roquefort...
A. B. : En plus... En plus je pense qu’effectivement la bonne bouffe c’est une valeur sacre dans ce pays et a a t fort utile pour faire avancer le dbat...
M. : Comment on passe d’un mouvement antimondialiste assez jeune, assez dsorganis, un peu aventureux, un mouvement altermondialiste, comme on dit aujourd’hui ; ce sont certains journalistes qui ont invent ce terme.
A. B. : Oui, alors le terme de mondialiste normalement a voudrait dire tre contre l’Etat nation, etc, donc c’est pas le mot antimondialisation, anti-globalisation oui. Il tait jeune, c’tait un mouvement assez expert. Il faut se rendre compte que ces gens de l’hmisphre sud ont eu la capacit de dcortiquer des accords relativement secret. Vous imaginez qu’il y avait des pointures, l dedans, il y avait aussi l’exprience vcue avec des consquences dramatiques des politiques d’ajustement structurel du fond montaire international et de la banque mondiale. C’est pas aux pays du sud et leur mouvement qu’on va apprendre les dgats des transnationales, ils les vivaient chez eux, et chez eux c’est littralement une question de survie, c’est les paysans qui sont balays, parce que nos denres hyper subventionnes leur volent leur march intrieur, c’est des dveloppements de plantation renforts de pesticides, o les gens , les femmes, les enfants, tombent malades etc. Donc au fond, pour tout ces gens du sud je dirais qu’il y avait des intellectuels extraordinaires, qui en plus mettaient un coeur au combat... souvent le faisait dans des conditions difficiles, les poursuites a pouvait tre l’emprisonnement... Donc un mouvement jeune, rcent oui, mais il y avait des gens qui avaient 30ans de combat et il y en avait beaucoup qui avaient une trs grande expertise, et a a t beau la faon dont a a converg comme une espce d’internationale, souvent par des liens d’amiti et c’est ce qui a fait la force de ce mouvement, parce que vraiment avec de tous petits moyens et bien avant internet a t russie une alerte plus ou moins plantaire qui a dbouch sur ce merveilleux mouvement de Seattle. On s’tait dit il faut arrter le round du millnaire , il fo y’a ka , en fait on n’tait pas du tout srs d’y arriver, et a a march.
M. : O en est la lutte, le rseau tiers monde continue a travailler, ECOROPA aussi, o en est la lutte au niveau international, quelles sont les prochaines dates, les prochaines actions ?
A. B. : Il y a sans cesse des Forums, il vient d’y en avoir un Bangkok, car il y a non seulement la lutte contre l’OMC, mais aussi contre les accords rgionaux, qui sont des espces de mini OMC l’chelle de continent.
M. : Oui, avec l’ALENA, ou le MERCOSUR ?
A. B. : ...etc. Il y a l’accord EUROMED, dont le mouvement s’est amplifi, a s’est multipli par mille, le nombre de gens qui sont au courant aujourd’hui par rapport au nombre de gens qui sont au courant de l’OMC. Par mille, dix mille peut tre. Je crois que si on pense comment il a merg si vite et avec de grandes victoires... Il y a eu d’abord la victoire sur l’accord multilatral sur l’investissement, ensuite il y a eu la victoire Seattle et ensuite la victoire de Cancun, ou l a se rvle au niveau des gouvernements du sud, et avec une rcusation de la lgitimit mme de l’OMC. Alors aujourd’hui, dire o en est le mouvement... Je crois que c’est un mouvement divers, htrogne, et que a doit rester comme a, c’est ce qui fait sa force.
M. : Laurence Kalafatids, bonjour, vous avez crit le Livre OMC, le pouvoir invisible avec Agns Bertrand.
Laurence Kalafatids : Oui.
M. : Vous vous tes plus particulirement occupe du volet sur l’accord gnral du commerce des services, l’AGCS, c’est cet accord qui touche tous les domaines de notre vie...
L. K. : Et bien tous les domaines qui sont rpertoris dans ce que l’on appelle les services. Alors pour revenir un petit peu en arrire, il faut se demander pourquoi tout d’un coup on s’est dit qu’il fallait inclure les services dans les ngociations du Gatt alors que a n’y figurait pas. Eh bien c’est un petit peu la faute de certains banquiers qui souhaitaient pouvoir tendre leur empire sur la totalit de la plante et qui rencontraient des barrires qui les empchaient de s’installer dans certains pays. Et donc ces banquiers, qui l’poque taient tous amricains mais qui par la suite ont t rejoints par les banquiers europens, et bien ces banquiers se sont dits que ce serait bien par le biais du Gatt qu’ils pourraient russir obtenir ce qu’ils voulaient. Ils se sont runis, ils se sont coaliss et ils ont fait pression sur leurs gouvernements tel point que ces accords sur le commerce des services ont t inclus dans les accords, le jour des ngociations du Gatt, lors de l’Uruguay Round. Alors c’est vrai qu’en tant que banquier, ils taient essentiellement intresss par les services banquaires, d’assurances, etc, et puis ils se sont rendus compte que s’ils restaient tous seuls dans leur coin a n’avancerait pas et donc ils ont fait un intense lobbying auprs de leurs confrres du secteur industriel des services pour monter une trs grosse coalition, qui couvrait l’ensemble des services, et c’est comme a qu’est n l’AGCS. Donc, au dpart les ngociateurs se sont retrouvs avec cet accord sur les bras, essayer de traduire en dimension juridique les besoins de ces banquiers, donc, des ces hommes d’affaire, puisqu’ils ont t rejoints par le monde de l’informatique, etc, et puis comme c’est extrmement complexe le plus simple tait encore de demander ces gens l de faire le travail et c’est un petit peu ce qui s’est fait. Donc il y a eu une trs grande collaboration entre ces hommes d’affaire et les ngociateurs, et au bout de quelques annes lors de la ratification, enfin, de la signature des accords du Gatt dits Accords de Marrakech, et bien effectivement on avait un corpus de lois qui s’appelait AGCS et qui tait le rsultat de la collaboration entre les hommes d’affaire et les ngociateurs, et nous, citoyens, nous nous sommes retrouvs avec cette chose l sur les bras ne sachant pas l’poque d’ou a venait, ni pourquoi... Maintenant qu’on a dcrypt, on sait pourquoi...
M. : Et donc...
L. K. : Et donc il s’agit de reprendre un petit peu le dogme du libralisme. Il faut privatiser l’ensemble des services parce que, surtout les services publics, parce que le march n’tant pas extensible l’infini, et bien il faut s’approprier les ressources des tats : notamment l’argent, l’argent des contribuables, et une partie de cet argent est affect aux services publics, il est donc gr par les tats, grs par le public, et a tout a c’est un manque gagner... On en est arrivs l parce qu’effectivement... il faut faire main basse sur cet argent qui pour les entreprises est considr comme un manque gagner, ou effectivement comme une grosse cagnotte sur laquelle il faudrait mettre la main. Pas sur la totalit, parce qu’objectivement ils n’ont pas envie de s’embarasser des soucis, donc ils vont faire main basse sur les services qu’ils considrent comme lucratifs... Et c’est l que nous on s’amuse, enfin, on rit jaune on va dire, dans la mesure o on voit nos hommes politiques qui gmissent et qui pleurent en nous disant mais regardez la sant comme a cote cher, regardez l’ducation c’est un gouffre fric etc etc. Or pour les hommes d’affaires ils nous tiennent exactement le discours inverse en nous disant et bien coutez la sant c’est tant de milliards de francs ou de dollars par an de bnfice, l’ducation c’est la mme chose, les services d’environnement etc etc... Donc nous avons faire un discours politique, on pourrait appeler a, c’est mme pas une berceuse, c’est pour nous mettre dans l’inquitude et essayer de nous convertir au libralisme, de nous dire qu’il faut absolument privatiser parce que sinon la dette de l’tat va nous faire tomber dans le trou.
M. : Et on n’arrivera jamais aux fameux 3% de croissance qui nous sauverons.
L. K. : Exactement. Et d’un autre ct, vous avez des hommes d’affaire qui disent hmmm y’a bon l’argent, euh, nous on va s’en occuper et on va s’en mettre plein les poches . Alors la vrit se situe probablement entre les deux, on sait pas trs bien o mais ce qui est vrai c’est que ces gens l, ces hommes d’affaires l, veulent faire de l’argent sur notre dos et tout a doit se retrouver inscrit dans un accord sur le commerce des services. Alors c’est vrai que cet accord couvre tous les services pour une raison bien simple : c’est que les ngociateurs qui taient vraiment trs trs embts pour savoir comment attraper cette chose l, et bien ils ont pris tout simplement la nomenclature de l’ONU, et ils ont pris la liste et dit voil, le secteur des services c’est tout a, et donc l’AGCS a va couvrir tout a . Le tout a en question ce sont donc 160 sous-secteurs regroups en 12 sections, et donc on a fait d’une part une rgle gnrale qui couvre l’ensemble des services et d’une autre part on a fait des rgles spcifiques qui concernent certains services que l’on dit ouverts la libralisation - il faut comprendre privatisation -, qui donc sont rpertoris dans une liste que les tats ngocient rgulirement, et c’est pour a que l’on dit que l’on est en rengociation. C’est que quand l’AGCS a t sign en 1994, (...)
( cet instant mon enregistreur MD d’une grande marque japonaise a dcid de ne plus enregistrer la suite... Alors insensibles ce coup du sort du libralisme nous dcidons de continuer l’ITV l’ancienne, c’est dire la main avec un stylo... Ce qui suit est donc le rsultat de cette prise de notes).
Je demandais donc Laurence Kalafitids de me donner un exemple prcis de l’influence des ces accords sur notre vie quotidienne. Elle me rpondit sur le service de l’eau.
L. K. : Les services environnementaux qui concernent l’eau sont dj plus de 80% privs, et de nombreux contrats arrivent chance en 2005. Si une municipalit veut reprendre en rgie tout ou partie de ces services, distribution, traitements... un accord est possible avec le priv. Il y a eu dans ce secteur de nombreuses fusions-acquisitions et travers Vivendi des parts ou des morceaux d’entreprises ont t rachets par des entreprises tatsuniennes et c’est l que nous sommes confronts aux accords de l’AGCS. Une entreprise franaise ne peut pas porter plainte contre l’Etat devant le tribunal de l’OMC. Par exemple : Hydroqubec rachte Vivendi, une commune franaise veut reprendre la gestion de l’eau, quand l’AGCS est l’oeuvre le Canada pourra porter plainte contre la France qui devra payer des compensations au Canada. Le problme est le mme avec les dcharges... C’est ce qui s’est pass en Grande Bretagne avec les chemins de fer, une compagnie japonaise les a pris en charge et la Grande Bretagne ne peut plus rien faire. Avec l’ALENA et la faillite d’ENRON la Californie ne peut pas reprendre en charge la gestion de l’nrgie et cela a des effets catastrophiques, c’est l’Etat au monde o il y le plus grand nombre de coupures...
Je lui demande si les lus sont conscients de ce problme, s’ils sont ignorants ou complices.
L. K. :Avec la campagne STOP AGCS, depuis 5 ans, on se rend compte de ceux qui ont la volont de bouger ou pas... Dans une petite commune, quand les conseils municipaux sont au courant, ils agissent ; avec une relle campagne d’information, des courriers-rponse pour des invitations des confrences par exemple, et en exerant une pression, une certaine forme de lobbying - pas des pots de vin bien sr, on en aurait absolument pas les moyens d’ailleurs -, et en faisant des campagnes de courriers renvoyer aux dputs comme Amnesty international... en exerant une pression par les citoyens, en exerant une pression sur le maire des communes par l’intermdiaire des petites associations. Les industriels, eux, ont un accs direct aux ngociateurs ou la commission europenne. C’est le fonctionnement normal de la commission que d’organiser des runions avec les industriels, c’est cohrent avec le discours communautaire, l’AGCS a t ngoci pour le business, donc ils ont des discussions directes avec eux, les lus acceptent de les recevoir. Nous aussi d’ailleurs, mais c’est plutt la politique du Cause toujours .
M. : Y a t’il un lien entre les prochaines lections europennes et la rforme de juillet du statut d’EDF et du systme de scurit sociale ?
L. K. : Et bien les tats membres, partir de la signature des accords de Marrakech, sont obligs d’adapter leur constitution et lgislation l’AGCS. Il est prvu une priode d’anticipation, respecter les dates prcises comme janvier 2005, sont une preuve de bonne volont. Il existe un lien troit entre la communaut europenne et les accords de l’OMC, on n’en a pas besoin pour casser la scu mais le gouvernement Raffarin pourrait sauter. Le gouvernement suivant pourrait tre mieux, il faudrait restituer nos droits, mais si il y a un engagement dans la voie de la privatisation on ne pourra plus revenir en arrire cause du systme de verrou de l’OMC pour qui toute volution dans son sens est irrmdiable. Pour la scurit sociale rien n’est dfinitif, mme si on semble aller vers plus d’assurance prive. En 1993, les ngociateurs de l’OMC ont pos la question Est-ce que la scurit sociale est couverte par l’AGCS ? . Ils n’taient pas d’accord, donc report et donc rengociations. C’est donc en cours, la question est pose et on n’est pas inform. La nouvelle constitution europenne n’est pas oblige, mais la communaut europenne aura les pleins pouvoirs sur les ngociations sur l’AGCS. La comptence est divise entre tats membres et communaut europenne, les restrictions sont possibles par les tats. Avec la nouvelle constitution ce verrou n’existe plus par rapport l’AGCS. La question est que lors du rapport de l’OMC en 1997 le ngociateur europen s’est engag devant l’OMC...
Je lui ai demand si on pouvait avoir de l’espoir, elle m’a rpondu l’oeil rieur et la voix convaincue, il y a intrt, on va pas se laisser faire . Quant Agns Bertrand galement avec un oeil rieur, elle vient me voir dans le couloir et me dit : Je crois que j’ai oubli de te rpondre sur la diffrence entre Antimondialisme et Altermondialisme. J’ai l’habitude d’utiliser un exemple mon avis trs parlant, si on dcidait un jour de crer un grand mouvement contre la connerie et si d’un coup les mdias le remplaait par un mouvement d’alterconnerie, est-ce que a serait pareil ?
Alors tous contre la connerie...
P.-S.
DOCUMENTATION / INFORMATION
Mails :
stop-agcs@wanadoo.fr
droits-devant@globenet.org
Sites :
http://www.cccomc.org
Lire :
le CROAC à Montpellier, la brochure sur l’Alerte Générale à la Capture des Services Publics est disponible à : CCC-OMC Gard, 14 Grand rue, 30160 Sauve, 2 €.
« OMC, le pouvoir invisible » Agnès Bertrand et Laurence Kalafatidès, Fayard, Paris, Juillet 2002.












