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- Monotypes d’Anne Drussel
lundi 1er novembre 1999, par ,
Anne Drussel se définit elle-même comme une tempête, une tempête d’enthousiasme et de détermination sans doute, c’est en tout cas ce qui transparaît quand on l’écoute parler de son art.
C’est à Jean-François Rigaudin qu’elle en parle...
J.-F. R. : Vous exposez une srie de monotypes tout fait intressante intitule "Anatomie souterraine d’une tempte". Alors, ce que l’on peut voir l’Espace expression libre de Divergence, c’est un peu spcial, ce ne sont que... trois tableaux, mais des tableaux dans lesquels figurent toute une srie de petites oeuvres. Avant d’en parler, on va faire mieux connaissance avec vous, parlez nous un peu de votre parcours...
Anne Drussel : Un parcours... je ne sais pas, je ne crois pas du tout au hasard. Je crois qu’on est tous faits pour quelque chose, on a qu’une vie pour a, on sait pas combien de temps elle dure, et puis partir de l, ben... une fois qu’on sait, il faut un petit peu avoir le courage de ses opinions, et puis y aller. Donc c’est pas simple, mais c’est trs agrable.
J.-F. R. : Trs exhaltant...
A. D. : Oui.
J.-F. R. : Chez vous, chez vos parents, y avait-il beaucoup de tableaux, un environnement artistique ?
A. D. : Non, il y avait deux tableaux... deux beaux tableaux... J’ai eu un oncle qui tait architecte et qui est mort trop jeune malheureusement, mais qui tait dou... et qui a fait pas mal de chose, dont la maison de mes parents, ce qui a d influencer, parce que cela donne un sens esthtique, et qu’en effet je ne pense pas qu’il faille la quantit, mais plutt l qualit. C’est ce qu’il faudrait plus aujourd’hui. On montre beaucoup, c’est un peu exhibitioniste.
J.-F. R. : C’est dire ?
A. D. : Il y a beaucoup de choses, beaucoup d’expositions. Tout le monde peint... Donc, se dire 22-23 ans "je ne vais faire que a, et je vais en vivre"... au dbut on a de la concurence, et puis au bout d’un moment, on s’apperoit qu’il n’y a pas de concur... qu’il n’y a que soi. Il n’y a pas de concurrence, le combat, il se fait seul.
J.-F. R. : Quand on voit le travail d’un artiste, on se pose souvent la question des influences. Est-ce que ce n’est pas trop difficile de trouver... de sortir du lot par rapport aux autres ?
A. D. : A mais a, c’est normal, c’est le temps, a.
J.-F. R. : On ne peut l’obtenir qu’avec le temps ?...
A. D. : Ah ben oui, il y a forcment des influences. Ds qu’on travaille, ds qu’on se met sa table, on a plein de gens derrire soi, morts et vivants. Et ce sont eux jugent, c’est pas les vivants qui jugent. Enfin moi, je ne me sens pas juge... l’avis de deux ou trois personnes me suffit, mais il faut que ce soit les bonnes, et je ne les aurai pas tout de suite, a se fait par des rencontres. Et c’est un mtier de rencontres... de travail solitaire, et ct de a, ben... de vrit, d’honntet, quand mme... mme beaucoup d’honntet. En mme temps, on ne peint que ce que l’on est, mais on apprend longtemps pour, en fait... comment dire, entourer son propre langage. Il faut revenir soi, profondment. Et donc a demande beaucoup d’apprentissage, ne serait-ce que manuel, parce que la main... Moi, a a t mon pire ennemi pendant quatre ou cinq ans. Et avant, dans l’ancien temps, on apprenait son mtier d’artisant-peintre chez un matre, et a durait sept ans, et c’est pas pour rien.
J.-F. R. : Vous parliez toute l’heure d’influences, de gens qui ont compt pour vous, alors quels ont t ces influences, qui ?
A. D. : Ca dpend. Au dbut, ce sont pas les mmes que maintenant, y’a des gens que j’aimais pas du tout, comme les impressionistes. Mais quand j’ai essay de copier certains, j’ai pas pu, donc... Allez donc copier Czane ! Y’a des gens vers qui on va naturellement, tout ce qui est Grco, Manet, Vlasquez, c’tait simple. Ce qu’il y a d’intressant, c’est et de travailler ses facilits, et ses difficults, mais la difficult, a apporte plus de plaisir, parce que forcment il faut faire jouer tous les petits tiroirs du cerveau, et puis il faut se dpasser. Alors ce moment l, on peut revenir soi et le langage devient plus... forcment plus mature. Ceux que j’admire, ce sont toujours les mmes. Dans les vivants, y’a deux femmes, Rebecca Horn, Cindy Chairman, et puis il y a un homme que j’admire beaucoup, c’est Bargello.
J.-F. R. : Vous avez commenc votre apprentissage l’cole du Louvre, qui est une cole qui permet de devenir conservateur, c’est peut-tre grce a que vous avez pu apprcier autant ces rfrences.
A. D. : Oui, a commence par l’oeil. Une fois qu’on a appris regarder, on peut se permettre de juger. Et l’avantage de l’cole du Louvre (ce n’en est plus un, car maintenant, c’est sur concours... et je trouve a dramatique), c’est qu’ mon poque, on rentrait avec le bac. Mme si on tait nul, mme si on ne connaissait rien, on pouvait rentrer avec a. Maintenant, c’est un concours, donc qui dit concours dit qu’on exclut plein plein de jeunes qui sont proches de leur vocation...
J.-F. R. : Vous avez expos dans pas mal de lieux, dans pas mal de villes dj. A partir de quand vous tes vous estime prte exposer votre travail ?
A. D. : Ca c’est fait en 91, 92. Mais on est jamais prt, enfin... Moi j’aime vendre, j’aime que a parte...
J.-F. R. : Vous avez pas mal dmnag, dans des rgions, des pays... je crois savoir que vous tes alle dans le sud de l’Espagne. Est-ce que a vous a influence dans les couleurs, dans votre approche esthtique ?...
A. D. : Ca m’a plutt influence dans... a m’a fait connatre la violence de mes sentiments. La violence que peut engendrer une sentation, et coment exprimer ce... cette exhaltation, cette sensation, cette petite sensation, comme disait Czane. C’est un vrai mystre... Moi, mon rve c’tait de dssiner les... tout ce qu’il se passait dans les corridas, dans les arnes. C’tait d’tre dessinateur, croqueur de hueltas Sville. Ca a m’aurait bien plut.
J.-F. R. : Qu’est-ce que vous aimiez dans les corridas ? Vous apprciez la corrida ou c’tait pour la dnoncer...
A. D. : Non non, c’est Sville, c’est... d’une violence extrme. C’est le sang, c’est les femmes, c’est les hommes, c’est... Pour un franais, la semaine sainte Sville c’est quelque chose de... y’a pas de mots. Il faut y aller, tout seul, plutt avec des espagnol, pas en groupe, et puis se taire, et puis regarder. Et l, la magie commence. Et dans les arnes, c’est la mme chose. On se tait, on regarde, et aprs seulement on peut juger, en fonction de soi, forcment. (...) Moi je n’ai pas juger. J’aime bien les spectacles... pas les spectacles... j’aime bien le combat de l’homme face quelque chose qu’il ne matrise pas. L’homme, il matrise l’homme, c’est facile... une guerre, oui. Mais l, face un taureau, quoi qu’on en dise, il est pas trs arm, il a pas de fusil, le monsieur. C’est costaud, quoi. Ca se mesure pour moi aux pilotes de F1. Ils prennent un risque terrible chaque pas ; ils peuvent mourrir. On devrait tous se dire, chaque nuit, qu’on peut mourrir, que demain ne sera pas l. C’est une leon.
J.-F. R. : Alors cette exposition s’intitule "Anatomie souterraine d’une tempte", trois pices remplies de beaucoup plus de monotypes, alors expliquez nous ce qu’est un monotype...
A. D. : Tout le monde en a fait quand il tait petit l’cole, logiquement. On prend une plaque de verre, ou une plaque de zinc ou c’qu’on veut, on dessine dessus, et puis aprs on pose une feuille de papier dessus, et puis soit on passe avec un objet pour aplanir toutes les couleurs sur le papier, soit on va dessiner sur la feuille, et donc en enlevant la feuille, on aura le contraire, voil.
J.-F. R. : Votre travail de monotype est quand mme un peu plus labor, vous utilisez une presse, vous faites aussi de la gravure, et la presse... a laisse une part au hasard...
A. D. : Y’a pas de hasard. Mais au dbut, quand on ne connat pas sa presse, oui. C’est dire que c’est un objet comme une trononneuse, comme une ponceuse qu’on apprend un peu manier. Aprs, quand on connait tous les degrs de serrage de la presse sur le bout des doigts, il n’y a plus de hasard. Et mme si c’est alors l’inconscient qui parle, il faut travailler avec a. Ma spcialit, l’cole du Louvre tait le moyen-ge. J’adore les polyptiques, j’aime bien les triptiques, les tabernacles, tout ce qui est sriel, dans le temps. On va de droite gauche, de gauche droite, on le choisi, on peut s’arrter. Comme des instants de vie. Ce sont des moments de vie, ces "anatomies souterraines".
J.-F. R. : Ces monotypes font peu prs 25cm de haut sur 8 de large. Vous les avez presss, et puis pour les mettre en scne dans ces tableaux, vous avez essay de trouver une concordance, un peu comme un puzzle, un peu comme on joue aux dominos. Au dpart il n’y avait pas vraiment une histoire, mais c’est avec tous ces petits monotypes que vous avez constuit une histoire ?
A. D. : Alors a c’est marrant, parce que je ne sais pas si au dpart il n’y a pas une histoire. Dans le fait de choisir de faire sur une seule plaque... de mettre plusieurs petits cartons pour ne pas faire un grand monotype comme je fais d’habitude, mais plusieurs. C’est un peu... voir l’effet que a fait. Et puis aprs, c’est mme pas une question de russite ou pas, mais l’effet est juste, finalement, par rapport ce qu’on voulu faire.
propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin










