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- Marc-Antoine Ragot
samedi 14 octobre 2000, par
"Le bureau", c’est celui du photographe dans le monde réel, celui de "l’homme à la cigarette", dans la fiction de "9". Tombé tout p’tit dans la photo, pourrait-on dire de Marc-Antoine Ragot, un photographe qui ne se cache pas derrière son objectif, et pour cause....
Gilles Gouget : ...Depuis le 21 juin, on peut voir une nouvelle exposition, l’Espace Expression Libre de Divergence, une exposition de photographies, 16 tirages dont tu es l’auteur, et qui sont extraites du moyen mtrage "9". Cette exposition est intitule "Le Bureau". Quel est tout d’abord ton parcours dans la photo, qu’est-ce qui t’y a pouss ; un premier souvenir d’envie photographique ?
Marc-Antoine Ragot : Oh, les premiers souvenirs, a remonte trs loin, plus d’une quizaine d’annes, une photo Carcassonne, une premire photo d’une tour, une photo floue, mal cadre. Mais a reste le premier souvenir, aprs, le dsir de faire de la photo a continu. Il y a une dizaine d’annes, j’ai commenc faire de la photo... disons rechercher quelque chose dans la photo, par du portrait, jusqu’ maintenant, toujours beaucoup de portrait. Et puis il y a eu les tudes photo, le cursus le plus rapide possible, car le dsir tait trs prsent (CAP, puis Bac Pro de photographie). En mme temps, j’ai essay de travailler, et de faire des photos plus personnelles.
G. G. : Au niveau de la technique, tu travailles beaucoup sur des formats qui ne sont pas forcment ceux du photographe amateur, c’est pas du 24x36, c’est du...
M.-A. R. : ...6x6, essentiellement, sauf le diaporama, l, qui est en 24x36, mais c’est beaucoup de 6x6...
G. G. : Pourquoi ce got... c’est vrai que plus le format est grand, meilleure est la qualit de l’image, aprs, sur le papier, est-ce que c’est simplement a, ou... c’est vrai qu’il y a une posture de travail diffrente, c’est pas la mme vise ?...
M.-A. R. : reflex... Dj, la texture est de bien meilleure qualit, on travaille sur un format carr et non plus rectangulaire, donc on compose les images compltement diffremment. Il y a aussi le fait que l’on ne travaille pas le visage cach par l’appareil photo, il n’y a pas le ct agressif de porter l’appareil au visage.
G. G. : C’est important, a ?...
M.-A. R. : Oui, surtout en portrait, parce que l’on peut continuer communiquer avec les gens, parler avec eux, sans tre cach par l’appareil... on s’investit peut-tre un peu plus... on est visage dcouvert comme la personne en face.
G. G. : Est-ce que c’est un format qui impose aussi ses contraintes ?
M.-A. R. : Beaucoup de contraintes. C’est un appareil qui est beaucoup plus lourd (un kilo de plus qu’un appareil normal). C’est moins rapide d’utilisation, mais en mme temps c’est les avantages. Le temps pris pour les rglages va permettre de prendre confiance avec les gens. L’appareil est diffrent, donc les gens sont plus intress par celui-ci...
G. G. : ...tu parlais de portrait, est-ce que c’est toujours l’essentiel de ton travail, ou bien, est-ce que petit petit, a s’est ouvert d’autres sujets ?
M.-A. R. : Pour l’instant c’est l’essentiel du travail. Mais maintenant je suis en train de m’ouvrir d’autres styles d’images : des gros plans urbains. Avec plus rien d’humain dans les images, part la construction. Ce n’est pas encore termin.
(...) G. G. : Avant d’en venir l’expo proprement dite... Tu reviens d’un voyage en Inde... Combien de clichs as-tu pris ?
M.-A. R. : Un peu plus de 1200 photos...
G. G. : Sur une priode de... ?
M.-A. R. : Huit mois.
G. G. : N’tant pas forcment toujours un boulimique de la photo, le fait de l’loignement n’a-t-il pas amplifi le besoin de se dire "je ne serai pas l tout le temps, il faut que j’en prenne" ?...
M.-A. R. : ...a, oui... et puis le fait que tout ce que l’on voit est nouveau. On rencontre normment de monde... Moi qui fais du portrait, c’est la matire...
G. G. : Sur ces 1200 photos... une majorit de portraits ?...
M.-A. R. : L’essentiel, en fait, presque.
G. G. : Comment s’est pass le contact entre le jeune occidental photographe, et puis les gens qui ne vivent pas forcment prs de cette ralit-l ?
M.-A. R. : a se passe assez bien. Les indiens aiment normment tre pris en photo. Donc, ou ils viennent le demander directement, ou.... et puis ils sont intrigus par l’appareil.... Ca se passe trs trs bien, ce niveau l, l’appareil aide rencontrer les gens, ouvrir les portes.
G. G. : Alors, ces 16 photos extraites du film "9", plus prcisment d’un diaporama inclus dans ce moyen mtrage, ce sont des noir et blanc, c’est une technique que tu pratiques tout particulirement ?
M.-A. R. : Pour le portrait, oui, ce n’est que du noir et blanc. Pour les autres, les urbaines, c’est du monochrome retravaill, mais pour les portraits ce n’est que du N&B, 95... 98%.
G. G. : Cette expo s’appelle "Le Bureau". On y voit un des personnages principaux, "l’home la cigarette", qui regarde des clichs des principaux protagonistes du film ; comment s’est passe cette scance, est-ce que les photos ont t prises d’un seul jet, ou y’a-t-il eut beaucoup de mise en scne ? C’est un bureau sur lequel on trouve beaucoup d’objets lis la photo...
M.-A. R. : Quasiment... l sur cette srie, on a travaill trois, le personnage, le ralisateur et moi... On avait un plan de travail pour tout le diaporama, et une fois le dcor mont, on a travaill assez vite, finalement. Pour le dcor on s’est pas fatigu, on a pris mon appartement, on a juste dplac un bureau et laiss ce qu’il y avait dessus.
G. G. : C’est assez diffrent du reste de ton travail, quelle diffrence ?
M.-A. R. : C’est compltement diffrent. Le reste de mon travail, c’est vraiment la rencontre des gens... des gens que je rencontre ou que je connais, et c’est lors d’une discussion que je prends les photos, comme elles viennent. Il n’y a rien de cr... de pens l’avance. Inconscienmment, il y a toujours quelque chose de pens l’avance, un cadrage, une composition, mais a viendra au moment ou la photo sera prise. Tandis que l, on a recr un dcor, il y avait un plan de travail suivre : il falait des photos en plan assez large, d’autres plus serres, on tait plus prs d’un travail format, ou de studio.
G. G. : Justement, le studio, c’est un domaine qui t’attire beaucoup moins que ce contact avec des modles qui sont des rencontres ?
M-A. R. :oui... en studio on modle les gens pour une image, alors que moi, je vais modeler l’image ce qu’ils sont...
G. G. : ...de capter leur naturel ?
M.-A. R. : Voil.
G. G. : Est-ce qu’il y a des photos o a a t plus difficile que d’autres... y’a-t-il des photos que l’on a pas pu prendre ?
M.-A. R. : Oui, il y a beaucoup de ces photos. J’ai pour habitude de ne pas voler les photos. Je rencontre les gens avant de les prendre, je parle avec eux. Des fois les gens refusent, ou on a pas le temps de faire la photo. Il y en a beaucoup. (...) Un exemple ?... Sur ces quelques mois en Inde, il y a une photo d’une jeune indienne, prs d’une rivire dans le Karnataka. C’est une photo qui n’a pas pu tre faite, par ce que tout s’est pass trop vite, et puis il y avait vraiment un rapport de force dans cette image. C’taient des lavandires, et puis elles se demandaient vraiment ce que je faisais l... donc un regard trs fier, imprial, un regard noir... C’est vrai que a aurait pu tre une trs belle photo, mais elle n’a pas t faite. Maintenant c’est une photo que j’ai en tte, je ne l’oublierai pas, elle est compose, marque, elle est dj tire !
G. G. : Ces photos vont tre exposes ?
M.-A. R. : Je n’expose plus depuis quatre ans, je voulais attendre d’avoir quelque chose de vraiment concrt prsenter... Mais je pense que d’ici deux mois, il y aura entre trois et quatre expos de prtes, des expos qui ont t faites dans les huits derniers mois ou avant... qui aboutissent maintenant. J’espre pouvoir exposer Montpellier, et il devrait y avoir une expo Paris la rentre.
propos recueillis par Gilles Gouget










