Des voyages immobiles
jeudi 26 février 2004, par ,
Une exposition à voir jusqu’au 13 mars 2004, Espace Expression Libre de Divergence.
Muche. Derrière ce surnom se trouve une peintre discrète, mais qui parle de son travail avec l’acuité requise pour détailler l’horizon, qui sait l’humilité de voir le tableau venir au détour du pinceau.
Entretien avec Christophe Roux.
Christophe Roux : Bonjour Muche.
Muche : Bonjour Christophe.
C. R. : Muche, c’est ton nom d’artiste.
M. : Voil, c’est mon nom d’artiste.
C. R. : Un joli petit nom, court, et... plutt sympathique entendre.
M. : Oui, court et rigolo.
C. R. : C’est important de trouver un p’tit nom qui corresponde bien son identit, sa personnalit, ou... pas plus que a ?
M. : Ben, je pense que a dpend des artistes. Dans mon cas, a s’est impos tout seul. C’est une simplification de mon nom, et puis j’trouvais a plutt rigolo, donc... a me permet aussi de pas m’prendre trop au srieux rire.
C. R. : Alors on est trs content de t’accueillir ici Divergence pour cette exposition qui se poursuit jusqu’au 13 mars. Tu exposes des tableaux, et tu as intitul cette exposition Les voyages immobiles.
M. : Voil. De toute faon, moi je travaille en faisant des sries, et cette srie l, je l’ai appele comme a parce qu’au dpart, a part d’un besoin d’vasion, tout simplement.
C. R. : T’avais besoin de partir, et tu pouvais pas ?
M. : J’ai souvent besoin de partir, et la plupart du temps je ne peux pas. Je n’en ai pas les moyens. Et puis besoin d’vasion, oui, par rapport tout ce qui nous entoure, en ville, o quand mme la vie est un peu stressante, et o on a pas de perspective et d’horizon... on peroit plus les couleurs du ciel ; on peroit plus les toiles... Et c’est un petit peu pour a que je suis partie dans cette srie.
C. R. : Une srie trs zen, trs reposante, avec de belles couleurs pastels, toute en douceur. Tu me disais hors antenne que la srie prcdente tait trs colore. C’est des choix, c’est conscient, ou a s’impose toi ?
M. : Je pense que celle que j’ai le plus choisie, c’est celle-ci, Les voyages immobiles, parce que les autres... c’est plus une impulsion. a vient au moment o on peint, mme si on part avec une petite direction dans l’esprit, des fois les tableaux nous attendent au... au coin, quoi. J’veux dire, c’est... on a l’impression de dcider, et au dernier moment y’a des facteurs un peu mystrieux qui emmnent le pinceau... l o on pensait pas arriver. Donc en effet, les deux sries prcdentes taient trs trs colores, trs vives, je dirais pas violentes, mais bon... trs trs contrastes. Donc, l c’tait dans une dmarche diffrente, aussi.
C. R. : Ici, assez peu de couleurs.
M. : Oui. C’est peut-tre par raction aux sries prcdentes. Mais c’tait pour exprimer la douceur, et peut-tre plus... cette touche, disons, de posie, de... d’lments qui se confondent et qui sont trs harmonieux les uns avec les autres. L j’ai travaill avec deux couleurs, ou trois au maximum. Et... trs ouate comme atmosphre, trs douce, o on voit les choses se confondre, et o on tombe - enfin je l’espre -, un petit peu dans une sorte de rve.
C. R. : Tu peins avec quelle matire ?
M. : Je peins avec de l’acrylique, sur toile ou sur bois.
C. R. : Toujours ?
M. : Oui, parce que j’ai peu de moyens, donc j’en reste toujours l’acrylique, parce que bon... j’ai des combines pour avoir de l’acrylique. J’ai fais de l’huile dans le pass, mais c’est beaucoup trop coteux... comme je fais des grands formats... Et bon, a me permet aussi de travailler assez vite, l’acrylique est un bon produit pour a.
C. R. : Une srie de grands formats avec des groupes de plus petits formats.
M. : Oui. Surtout dans cette srie (dcidment l, j’ai un peu innov... bien des points de vue), parce que ces petits formats, en fait... j’ai beaucoup aim les faire, a me permet de prparer les grands, trs souvent, c’est l un moyen de chercher.
C. R. : Tu commences part les p’tits, donc.
M. : Voil. Souvent, c’est en faisant les petits que j’arrive aux grands.
C. R. : Ils t’aident la construction du grand.
M. : Voil. Parce qu’en plus, sur un petit, c’est bizarre, mais... j’exprimente beaucoup plus, parce que j’ai moins peur de gcher des matriaux rire. Donc, aprs, quand j’arrive au grand format, j’ai dj une ide plus technique de ce que je vais faire aussi, sur la technique j’suis plus l’aise. Et j’ai dj un peu expriment sur les p’tits. Donc les p’tits sont souvent trs intressants, parce qu’il sont novateurs, un peu.
C. R. : Il y’a une grande douceur et beaucoup de posie.
M. : Merci. Parce que la posie est un p’tit peu omniprsente... c’est un peu le but que je veux atteindre travers la peinture.
C. R. : Ces couleurs et cette tranquillit, c’est comme si on tait dans un bateau ou un cano, et qu’on voyait ct soit des iceberg, soit des falaises...
M. : Oui oui, c’est a. En fait, c’est encore trs proche du paysage, mais c’est un travail qui est mi chemin entre le figuratif, donc ces fameuses falaises, ces bords de mer. Et puis... un travail beaucoup plus abstrait, o l, interviennent par contre les autres lments, les reflets, la lumire... o tout se confond, et... et donc, o ce qui est impalpable devient aussi important que ce qui est figur au dpart, voil.
C. R. : Tu pars d’images mentales que tu te suggres ?
M. : Oui, dans le cadre de cette srie, parce que... Bon, quand on tait mmes, on allait en vacances en Bretagne ou en Normandie, et... toutes ces falaises je les ai vues et revues, souvent le week-end... et pendant les vacances. Donc a m’a un petit peu... a m’a frapp. Donc l, a ressort, et... j’tais toujours un peu fascine par ce genre de paysage... compltement statique, comme a, et tourn vers l’infini, vers... voil. C’tait vraiment pour moi... comme la fin d’un monde, et c’est vrai que selon les heures du jour, les couleurs n’taient pas les mmes. Donc je suis partie de ces images l.
C. R. : La fin d’un monde ou la promesse d’un autre...
M. : Voil : la promesse d’un autre.
C. R. : Quelque chose d’immuable. Les falaises sont toujours l, quoi qu’il...
M. : Quoi qu’il advienne. Et puis c’est un peu l’ide qu’on a... de cet univers qui rsiste vraiment formidablement bien tout les assauts qu’on lui fait. a symbolise bien a, en effet.
C. R. : Tu as toujours peint ?
M. : J’ai surtout toujours dessin... depuis toute petite. La peinture est venue un petit peu plus tard. J’avais d’autres priorits ce moment l, donc j’ai toujours peint la maison, dans des conditions un peu spciales, avec des enfants en bas ge dans les jambes. Et puis j’ai eu des formations, aussi, dans ce domaine, qui m’ont beaucoup apport toutes autant qu’elles ont t. Et en fait, depuis que j’ai un atelier Montpellier, l, vraiment, je me suis lance. J’tais dans les starting blocks, et l je me suis lance, quoi.
C. R. : Un atelier que tu occupes depuis longtemps ?
M. : a fait un an et demi.
C. R. : Tu es en rsidence l’Artoretum. Un peu une cit d’artistes.
M. : Oui, une jolie cit.
C. R. : Un endroit o il y avait des plantes, et maintenant des artistes.
M. : Oui. C’est arboretum, et le prsident a choisi Artoretum, pour que ce soit un arbre avec des artistes qui donnent chacun leur propre language.
C. R. : Combien d’artistes y travaillent ?
M. : On est sept.
C. R. : Vous changez beaucoup, ou chacun a son indpendance ?
M. : C’est un peu les deux, ce qui me plat beaucoup. On peut s’isoler, ou partager. La plupart du temps a se passe... on passe un petit moment ensemble discuter, et puis on fait des projets ensemble, et puis aussi... aprs chacun va dans son lieu, pour travailler.
C. R. : C’est une jolie ide, un peu comme la Ruche. Une trs belle initiative. Est-ce que a donne lieu des expositions collectives ?
M. : Ben, c’est variable. nol on a fait une exposition collective, et propre aux artistes de l’Artoretum. Dans les locaux de l’Artoretum o on a un petit hall d’entre qu’on a repeint, etc... pour prsenter, vraiment, une expo mlange. On fait des ouvertures d’ateliers, o les gens peuvent venir visiter. En gnral, y’a pas de problme, a arrive trs souvent. Les gens entrent, et puis ils sont curieux, donc on leur fait visiter les ateliers.
C. R. : Ce sont des rsidences limites dans le temps ? Comment a se passe ?
M. : Disons, qu’au dpart, y’a une petite slection... qui n’est pas draconienne non plus. Et ensuite, chacun reste autant qu’il veut, c’est renouvelable tous les six mois.
C. R. : C’est un beau moyen de fonctionner.
M. : Oui, et puis le fait que quand... Y’a un petit peu de mouvement, y’a toujours des nouveaux artistes qui arrivent.
C. R. : Merci Muche.
M. : Au revoir.

P.-S.
Voir sur internet :
Le site de l’Artoretum










