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mardi 15 avril 2003, par ,
Los & Tieri, à l’Espace Expression Libre de Divergence. Ils sont jeunes, ils sont malins, ils sont pleins d’esprit, et ne courrent pas forcément les galeries pour s’exposer. Un art transcontinental dont ils s’expliquent au micro de Jean-François Rigaudin.
J.-F. R. : Los et Tieri, bonjour. Nous allons parler ensembles des Esprits Malins, ques aquo ? Alors les esprits Malins, c’est le titre de cette exposition. Vous exposez pas mal Montpellier, dans des bars, dans des caves vin, sur des marchs d’art... Vous conjuguez tous les deux vos comptences, c’est dire Los est peintre, et Tieri est cadreur, encadreur, on va voir tout a... En tout cas c’est un vrai travail d’quipe. J’aimerais que vous nous parliez avant a de vos parcours, alors Los, vous tes peintre. Depuis quand, pourquoi ?
Los : Depuis toujours, on peut dire, puisque, bon, j’ai pas de formation... artistique priori...
J.-F. R. : Pas d’cole des beaux-arts ?
Los : Non, aucunement. C’est plutt viscral, chez moi, donc... il a fallu un certain moment dvelopper tout a, et c’est vers l’ge de 20 ans que j’ai dcid un peu de... faire des recherches c’niveau l. Et 5-6 ans plus tard, j’ai commenc exposer sur Montpellier, en personnel ou en collectif. Par la suite j’ai pu rencontrer Tieri, y’a... deux ans, un peu plus de deux ans et demi, quelque chose comme a.
J.-F. R. : Est-ce que la peinture... ce travail... est un vritable travail, ou pour l’instant, n’est que... un complment de travail ?
Los : C’est plutt un complment de travail parce que je... j’axe plutt mes recherches dans le domaine de la Bande Dessine. Et en fait, la peinture me permet de... de pas perdre pied avec la ralit, c’est dire que a me permet de rencontrer les gens, et de vhiculer des motions travers un support qui est pas forcment le mme que le papier.
J.-F. R. : Trs bien, alors vous peignez sur bois, on va revenir l-dessus, on parlera justement de ces fameux supports... Alors, quand je parlais d’association, pour la bonne cause, et non pas d’association de malfaiteur entre vous deux, c’est parce que Tieri, vous tes encadreur, c’est dire que quand Los a fait, en gros... l’uvre, vous, vous l’encadrez. Alors videmment, et c’est l l’intrt de votre travail, on a pas un cadre traditionnel, on peut le voir sur la plupart des peintures... Comment vous est venue cette envie d’encadrer les travaux de Los, et puis quelques mots sur vous ?
Tieri : Alors, quelques mots sur moi ! Euh...
J.-F. R. : Vous tes photographe, d’abord.
Tieri : Je suis photographe de graffiti avec le groupe TDM. Et voil : j’ai cr un cadre pour mes photos, qui tait fait base de palettes, et en fait, quand j’ai rencontr Los qui m’a prsent son travail, j’ai rappropri son travail, et j’ai fait un cadre en fonction de son travail. C’est vraiment deux choses diffrentes, mais... voil.
J.-F. R. : Le bois, c’est un matriau que vous aimez travailler depuis toujours ?
Tieri : Mon pre, en tout cas, tait menuisier ?
J.-F. R. : Donc y’a pas de hasard l dedans.
Tieri : Non, pas vraiment.
J.-F. R. : Le bois, c’est vivant, je crois que vous utilisez son aspect, les veines, les nuds...
Tieri : Exactement, oui. C’est prendre... ce qu’on prend comme dfaut sur le bois, j’le prends comme qualit, et j’essaye de le ressortir... c’est l o le bois est vivant, c’est dans ses dfauts. Y’a une vraie complmentarit, en tout cas, avec le support lisse et les asprits du bois
J.-F. R. : Alors les Esprits Malins, on pourrait supposer qu’avec ce titre, vous tes peut-tre complmentaires tous les deux... Y’en a un qui est esprit, l’autre qui est malin, ou inversement, enfin... je sais pas...
Los : a dpend des jours.
J.-F. R. : En tout cas c’est un vrai travail d’quipe, parce que quand... Los, vous avez peint, vous passez le bb Tieri, et lui doit essayer de l’adapter, c’est toujours dans ce sens l ?
Los : Sur la majeure partie des crations, oui. On peut dire a. Sauf sur un, c’tait une palette entire, et Tieri a fait la frise qui entourait le... l’image, et puis j’ai rcupr son travail pour le remanier, en fait. Mais c’est vrai que c’tait une occasion rare.
J.-F. R. : Revenons sur ce qui fait... sur ce qui attire l’il dans cette exposition, c’est videmment le graphisme, ce sont les couleurs, et puis c’est l’ambiance gnrale qui se dgage de cette exposition, avec des tableaux plus ou moins grands, plus ou moins tirs, plus ou moins larges. On a vraiment toutes sortes d’approches, et graphiques, et de supports ? (...) On a l’impression que l’Afrique est trs trs prsente, est-ce qu’elle est la seule ?
Los : Ben, c’est vraiment la ralit des choses. Effectivement, j’ai eu la chance il y a trois ans, de partir en Afrique, et de revenir charg d’images que j’ai voulu, justement, traduire travers la peinture. Bon, c’tait enfoui en moi depuis un certain temps, mais a a t vraiment le vecteur... principal pour pouvoir exprimer a sur ce support. D’autre part, effectivement y’a l’Afrique, mais a va au-del de a, puisqu’il y a galement toute la culture amrindienne, et puis tout ce qui se rapporte au ct tribal des choses...
J.-F. R. : Vous tes all en Amrique du Nord ?
Los : J’ai galement eu cette chance, y’a un petit peu plus de temps de cela...
J.-F. R. : Est-ce que vous avez pass du temps avec ces fameux amrindiens ?
Los : Oui, enfin, ils sont difficiles d’accs... je suppose que c’est quand mme... le rseau est assez touristique et commercial, mais j’ai eu la chance, oui, de les apercevoir, et en tout cas de pouvoir aller sur leurs sites et visiter un peu ces lieux majestueux et chargs d’histoire.
J.-F. R. : Alors c’est pas... c’est peut-tre pas vident, mais c’est vrai que faire se rencontrer sur le mme support, en quelques centimtres carrs du graphisme africain et amrindien... Comment vous tes arriv faire ce mlange, qui est, moi je trouve, tout fait russi ?
Los : En fait mon travail est beaucoup plus bas sur l’intuition que sur la raison, donc c’est toutes ces motions cumules qui font que, au final, c’est... Enfin moi j’essaye de mettre le point sur la cohrence du travail tout en gardant ce ct un peu spontan et...et dsorganis. Donc effectivement c’est la couleur qui va faire en sorte... qui va fusionner un peu tous ces lments. Et puis je fais intervenir galement du lettrage, o l, c’est plus des sentiments automatiques qui vont s’intgrer au fur et mesure de la ralisation du tableau.
J.-F. R. : Quand on vous entend, on a quand mme l’impression que votre formation - vous l’avez peut-tre pas dit au dpart -, votre formation de communication, si elle portait quelque part, ce serait sur le graphisme, sur ces lettrages, sur ce lettrage que vous utilisez, parce que quand mme, malgr tout, quand on regarde votre exposition, on sent que, bon, y’a un travail artistique certes intressant, mais y’a aussi, pratiquement un travail de communication, parce qu’on peut prendre chaque uvre, et pourquoi pas imaginer que ce serait un panneau indicateur pour aller tel lieu, a serait, ventuellement...
Los : ...une signaltique...
J.-F. R. : ...une signaltique... C’est voulu, a, j’imagine, c’est un concept...
Los : Oui, y’a vraiment... enfin, je sais pas si on peut parler de concept, mais en tout cas l’ide, effectivement, c’est de partager des sentiments. Donc pourquoi ne les exprimer qu’ travers l’image ? On peut galement... Moi, je suis assez port aussi sur le graffiti (c’est pour a que j’aime beaucoup le travail de Tieri), puisque c’est un vecteur de communication justement, artistique, qui me parat compltement ancr dans la ralit des choses, c’est trs contemporain. Donc a m’a paru intressant de lier ces deux aspects.
J.-F. R. : Cette... Ces Esprits Malins, que vous conjuguez dj depuis deux ans, est-ce que... Puisque vous travaillez... dans le mme esprit. Bien sr, quand on regarde les tableaux, aucun se ressemble, l c’est clair, mme si de l’ensemble gnral de l’exposition il se dgage... une ide...
Los : Une unit ?
J.-F. R. : ...une unit, est-ce que vous avez pas l’impression de peut-tre, de tourner en rond, l, aujourd’hui, travers cette... cette ide ?
Los : Non, au contraire, je dirais. Puisque, bon, on volue depuis deux ans et demi seulement, et puis en fait on se laisse porter par les choses, par les... par la vie en fait, et puis quand on a envie de traduire a sur support, a laisse toujours des portes ouvertes... en fait la cration, quoi, c’est infini, on... Donc, en tout cas j’espre que c’est pas rbarbatif.
J.-F. R. : Vos talents de peintre, vous les exprimez autrement, mme si vous le exposez pas ?
Los : Oui. Par exemple, je peux peindre des pierres que je trouve la plage, a me fait des presse-papiers, puis... je les distribue aux copains, ou alors je troque des tableaux, aussi, a a m’intresse, enfin... je trouve l’ide sympathique, par rapport une rencontre, changer sur la base d’un troc.
J.-F. R. : Et puis vous aimez faire des choses originales, puisque d’habitude, les affiches de nos expositions sont tires des expos elles-mmes, l vous nous faites deux affiches originales. Restons dans cette peinture, il y a beaucoup de masques africains, dissmins... pourquoi ?
Los : Masques africains... et totems. C’est peut-tre le ct spirituel de la chose. Au-del de l’aspect dcoratif, exprimer p’t’tre une fonction plus... (...) plus visite, donc toujours travers des expressions de couleurs chatoyantes, et un peu fusionnelles. L’importance du cadre de Tieri, sculpt, prend toute sa valeur ce moment l, justement, a met vraiment en valeur...
Tieri : ...en relief.
Los : ...le contenant, quoi.
J.-F. R. : Voil, alors l on est vraiment dans l’ide que le cadre rvle l’ensemble.
Tieri : C’est vrai. C’est reprendre ce que fait Los pour... pour encore plus le dvelopper, et que a ait plus d’impact.
J.-F. R. : En voyant vos support, on est vraiment dans un travail de rcupration, de recyclage trs colo, qui est pas trs loin, ma foi, de la philosophie des amrindiens qui souhaitent vraiment rester sur cette Terre travers des choses simples, des choses... naturelles.
Los : Ouais, en la respectant, quoi.
J.-F. R. : C’est pas le hasard, donc ?
Tieri : Non, pas du tout pas du tout. Et puis c’est aussi... y’a un respect, et c’est un hommage ... au matriel aussi, quoi. Le bois que j’utilise, qui est de palette, c’est un bois de bas de gamme, qui est couramment utilis pour porter des choses, enfin bon, c’est pas vraiment fait pour a, et de le rappropier pour le...
J.-F. R. : Vous l’anoblissez en quelque sorte.
Tieri : Oui, c’est un peu le but. Dj dans la facilit pour se le procurer, et puis essayer de montrer vraiment ce qu’est le bois, quoi.
Los : C’est vrai qu’il y a l’aspect conomique, aussi, qui va de pair avec le ct rcup’.
J.-F. R. : On disait il y a quelques instants que vous aviez fait des bars, des caves vin, des marchs d’art, l vous exposez Divergence FM... dans des lieux dans lesquels le public n’est pas forcment venu l pour a. Est-ce que c’est quelque chose que vous souhaitez rellement, c’est dire ne pas mettre vos uvres sous les feux directs et uniques des lieux... j’allais dire des projecteurs ?
Los : ... Eh eh ! Euh... Ben oui oui, c’est... c’est surtout une question de... d’affectif avec les personnes. C’est un lieu qui... o on ressent telle chose, et de l, soit on nous propose, soit on propose et on expose. Mais aprs, que ce soit dans un bar, une cave vin ou... ou mme dans une radio, a dpend des personnes, c’est tout... c’est toujours, ce travail est bas vraiment sur le relationnel, c’est vraiment l’affectif avec les gens. Donc il faut que a se ressente sur le tableau, mais aussi dans la faon o on expose.
J.-F. R. : En vous voyant faire l’accrochage, on a l’impression que vous ne faites pas qu’accrocher, mais que vous avez rellement envie d’investir les lieux, de faire en sorte que votre travail soit pris dans une globalit et surtout qu’il colle bien, qu’il soit bien cohrent. Les tableaux sont ici relis avec des bambous (des roseaux, je sais pas), de la corde aussi, donc que du... des matriels... du matriau... noble,
Los : C’est vrai...
J.-F. R. : ...et...
Los : C’est vrai qu’au del de faire les choses on s’amuse beaucoup les mettre en valeur...
J.-F. R. : Les mettre en scne ?
Los : Oui. Parce qu’on aime beaucoup ce ct... s’adapter en fonction du lieu qu’on investit.
Tieri : C’est aussi pourquoi on fait des lieux diffrents... et les investir diffremment.
Los : Et l’ct ficelle, fil de fer, on en revient aux petites choses qui servent ... lever un peu les peintures.
J.-F. R. : (...) C’est des peintures de bois de Jazz... pourquoi ?
Los : Ben... de Jazz, parce que a part dans tous les sens, c’est free, c’est libre.
J.-F. R. : Merci, bientt.
Los : Merci de votre accueil
propos receuillis par Jean-Franois Rigaudin










