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Le Chauffeur est dans le pré


jeudi 17 janvier 2002, par Gilles Gouget, Manuel Plaza

Le Chauffeur est dans le pré, c’est le nom du groupe. "Adrar des iforas" c’est le titre du disque, et à peu de choses près celui de l’expo que la jeune formation présente à Divergence et au micro de Manuel Plaza et Tiémoko Koné.

M. P. : On est avec Julien, le tubiste du Chauffeur Est Dans Le Pr. On va parler du Mali, mais peut-tre avant, dire un mot propos de ce groupe dont on commence connatre le nom... Montpellier et ailleurs. Un petit historique ?

Julien : Le Chauffeur Est Dans Le Pr s’est form il y a deux ans et demi... tout un groupe avec violon, accordon, clarinette, derbouka, trompette, tuba et guitare... et dans le cadre duquel on a commenc jouer, faire un petit rpertoire... et voil. Pour l’historique. On commence jouer pas mal sur Montpellier, dans la rgion, dans le grand sud et puis on a envie dans un temps proche de faire un CD, autre que cette maquette qui dure depuis un bon bout de temps dj.

M. P. : Qui commence tre us ?

Julien : Oui. C’est vrai qu’elle a quand mme un an et demi, et il y a d’autres choses qui se sont rajoutes par dessus depuis, et bon c’est histoire de ractualiser ce qu’on fait, et peut-tre mettre une fin ce rpertoire pour passer autre chose. C’est un peu la volont de chacun.

M. P. : Pour prendre un raccourci, on peut qualifier votre musique de balkanique et volcanique, c’est mme un raccourci que vous avez invent vous mmes, c’est a ?...

Julien : Oui, ben disons qu’il fait toujours se mettre dans une catgorie au niveau musical. C’est vrai qu’on a une musique qui s’inspire des musiques de l’est, en fait, notament au niveau des rythmiques, avec des rythmiques composes, ect... Mais sans tre vraiment dans la tradition des musiques de l’est, qui sont plutt du type fanfare, avec beaucoup plus de cuivres, des arrangements diffrents, ect. Donc c’est une culture... la culture de Bratsch, des choses qui taient comme a l’poque o on a commenc jouer et sur lesquelles on s’est repos. Bon maintenant on a envie de faire autre chose aussi, a volue mais bon... On s’est dfinis comme a, ouais... pour l’instant.

M. P. : Le parcours des diffrents membres qui composent Le Chauffeur. Tous issus de la musique dite traditionnelle, ou pas forcment ?

Julien : Ben, le parcours ! J’vais pas dire qu’y a un grand parcours... On se connat tous depuis un bout de temps, c’est dire qu’on se voyait dj presque depuis le lyce. Y’avait dj un noyau dr du Chauffeur qui s’appellait Solexine qui tait une vieille histoire. Et puis, on s’est retrouv y’a deux ans et demi, trois ans, on a commenc un groupe ensemble. Y’a pas de parcours particulier, y’en a qui sont issus d’un milieu plutt jazz, d’autres qui ont jou, comme a, de leur ct. Et puis on s’est retrouvs pour faire un groupe, partir des influences musicales qu’on avait ce moment l, et puis maintenant on continue se voir.

M. P. : L’orientation artistique, la musique balkanique... C’tait un choix dlibr ds le dpart, ou bien a s’est trouv comme a, est-ce que ce sont les diffrentes influences des membres du groupe qui ont fait remonter cette musique l ?

Julien : la base c’tait de faire un groupe avec un rpertoire de notre propre composition, donc on a travaill l dessus. Maintenant, y’a beaucoup de musique compose, impaire, comme on appelle a, en 9, 13, ou 17 temps. Puis y’a d’autres choses qui s’ajoutent a : du 4/4, maintenant on joue un petit peu avec de l’lectro, on peut jouer avec des musiques qui sont plus proches de la Cumbia ou de choses comme a, pour un petit peu se diversifier. Et c’est un petit peu chacun qui, dans ses compositions amne quelque chose qui lui plait et qu’on retravaille en groupe. L, rcemment, on s’est mis travailler la chanson, parce qu’il y avait une envie de la part de certains membres du groupe, d’crire des textes. Et on s’est dit "c’est super la chanson", et on en fait et on se rgale en faire.

M. P. : Avant de donner la parole Timoko, on prcise que si tu es avec nous aujourd’hui, c’est parce que l’actualit du groupe est assez charge. Aussi par une expo photo, de photos que vous avez ramenes du Mali, c’tait en fvrier dernier. Les membres du groupe ont fait des photos que vous exposez en ce moment. Comment est n ce projet de voyage qui est aussi un projet de collaboration, puisque vous avez l bas rencontr des musiciens avec lesquels vous avez jou.

Julien : L’histoire du Mali, qui est un peu en parrallle de ce que vit le Chauffeur... Nous, de manire gnrale, on aimait bien le voyage. On avait fait plusieurs excursions ici et l, en Italie, en Espagne, en Suisse ou ailleurs et un moment donn on avait l’occasion de... des connaissances sur la rgion d’Agelhoc, qui se situe au nord du Mali, quasiment la frontire Saelienne. Donc on s’est dit pourquoi pas aller rencontrer les musiciens l bas ? On a demand un petit peu l’appui de de la commune d’Agelhoc, et partir des donnes qu’on avait on a mont un petit dossier pour avoir quelques subventions. On a correspondu pas mal avec la ville en disant qu’on voulait monter un change avec des musiciens qui seraient interesss par une rencontre avec des musiciens franais et Touaregs. a s’est trs bien ralis, beaucoup de gens taient intresss par cette rencontre, a s’est pass trs rapidement : on est rests l bas deux semaines et demi, et pendant ces 2 semaines et demi on a vu beaucoup de musiciens, beaucoup jou, et beaucoup rencontr de musiciens. On a enregistr aussi. Voil.

T. K. : Comment vous avez concili les genres musicaux, entre la musique Touareg, la musique d’ici ?

Julien : C’est vrai que la musique que l’on fait... lorsqu’on est arriv l bas, c’est un peu de la musique... pas extraterrestre, mais un peu. Y’a pas une culture de l’accordon, de la clarinette et des instruments qu’on trouve pas trop dans la partie salienne d’Agelhoc et des alentours. Ce qui se passe c’est que... nous on y allait tout en douceur. L’ide c’tait pas de faire une fusion, un mtissage forc entre Le Chauffeur et la musique Touareg. C’tait plutt essayer de mettre l’accent sur c’te musique l, qu’on connat pas trop finalement. Et puis petit petit, pas pas, de construire des choses avec ces musiciens... de jouer en essayant de commettre le moins d’imperfections possible. Mais c’tait un travail, discret et tout en douceur, quoi.

M. P. : Se mettre en retrait en quelque sorte ?

Julien : Ben quelque part, oui. C’est dire que dans le disque, on joue pas sur tout. Y’a des choses... des gens qu’on a rencontr, avec qui on a jou, on a fait des concerts. Par contre, quand on a enregistr, on a enregistr des gens, des fois y’avait un travail avec ces gens. Mais on a essay de mettre l’accent sur la musique de l-bas.

M. P. : Est-ce que vous aviez une ide de ce que... du rsultat que a pouvait donner, le mlange ? Est-ce que vous partiez avec des apriori, certaines ides... des rves ?

Julien : On avait, l’poque... un membre du groupe qui s’apelle Thomas qui tait dj parti dans cette rgion d’Agelhoc, et qui avait fait un enregistrement minidisc au cours de soires, car c’tait un taspoubelle, c’est dire un grand rassemblement de diffrents villages de la rgion, des diffrentes familles dans un endroit autour de Quidal. Un fois qu’on a cout a, dans un premier temps on tait un peu surpris on s’est dit "ah bon, qu’est-ce qu’on va faire l-bas ?"...

M. P. : C’est vrai qu’on vous aurait plutt imagins en Roumanie ou en Hongrie... dans les Balkans plutt qu’au Mali.

Julien : Tout fait ouais... Du coup... on a cout cette musique, on s’y est intress, on a vu ce qu’on pouvait faire avec, on a jou un peu dessus, et une fois l-bas, on s’est rendu compte que derrire la musique y’avait des gens, des ftes, des crmonies, toute une historique par rapport notament un conflit entre les Touaregs et le pouvoir central Malien, ce contexte de rbellion Tamachek, toute cette histoire... que c’tait une musique qui tait vraiment vivante et charge d’histoire. Donc au del des apriori, ou plutt de l’coute qu’on a pu avoir au dbut, on a plong dans un monde o la musique est d’une part traditionnelle, c’est dire trs ancienne, qui remonte d’on ne sait o, et puis d’autre part un nouvel lan musical qui est plus issu de la rebllion Tamachek... C’est donc une musique qui rgle la vie, qui fait partie de d’un monde qu’on a pu cotoyer pendant un certain temps.

T. K. : On voit ici une exposition de photos, le rapport entre la photo et la musique ?

Julien. : Pour ce qui est de la photo, j’ai oubli de dire qu’on est parti de l bas avec un dessinateur. La personne qui a dessin la pochette de notre disque dmo nous a suivi pendant tout le trajet, et a fait des dessins et des croquis sur place, pour croquer un petit peu les ambiances, les scnes de vies, ect. Il a fait un petit carnet de rencontres, un carnet de dessins qu’on a intgr au disque qui sort le 12 dcembre 2001.

M. P. : Ce sera un disque essentiellement compos de titres enregistrs l-bas avec les musiciens maliens ?

Julien : Avec ou sans.

M. P. : C’est dire qu’il y a deux projets d’album pour le Chauffeur : ce projet malien, si on peut dire, et puis le premier vrai CD du Chauffeur Est Dans Le Pr qui est pour un peu plus tard ?

Julien : Qui est pour le mois de mars. Ouais.

M. P. : Est-ce que l’exprience malienne a eu une incidence sur votre musique, vos compositions ?

Julien : Je pense, ouais, c’est sr. Sur notre manire d’envisager la musique. C’est dire qu’on l’envisage comme un tout, comme un projet de vie.

propos recueillis par Manuel Plaza et Timoko Kon.

P.-S.

Le Chauffeur est dans le Pré : 0467 40 00 74

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