- Accueil du site
- Espace Expression Libre
- Laurent Marini
Dirty Massala
mercredi 17 janvier 2001, par ,
dirtymassala@hotmail.com, c’est une adresse email à laquelle vous pouvez sans doute encore envoyer vos impressions à l’auteur de ces photos, qui n’a pas attendu le nombre des années, ou le dernier appareil numérique pour la qualité de ses clichés. Des visages du lointain Pakistan, des visages pourtant si semblables aux nôtres.
Jean-Franois Rigaudin : Laurent Marini bonjour, cette exposition m’a charm, parce que c’est une exposition qui une fois de plus nous fait voyager, cap sur l’Inde et le Pakistan. Peut-tre un mot d’explication sur ce titre, "Dirty Massala".
Laurent Marini : C’est une anecdote. C’est en fait l’adresse email que j’ai cre ds mon arrive Delhi, et je l’ai choisi pour intituler l’expo, parce que a correspond dans mon imaginaire ce voyage. Comme j’ai crit depuis des cybercafs au fur et mesure de mon voyage, pour donner des nouvelles ma famille ou aux amis (je ne pouvais le faire souvent au Pakistan), j’rivais chaque fois cette adresse, dirtymassala@hotmail.com, et a m’a suivi tout au long du voyage...
J.-F. R. : ...cette adresse vous l’avez encore donc ?
L. M. : Oui.
J.-F. R. : Vous tes parti 3 mois, prcisons aussi que vous tes tudiant la fac de lettres Paul Valry, donc vous n’tes pas un professionnel de la photographie, vous tes un amateur.
L. M. : Carrment novice, puisque a fait peine un an que je fais de la photo, et que mon pre m’a offert son premier appareil qu’il avait achet en 1971.
J.-F. R. : En tout cas pour cette premire srie, on ne peut que vous fliciter. Le rsultat est superbe... Ce boitier, c’est quoi ?
L. M. : Un Nikon Nikormat de 1970, en noir et blanc et couleur, avec deux objectifs, un 28 et un 50mm. J’aime pas le tlobjectif, je n’arrive pas vraiment l’utiliser, et pour le portrait, je prfre tre prs de la personne plutt que de la prendre avec un tlobjectif, c’est pas la mme chose, et c’est encombrant en plus.
J.-F. R. : Cette slection est en noir et blanc. Je crois que a n’a pas t simple, vous avez tir prs de mille photos...
L. M. : Une trentaine de pellicules, ouais...
J.-F. R. : Pourquoi avoir choisi cette destination, l’Inde d’abord, et puis le Pakistan... qui a t un peu un hasard...
L. M. : Depuis un premier voyage en Thailande, j’ai vraiment flash sur l’Asie, son romantisme... cette douceur que l’on peut y trouver. La douceur des gens, la douceur des rapports humains. L’acceuil des gens y est vraiment exceptionnel, et puis videmment, la beaut du pays.
J.-F. R. : Vous parlez de romantisme, de douceur... L’Asie est aussi une rgion trs dure, de part les conditions de vie des gens qui vivent trs difficilement...
L. M. : Je pense que justement, cette prcarit amne une douceur, par la simplicit de vie, et surtout le ct sain avec lequel les gens vivent. D’un autre ct, je ne veux pas tomber dans le clich de dire que dans les pays sous-dvelopps les gens sont plus sympa, et que dans les pays riches, ils sont mesquins et goistes. Y’a des gentils et des mchants dans tous les coins de la plante, on va pas idaliser la partie asiatique de la plante. Mais c’est clair qu’on retrouve un accueil et une gentillesse de la part des gens qui n’est pas comparable en France, ou en tous les cas de manire extrieure. Maintenant, c’est sr que j’en ai une vision de touriste, mme si c’est un voyage qui a dur trois mois, ce qui laisse un peu le temps de...
J.-F. R. : C’est ce que j’allais vous dire. Vous avez quand t un touriste qui reste un touriste, mais qui a quand mme une approche particulire. Vous avez voulupartir avec un minimum d’affaires, tout juste un sac dos, quelques pellicules, un appareil... et puis vous fondre un peu dans... c’est comme a qu’on arrive prendre la temprature d’un pays.
L. M. : Naturellement, si on se met l’cart des directions, des orientations circuites qu’il y a dans un pays, c’est sr que ce sera plus propice pour avoir une vue plus... fidle du pays, c’est une certitude. C’est aussi un choix. Moi, j’ai trouv a plus simple de partir comme a. Une chemise et un pantalon que je lavais tous les deux jours, plutt qu’un sac dos de 20 kilos.
J.-F. R. : J’imagine que a a du aussi vous aider dans les rapports avec les gens... ont-ils senti quelqu’un de plus permable leur vie ?
L. M. : Quelqu’un qui avait plus envie de faire la dmarche de communiquer, d’essayer de comprendre. C’est le but de mon voyage, comprendre, ressentir une culture pour m’enrichir moi-mme.
J.-F. R. : Vous enrichir, mais on sent aussi que vous avez envie de partager ce que vous avez vcu ?
L. M. : Je suis content que vous le disiez, c’est quelque chose sur quoi je voulais insister. En fait, j’avais prvu de faireces photos, de ramener quelque chose, un travail construit, donc tout au long du voyage je me suis efforc de faire des photos qui me permettaient de suivre une certaine structure pour pouvoir rendre quelque chose de structur ensuite. Une fois rentr, j’ai fait tous les dveloppements moi-mme, c’tait une autre partie de la construction de ce travail, puis j’ai dmarch diffrentes institutions pour pouvoir montrer ces photos. Mon projet au dpart, pour ce qui est de montrer ces photos, c’tait de faire en sorte que le public ne soit pas cibl, que n’importe qui puisse les voir, par hasard, dans un endroit o tout le monde et n’importe qui puisse entrer.
J.-F. R. : Le dveloppement a du tre un moment un peu magique...
L. M. : Dj, c’est un peu un flash back sur le voyage, parce qu’on est un peu l, excusez moi l’expression, comme un con dans son labo. On est revenu de voyage, on a le cafard. On est reparti pour l’anne, (surtout que je ne suis pas prs de repartir, car je voudrais repartir sans contrainte de temps).
J.-F. R. : L ce sont des clichs qui sont prises essentiellement au Pakistan ?
L. M. : C’est plus ou moins partag... je sais mme pas moi-mme. Il doit y avoir trois ou quatre photos d’Inde.
J.-F. R. : En tout cas vous avez pass trois semaines en Inde, et puis vous vous tes dit, pourquoi pas passer la frontire et aller au Pakistan. Vous avez fait une demande de visa, puis vous y tes all. L’Inde et le Pakistan ont une histoire vraiment commune. A l’indpendance, on a mit dans le Pakistan les musulmans d’un ct, Le Bengladesh c’tait aussi le Pakistan oriental, au milieu il y avait l’Inde. Mais en dfinitive, tout n’est pas simple, parce qu’en Inde, il reste encore une partie, c’est le Cachemire que les Pakistanais aimeraient bien rcuprer. Et vous avez un peu navigu entre ces deux parties.
L. M. : En fait, on est arriv Delhi, et on est partis le lendemain mme pour le Cachemire, donc une rgion qui est entre guillemets "dangereuse", parce que c’est une rgion qui est touche par les conflits indo-pakistanias, qui est proche des endroits o il y a vraiment des conflits physiques, o la prsence militaire est trs importante. Quand on y est arriv, il y avait une tension vraiment forte, et on a dcid de partir vers le Ladakh et le Zanskhar, c’est dire le nord-est de l’Inde, prs de la chane hymalaienne, et malheureusement, les routes taient coupes par la pluie, il y avait eu des inondations, et on ne pouvait plus partir. On a donc dcid de redescendre vers Delhi, on a eu trois semaines de pluie, et l, on a dcid de partir chacun de son ct. Mon cousin est parti sur Delhi, et j’ai dcid de partir au Pakistan. Je n’avais pratiquement aucune information sur le Pakistan, si ce n’est que je savais qu’il y faisait trs chaud..
J.-F. R. : Le Pakistan est une destination touristique beaucoup moins prise que l’Inde, car le pays est plutt destavilis, et politiquement et dans se structures. Vous l’avez resenti ?
L. M. : C’est vrai que ce n’est pas le mme tourisme. On y trouve pas cette population un peu baba cool qui squatte les hotels pendant deux trois semaines en Inde. Au Pakistan, ce sont vraiment des gens qui viennent pour la nature, pour marcher, faire des trekkings, c’est plus ou moins sportif. Naturellement, il y a beaucoup moins de touristes, il n’y a pas ce tourisme de masse qu’on peut voir en Inde, et qui dteriore tant les rapports entre indiens et touristes. C’est nous qui avons cr toute cette dpendance de la population indienne par rapport aux tourisme, et qui cre toute cette prospection insupportable que l’on ressent et qui fatigue normment. Pour l’aspect politique, je ne pense pas que l’on puisse dire qu’au niveau politique et social, ce soit un pays plus destabilis que l’Inde, en tous cas, je ne l’ai pas ressenti. Ca peut mme parfois sembler plus construit, plus organis.
J.-F. R. : ...en les slectionnant, on a tout de mme cart des photos sur lesquelles apparaissaient des armes.
L. M. : C’est diffrent, c’est quelque chose qui est propre au patrimoine culturel pakistanais. C’est dire que a a toujours t un pays qui fait du commerce d’armes et qui fabrique les armes en particulier.
J.-F. R. : Les gens se promnent avec des armes, comme a ?
L. M. : Non, justement, il n’y a pas de gens qui se promnent avec les armes, mais les photos o il y en a sont des photos qui prises Pchaouar, entre le Pakistan et l’Afghanistan. A cet endroit, il y a une zone qui est appele les tribal area, qui sont des zones de non droit, non loi, qui ne sont ni rgies par l’autorit indienne, ni par l’autorit pakistanaise. Ce sont des zones de contrebande, qui va de l’lectro-mnager/hifi la contrebande d’hrone, de hashich, et d’armes. C’est donc une zone o il y a normment de traffic. Dans ces marchs o j’ai pris les photos, j’tais accompagn d’un garde du corps arm (on ne peut soit disant pas y accder sans), et j’ai fait le tour de tous les ateliers d’armes o on part du bloc de mtal jusqu’au revolver definitif. Mais pour revenir sur les diffrences entre l’Inde et le Pakistan, je voudrais souligner qu’il est important pour moi de relever, de positiver l’image du Pakistan, parce que c’est un pays qui vhicule, en particulier en occident, une rputation d’un pays entre guillemets "violent"... le strotype fait penser aux armes... c’est un pays islamique, donc...
J.-F. R. : ...qui n’est pas loin del’Afghanistan, donc... c’est tout a....
L. M. : ...c’est la rpublique islamique du Pakistan, donc on se dit... "attention, a doit surement tre des extrmistes". Et puis, en particulier ce strotype qui est renforc quand on est en Inde, par les idiens, pas en permanence, mais ds qu’on aborde le sujet du Pakistan, les indiens sont tout de suite l, vous dire "crasy people, violent people, c’est eux qui crent les troubles, c’est eux qui veulent la guerre, c’est eux qui veulent se battre".
J.-F. R. : Il y a une haine qui est toujours tenace, malgrs la partition.
L. M. : ...une haine vraiment prsente, et en particulier de la part des indiens. Je n’aime pas non plus condamner les indiens, parce qu’ils sont tous les deux adorables. Ceci dit, on colle une rputation au Pakistan, en occident et avec les indiens qui surenchrissent cette rputation, de dire "le Pakistan c’est des fous". Et quand on arrive l, avec tous ces prjugs (surtout moi, quand je suis arriv, je n’avais aucune information par rapport au pays, j’avais quand mme un peu peur), on tombe sur des gens d’une douceur, d’une gentillesse et d’un acceuil fantastique, et a dment compltement cette rputation que le Pakistan vhicule.
J.-F. R. : En tout cas, cette passion avec laquelle vous nous en parlez, elle transparat dans ces photos.
L. M. : C’est ce que j’espre, c’est ce que je veux vraiment : transmettre l’amour que que j’ai pour ce pays et pour ce voyage.
propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin










