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- Josèf Karôm
mercredi 1er octobre 2003, par ,
C’est pas qu’il aime pas la radio, Josèf, d’ailleurs il adore ça, c’est juste que ça lui disait pas trop de faire l’interview dans les studios de Divergence... trop de pression (c’est vrai qu’il y fait chaud !). Alors, munie d’un magnéto, Morgane est allé l’acoucher en face de chez nous, dans l’ambiance un peu plus organique de la pizetteria d’en face. Là, sur la photo, il est quand même venu.
Morgane le Bars : Josf Karm, bonjour.
Josf Karm : Bonjour.
M. le B. : On te reoit Divergence parce que c’est toi qui expose, tu as le "privilge" de... d’ouvrir la nouvelle anne avec la premire expo, qui va a priori durer jusqu’ fin octobre. Est-ce que tu peux te prsenter un petit peu ?
J. K. : Ben voil : Je m’appelle Josf, et je fais des collages... et sinon... depuis 96 peu prs. Et je les expose depuis 98, et c’est... voil. (rire) pour l’instant !
M. le B. : C’est pas seulement des collages puisque maintenant c’est carrment presque de la 3D, enfin, toujours en collages et en montages ; c’est toujours pas informatique ni numrique, ni sur internet. C’est des tableaux qui ont du fond, qui sont pais... Si on peut dcrire tes oeuvres... y’a toujours une sorte de tapisserie au fond, avec des objets colls, des choses dcoupes... des choses rajoutes en relief... Ce n’est que de la rcup’, ou est-ce que tu achtes des choses ?
J. K. : Non non, j’achte rien, de toute faon... part de la colle bois, et... sinon, des bricoles, du papier, enfin, des trucs pratiques, quoi, comme tous les gens qui bricolent. Non non, c’est des objets, des images qui sont rcupres comme a... dans la rue, ou les gens m’amnent des choses, ou... j’ai accumul tout un tas de sortes de choses... qui vont ensemble, et puis... j’les colle ma manire... puis je les assemble, y’a un cadre... C’est pas vraiment... y’a pas de rgularit, enfin, dans le sens o... les choses se font d’elles-mmes, les objets... sont l, devant moi et je les assemble comme bon me semble (rire)...
M. le B. : Et, c’est les objets qui te parlent, dans le sens ou tu leur trouves une deuxime vie, ou c’est eux qui se mettent en scne eux-mmes ? Parce que chez toi... c’est quand mme un certain capharnam... tu es entour d’objets... les gens t’amnent des choses... dan ton quartier on commence te connatre.
J. K. : Ouais, c’est un bazar, mais un bazar avec une certaine... organisation qui s’est fait d’elle-mme. C’est dire que, bon, on trouve un objet, un bout d’carton, une image, j’la mets dans un coin, j’l’ai dans ma tte aussi... Et quand j’me mets faire quelque chose... eh ben, a ressort et puis voil, quoi, a... c’est une version de l’ensemble, et puis... apparemment a ressemble quelque chose.
M. le B. : Mais tu pars d’un thme ou tu pars des objets ?
J. K. : Alors non, y’a pas tellement... enfin, y’a un cadre dj... j’ai tout un tas de cadres. Et... alors l, depuis quelques annes, y’a un... y’a une phrase. L, c’est pareil, c’est une accumulation de jeux de mots, qui me viennent comme a spontanment. a peut tre comme en train d’manger, comme a peut tre... ch’sais pas o... dans la rue, ou quoi. Cette phrase, je la note, parce que j’ai peur d’l’oublier... C’est un jeu de mots, c’est souvent des jeux de mots, ou c’est des fois juste un mot.
M. le B. : Oui, j’ai not Saoul venir, Le bistro du porc, Le sujet qui f’hche...
J. K. : Ben ouais... c’est Ces mots l c’est pareil, j’les note, ou... pour pas les oublier, parce que des fois a m’arrive de les oublier. Et un moment donn y’a... y’a une image ou y’a un objet, ou y’a un cadre qui vient se fixer avec ces mots l... et j’pars ! Et aprs, ben bon, y’a toutes les images que j’ai accumules, je les assemble, et puis... et puis hop, a forme un collage.
M. le B. : Tes oeuvres racontent des histoires qui sont elles aussi gomtrie variable. Un couple mari, une hache, une sparation, une bouteille... on peut tout de suite se raconter des histoires... Est-ce que ces histoires l sont voulues, elles apparaissent au fur et mesure, ou est-ce que c’est juste le spectateur qui se les raconte ?
J. K. : Ben... Ces histoires l, moi j’me les raconte pas, parce que je m’en rends pas compte, parce que... j’fais mes collages, et les gens voient des histoires, a c’est assez... c’est assez intressant. Mais, moi je me rends pas trop compte. C’est vrai que j’essaye de pas trop regarder non plus, parce que faut pas trop... Dans ce genre de bricole faut pas... faut pas, enfin moi j’me pose pas d’questions. Si on s’pose des questions, on arrte tout, donc tu vois, on...
M. le B. : ...a devient de la littrature...
J. K. : Non, mais quand on... quand on s’pose des questions, ben le temps, il s’arrte, et pendant c’temps l... bon, on avance pas, en fait. On avance pas dans c’qu’on fait, on avance pas... peut-tre dans la vie, enfin je sais pas. Donc, je me pose pas de question. Les choses elles sont faites, et c’est vrai que vraisemblablement, en accumulant des choses, y’a quelque chose qui... qui s’forme ! Donc... mais moi j’ai pas c’regard l. Mais c’est intressant...
M. le B. : Tu passes beaucoup de temps faire tes tableaux, tes collages, ou c’est variable ?
J. K. : Ben j’dirais que au niveau du temps... ouais. En fait, j’passe tout mon temps faire a, parce que en fait, a peut tre en sortant... y’a un truc qui va me... une image qui va me donner, comme a, plac ! Et puis j’vais l’noter, et puis voil, c’est parti. Y’a pas d’moment o y’a pas... c’est pas comme quand on va travailler, a s’arrte pas, tant qu’on vit... on est en... on... c’est spontan, quoi, c’est compltement... a fait partie d’ma vie en fait, maintenant, quoi. J’m’en rendais pas trop compte au dbut, maintenant c’est un peu a, quoi. a fait partie... c’est dans ma vie, quoi.
M. le B. : Parmi les thmes abords, j’ai not par exemple, le mariage, la religion, l’alcool, la socit de consommation, mme les armes ! Avec un ciseau, des revolvers... a aussi, tu rflchis pas l-dessus, a vient tout seul ?
J. K. : Non non, j’peux pas. Parce que si je rflchissais l-dessus, a donnerait pas a, je pense. C’est les images que je mets ensembles, que j’ai... Comme j’te dis, j’suis pas... j’rflchis pas. Donc... c’est les images qui font le collage, c’est pas moi qui fait. Bon, aprs je les assemble, je choisis. Je choisis parce que je les trouve belles dans l’ensemble. C’est tout des choses que je trouve beau.
M. le B. : Quel rapport tu as aux institutions ? Parce que je trouve que tu parles pas mal de mariage et de religion dans tes tableaux. On voit pas mal de maris, une vierge ligote... quel regard tu portes l-dessus ?
J. K. : Les institutions ? Je vois pas c’que... J’ai pas vraiment de regard...
M. le B. : Tu fais a parce que a t’amuse ?
J. K. : Non. Non, non non. J’sais pas... J’sais pas quoi dire, j’sais pas... enfin, je mlange pas, quoi, les deux, mes avis comme a, sur la vie, comme tout le monde. Tout le monde a des... des concepts, ou des choses... J’mlange pas les deux. J’mlange pas les collages et ma vie.
M. le B. : Pourtant dans ton travail, on voit que tu as un regard un peu acide sur la socit, les gens... T’as pas conscience de a ?
J. K. : Ben si, je sais pas... Je sais pas, j’volue dans la socit, comme tout le monde.
M. le B. : ...sur la place de l’alcool dans la socit...
J. K. : Oh pffou !... Oh la la, j’sais... C’est Jos Arthur ! C’est Jos Arthur qu’il faut demander a, pas moi (rire). Non non.
M. le B. : Non, mais c’est des thmes transversaux en fait...
J. K. : Non, moi j’fais des collages, tout simplement, quoi. Aprs... c’est des images, a reste des images, aprs les gens... ils font leurs choses, ils...
M. le B. : Y’a une fille qui est venue visiter l’expo l’autre jour, et qui m’a dit qu’elle avait t trs choque, ou du moins surprise, parce qu’il y a normment d’images de viande dans tes oeuvres, et comme elle, elle est vgtarienne, elle s’est vraiment sentie... choque, quoi, par ces images de viande. Je suppose que c’est dans des prospectus... est-ce que tu es vgtarien ?
J. K. : Je suis pas vgtarien, mais, j’ai t vgtarien... enfin, j’ai pas mang de viande, j’aime pas trop c’mot l... je crois pendant 5 ou 6 ans j’ai pas mang de viande, comme a. C’tait parti d’un pari... avec un copain, j’avais 17 ou 18 ans, j’sais pas. C’tait parti d’l, et... Moi j’ai t lev aussi dans une famille o on mangeait d’la bonne viande, quoi, l’poque, tout a. Et quand j’suis arriv sur Paris, j’ai pas r’trouv... enfin, c’est v’nu comme a, spontanment, quoi. Mais.. ouais ouais, dans les collages y’a d’la viande, moi j’trouve a beau. J’sais pas, a m’poursuit... j’sais pas... les morceaux... a... a fait comme tu disais un peu t’t’ l’heure, a fait un peu tapisserie. Si on assemble comme a des morceaux de viande, de loin on voit pas qu’c’est d’la viande, c’est un rouge... c’est ml avec des blancs... c’est pas du tout... j’trouve a pas du tout agressif, hein, je trouve a beau. C’est comme a, dsol.
M. le B. : Donc pour toi, c’est un esthtisme.
J. K. : Ouaf... esthtisme, j’sais pas trop c’que a veut dire, mais... j’trouve a beau, tout simplement, quoi.
M. le B. : Parce que a a un ct charnel...
J. K. : Ouaf... j’sais pas, non. Non, non c’est simplement, quoi, on peut trouver une matire belle sans plus se poser de question. Voil, quoi, c’est beau. Un bout d’carton, un bout de...
M. le B. : Un beau rti, une belle entrecte...
J. K. : Ben aprs, c’est comme j’te disais tout l’heure, tu vois, si on se pose des questions, on va s’dire ah ! Pourquoi j’trouve a beau ? , et machin, et voil ! Tout s’arrte, et toute la magie... elle tombe l’eau, enfin, c’est un peu... si on peut dire a comme a. Ouais, a tombe l’eau, donc c’est comme a... a fait partie de ma vie, et je vis avec. Tu vois les gens... depuis que j’ai commenc faire a... c’est comme a que je fais avec mes collages.
M. le B. : Je crois que tu reviens d’une expo en Lozre, o c’tait du mail-art, c’est dire que toutes les oeuvres exposes doivent venir par la poste, oblitres, avec l’adresse, le tampon qui figure sur l’oeuvre. Je crois que tu as expos des trucs, a fait 2-3 ans que tu y participes, tu peux nous en parler un petit peu ?
J. K. : Ben ouais ouais. a fait deux ans en fait, c’est une association qui s’appelle Librokiosque, c’est Ispaniac, donc c’est en Lozre, et en fait c’est une association culturelle, avec une bibliothque, des livres, tout a... Et en fait ils envoient... des thmes des gens qui bricolent, qui font des choses, et des associations, et chacun envoie ce qu’il fait, il note l’adresse dessus, il le timbre, et aprs ils exposent tout a pour une journe, avec une date prcise, o on peut voir les objets... Des choses un peu de partout, quoi, enfin en Europe. L, y’avait des... l y’avait prs de... y’avait presque deux cents envois, et c’tait vachement intressant de voir tout l’ensemble, l, dans... de courrier, envoys comme a... c’tait beau.
M. le B. : Y’a aussi des oeuvres qui viennent de loin... d’Afrique, d’Asie...
J. K. : Ouais ouais. a dpend des adresses, et des gens... ce qu’ils envoient. Ils collectent des adresses, en fait...
M. le B. : Toi je crois que tu n’exposes pas trop, tu ne vis pas de tes oeuvres, mais tu te mets un peu l’illustration. On avait dj vu, enfin les montpellirains on dj vu ton affiche et la pochette pour le disque de Loco Mishto, tu poursuis dans cette voie-l, sur l’illustration ?
J. K. : Oui, de toute faon, ct de ce que je fais, enfin, en relief, en tableaux, tout a, j’ai besoin de faire a, parce que a me tient... debout, quoi ; parce que j’ai... besoin de faire ce que je fais... c’est pas... ’comme a’, a fait partie de mon truc, quoi. Et en fait, ouais, je fais des affiches. Alors Loco Mishto, j’ai fait leur affiche. C’est des amis en fait, je les aime beaucoup, tout ce qu’ils font. C’est souvent des rencontres en fait. Aprs, les gens, ils me proposent de faire une affiche, ou de faire une pochette de disque... j’illustre aussi des magazines... si on m’propose, hein... je suis ouvert a. Maintenant, en plus, je suis capable de le faire. Avant, je pense que j’tais pas capable, mais maint’nant j’en suis capable. a peut tre des pices de thtre... suivant si a ma plat ou pas... Ouais, souvent je... j’vais beaucoup... et en plus a me fixe un exercice, a me donne... on me donne un texte, ou quelque chose... toujours dans le style de ce que je fais, hein, mais a m’ouvre... encore plus dans c’que j’fais.
M. le B. : Du coup tu as un thme impos, donc a te donne un cadre obligatoire respecter... c’est un exercice intressant...
J. K. : Oui, puis la dmarche elle reste la mme, c’est toujours spontan, a vient de la mme faon... c’est pas... je rflchis pas plus, hein ? J’accumule, je fais quelque chose, et si a plat aux gens... a marche, et voil, quoi. a fonctionne comme a, quoi.
M. le B. : En ce moment tu es en train de travailler sur une grande oeuvre, grande par la taille en tout cas, pour le reste on verra, et qui concerne la radio. Je crois que tu coutes beaucoup la radio... part Divergence...
J. K. : J’coutes France Inter, oui, surtout. Et depuis peu de temps j’coute Divergence... depuis deux ans... y’a des copains qui m’ont pouss, un peu, allez, arrtes d’couter des radios d’vieux ! ou j’sais pas quoi... Et donc, ouais, l je suis en train... j’suis en dedans, l, je fais un collage sur la radio. Alors la phrase, c’est Radio Actif, et c’est donn par un poste de radio que j’ai rcupr, qui est assez vieux. et... Et des objets, et des images me sont donnes, et l a va tre un assez grand collages... En fait c’est un thme qui est assez vaste, parce que j’coutes tout le temps la radio. Quand j’fais manger, quand j’bricole, a m’semble... ; c’est important pour moi. La radio, c’est magique, quoi. On entend les gens, c’est... on entend... J’vais pas trop... j’vais pas au cinma, trs peu, j’vais pas voir de spectacles, tout a. Donc du coup, a m’tiens au courant de c’qui s’passe, j’ai l’impression de voir des spectacles, aussi... quand j’entend les gens en parler, ou des fois des peintres qui parlent de ce qu’ils font... des gens... et a fait partie de ma vie, quo, c’est trs important pour moi la radio, et j’trouve a... c’est trs intressant, quoi. C’est trs bien , la radio. Les collages la radio, c’est bien (rire) !
M. le B. : Et donc ce collage, il sera fini quand, on pourra le voir quand ?
J. K. : Oh je sais pas, hein. C’est... j’peux faire des choses en mme temps, j’peux commencer un autre collage en mme temps qu’celui l... C’est pour a que je sais jamais comment a se termine... Je sais peu prs comment a commence, mais quand a se termine, je sais pas.
M. le B. : Et comment tu sais qu’un collage est termin ?
J. K. : Ah ben a !... a se fait tout seul, quoi. Il... tac !, et... y’a les images, j’les colle dedans, et tac ! a s’arrte l, quoi, et j’y pense plus. a se fait... des fois y’a des images qui se mettent en mme temps pendant que j’fais le collage... et donc... non, a s’termine de lui-mme, il s’termine tout seul, en fait. Voil, quoi. J’me pose pas plus de question.
M. le B. : Merci Josf, et merci la pizzeria Chez Lucas de nous avoir accueillis gentiment.
J. K. : Merci aussi de m’avoir fait exposer et...
M. le B. : Ben, bientt, hein ?
J. K. : Merci.
propos receuillis par Morgane Le Bars
















