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Jean-Michel Ribes


jeudi 29 mai 2003, par Gilles Gouget

De passage dans la région pour soutenir Écrivains associés au théâtre, Jean-Michel Ribes, qui dirige maintenant le Théâtre du Rond Point, a accordé cet entretien à Rodolphe Gayrard.

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Jean-Michel Ribes

R. G. : Alors j’ai l’immense privilge et l’honneur de recevoir Jean-Michel Ribes dans le studio de Divergence. Bonjour Mr Ribes.

J.-M. R. : Bonjour.

R. G. : Et Mr Pelaez, bonjour.

J.-M. R. : Bonjour.

R. G. : Mr Pelaez, vous tes directeur de l’antenne rgionale des crivains Associs du Thtre, et c’est en cette qualit que vous tes accompagn de Mr Ribes qui est venu participer une runion pour l’EAT Bziers.

Mr Pelaez : Oui, c’est une runion un petit peu, pour le lancement officiel de notre antenne, donc nous avons invit Jean-Michel Ribes, qui est le prsident fondateur de EAT, donc, qui on doit beaucoup pour cette runion d’auteurs, de ce mouvement. Et donc, il nous a sembl primordial de l’inviter venir avec nous lancer ce mouvement en Languedoc.

R. G. : Trs bien. Alors vous tes directeur du Rond-Point, c’est un petit peu en cette qualit que je vous reois aujourd’hui, pour aborder avec vous une discussion autour du Thtre. Dj, premire question, j’aimerais connatre votre opinion sur l’ambiance gnrale du thtre, en ce moment en France.

J.-M. R. : Ben, il est vident que il y a quelque chose qui bouge. Disons que... y’a eu pendant une quarantaine d’annes un type de thtre qui est n d’une... je dirais qui est n partir des premiers travaux d’Jean Vilard, et qui a t surtout essentiellement un thtre de redcouverte du patrimoine, de revisiter les grands classiques, d’aller vers une proposition pour la population des chefs d’uvres du pass. Alors, cette... ce mouvement d’thtre a permis de - et c’est formidable - dcouvrir des auteurs comme Marivaux, qu’avant guerre personne ne connaissait. Et a a permis surtout ... de voir apparatre un grand crateur de thtre qui a... qui est devenu hgmonique, qui est le metteur en scne. C’est dire que partir du moment o les auteurs classiques taient... je dirais une matire crer, y’a eu un crateur qui les a crs. Ce crateur est d’venu la fois quelqu’un qui a permis au public de dcouvrir les plaisirs du thtre, qui a ranim la scne, qui a montr qu’il y avait des trsors cachs, mais qui a mis sa patte et qui a... donn des lectures diffrentes des classiques, et c’est devenu donc un artiste part entire, je dirais, qui a fait son nid dans l’uvre des auteurs passs. Et vous vous souvenez sans doute que sur les affiches, l’auteur et le metteur en scne taient placs la mme... Y’avait Marivaux/Planchon, Stindberg/Chreau, Shakespeare/Bourdet, etc... Bon. Donc, a a fait un grand bien, et on a eu l’ge d’or de la mise en scne en France, et on a eu Les grands crateurs, et... Citez-moi, dans les 30 dernires annes, des auteurs, vraiment, qui sont passs devant... Y’en a pas eu, c’tait les grands metteur en scnes, et ces grands metteur en scnes ont eu, d’une manire claire et probablement justifie (puisque c’taient des chefs de troupes), ensuite l’argent. C’est dire que c’est eux qu’on a donn tous les Centres Dramatiques Nationaux, c’est dire qu’ils avaient le pouvoir de dcider la cration, et ils avaient aussi le chquier. C’est dire que... c’tait devenu des gens... eh bien, qui taient non seulement puissants, parce qu’ils faisaient des spectacles tout fait admirables, hein, ils avaient beaucoup de talent, mais ils taient puissants parce qu’ils avaient l’conomie. Alors a a donn, encore une fois, Patrice Chreau, les plus beaux spectacles du monde, la France tait l’endroit o peu de spectacles taient monts aussi bien et d’une manire aussi tonnante. Et petit petit, ben petit petit... tait ject de la scne, l’crivain, l’crivain vivant. Parce que l’crivain vivant, c’tait quelqu’un videmment qu’on ne pouvait pas... dont on ne devait pas se servir comme on voulait. On ne pouvait pas le revisiter, le faire jouer en smoking et puis aprs vlo, puis aprs, etc. On ne pouvait pas, on tait oblig de le respecter et c’tait quand mme quelque chose qui tait une ralit qui peut-tre, peut-tre, gnait la crativit du metteur en scne. Alors, il faut pas gnraliser, parce que des gens comme Jean-Louis Barrault ont t, Artaud, enfin, Claudel de leur vivant, Marguerite Duras, et puis aussi, Genet, et puis aussi Beckett etc... Mais, mais ils taient trs peu nombreux, trs peu nombreux. Il faut bien savoir que quelqu’un comme Jean-Marie Serreau, le pre de Coline Serreau, est quelqu’un qui tait, dans les annes 50-60, dans son petit Thtre de Babylone Paris, avec des auteurs que personne voulait jouer, qui s’appelaient Beckett, Ionesco, Pinger, etc. Et donc, il faut bien savoir que j’ai encore - l j’vais faire un festival Dubillard -, j’ai vu Dubillard y’a peu de temps qui est dans un tat de... d’abandon total, de misre totale etc. J’l’ai vu, et il m’a montr comment, avec Ionesco, avec lui, avec Pinger etc, ils essayaient dsesprment il y a 40 ans de dire Il faut absolument qu’on joue les auteurs, etc. Donc si vous voulez, ce constat tait l, avec des gens qui avaient essay d’se battre pour trouver dans l’institution une place, pour qu’on dise C’est trs trs bien que les coles puissent entendre, puissent apprendre ce qu’est Molire, ce qu’est Shakespeare, mais les gens d’aujourd’hui c’est trs important aussi. On ne voit pas dans les muses.... Les muses n’arrtent pas leurs expositions aux impressionnistes. Donc, si vous voulez, en gros y’a eu depuis 40 ans, euh... une magnifique remonte de la forme thtrale, et y’a eu un crateur qui a pris trop de place, comme les coucous qui se mettent dans le nid des autres, qui a mang tous les ufs, et voil. Et donc on est arriv une priode o il fallait dire ce moment, en tout cas en France, parce qu’en Europe c’est pas du tout pareil...

R. G. : Parce que c’est un problme franais ?

J.-M. R. : Oui absolument, c’est totalement franco-franais ! Si vous voulez, en France, y’a un moment, on aurait mme pu se dire Bon ben voil, le thtre s’arrte Sacha Guitry, alors d’Aristophane Sacha Guitry, et ben y’en a assez pour en faire 4000 ans, du thtre.

R. G. : Sauf qu’il y en a encore beaucoup de gens qui crivent, y’en a toujours.

J.-M. R. : Oui, enfin, qui ont toujours t pas reconnus. Mais, alors, pour rpondre votre question est-ce que c’tait franais, c’est totalement franco-franais. Car en Angleterre, les spectacles sont probablement moins monts, mais toute la politique de crativit et de cration t faite sur les auteurs, et sur les crivains. C’qui a donn quoi ? C’qui a donn que de... je sais pas des... des jeunes gens en colre o y’avait Wesker, Pinter, Osborne etc, jusqu’ Bond, jusqu’ tous ces auteurs, Sarah Kane etc, y’a une prolifration de textes qui ont t des succs l-bas. Qui donc, ceux-l, parce qu’ils ont t des succs, qu’les metteurs en scne, bon ben, ramnent en France... Identique en Allemagne, o y’a une politique formidable pour les crivains d’aujourd’hui, etc. Et y’avait, si vous voulez, le sentiment pour les metteur en scne, que la gloire ne venait pas simplement du fait que vous r-expliquez c’qu’tait vraiment Le Misanthrope, vous remontrez qu’avant qu’ils aient mont Hamlet, personne ne l’avait mont aussi bien etc, y’avait aussi c’qui m’semble tre la fonction d’un metteur en scne : La gloire de dcouvrir des potes, gloire de dcouvrir des gens qui sans eux n’existaient pas. Et pour donner un exemple qui est clbre, Patrice Cherreau, dont les mises en scnes ont t, je pense, les plus brillantes et les plus inventives de ces dernires annes, Patrice Cherreau dans 150 ans, hlas on se souviendra plus de ses mises en scnes qui sont phmres, on se souviendra de quoi ? Qu’il a dcouvert Kolts, qu’il a dcouvert un auteur. Donc si vous voulez, je crois que... y’a quelque chose l qu’y faut qu’on remettre en place, c’est dire que les metteur en scne ne se sentent pas frustrs s’ils montent pas totalement leur uvre travers un auteur mort, mais qu’ils trouvent aussi une grande joie et qu’est leur mission, de dcouvrir des grands auteurs et des grands crivains. C’est ce mouvement qui est en train de se faire aujourd’hui.

R. G. : C’est ce que vous faites au thtre du Rond-Point, notamment ?

J.-M. R. : Alors, au thtre du Rond-Point. Si vous voulez, le thtre du Rond-Point est le... j’dirais est l’mergence la plus visible d’un mouvement qui s’est cre partir de l’anne 2000, qui a t ce rassemblement...

R. G. : C’est tout rcent, quoi.

J.-M. R. : Ah ben oui. C’est dire, si vous voulez y a eu quand mme un moment... Y’a eu un syndrome de baleine bleue pour les auteurs. Ou ils allaient disparatre dfinitivement, donc avant de disparatre y’avait un coup de... un coup d’comme a, ils s’sont j’ts en l’air avant... Ils sont sortis de l’eau, un dernier coup de rein pour exister ! Ils se sont retrouvs tous ensembles, dans un mouvement solidaire, toutes tendance, toutes tendances confondues : public, priv, toutes gnrations confondues, tous styles confondus, connus, pas connus. Y’avait des gens trs connus comme... je sais pas, Jean-Claude Grimberg, Jean-Claude Carrire, Vinaver, Veronique Olmi, Duringer, bon, moi et d’autres, avec des gens pas du tout connus. On s’est tous mlangs, on a dit Ben, il faut absolument aujourd’hui que le thtre accepte que l’auteur, que l’crit, que ce qui vient de, oui, de l’esprit travers des mots, puisse traduire trs clairement c’qui s’passe aujourd’hui. Et on redemande pas tout, mais de remettre un peu l’auteur dans la maison thtre, d’o il avait t... ject.

R. G. : Est-ce que vous attachez aux auteurs vivant... est-ce que c’est une condition sine quanon ?

J.-M. R. : Oui.

R. G. : Vous me direz si j’me trompe, mais vous pensez qu’il y a des auteurs vivants qui crivent, qui font du travail, qui ont du talent, et qu’il est injuste de pas voir sur scne, de pas voir monts.

J.-M. R. : Ben, si vous voulez, y’a... y’a deux phnomnes. Y’a d’abord un phnomne de dsertification qui a eu lieu. Parce qu’ partir du moment, quand un mtier est bouch, quand tous les thtres, ou peu prs, de France... le thtre priv avait besoin de... d’acteurs clbres, et le thtre public avait besoin de metteurs en scne clbres... dans les deux cas y’avait pas l’auteur. Bon, donc y’a eu une dsertification, donc de moins en moins de gens ont eu envie d’crire, puisque le parcours de combattant qu’il fallait pour une pice, pour qu’elle arrive... Donc au bout d’un moment, si vous voulez, si vous vendez plus jamais d’voitures, et ben y’a plus de garagistes, bon. Donc y’a eu une dsertification. Y’a eu aussi le fait que... y’avait plus de grands exemples de gens qui arrivaient vraiment, donc qui donnaient envie... on a envie d’tre, je sais pas, celui-l, puisqu’il y est arriv... y’avait plus de locomotive. Donc, euh... bah ! c’est vrai que c’tait tout fait anormal, car sur un pays comme la France, qui a probablement (et a on le sait pas) le plus grand nombre de thtres en Europe, et la structure d’accompagnement et de subvention la plus forte en Europe...

R. G. : Oui y’a quelque chose de paradoxal, l...

J.-M. R. : Voil. On peut pas remplir tous les thtres uniquement avec Shakespeare, ou avec des pices anglaises de boulevard. Y’a un moment... Shakespeare que l’on dit tre notre contemporain, oui, mais jusqu’ quel point ? Il ne parle pas la langue qui change aujourd’hui, est-ce qu’il a parl de la guerre en Iraq ? Est-ce qu’il a parl de la pollution ? etc.

R. G. : Absolument. Justement tous ces auteurs sont peut-tre... aussi nous parlent de ce monde d’aujourd’hui dont les auteurs, mme, ne serait ce qu’il y a 20 ans, le monde change tellement vite qu’ils ne sont plus la page aujourd’hui, mme s’ils disent des choses trs belles qui sont encore actuelles, est-ce qu’il y a pas un manque, l, un manque d’information, tout simplement, qui passerait dans les ttes des auteurs, dans les doigts des auteurs, pour raconter le monde d’aujourd’hui ?

J.-M. R. : Non, mais... Disons que, si vous voulez... voil : Il faut savoir que le thtre a toujours t et reste un endroit de libert d’l’criture. Parce que c’est heureusement encore un art artisanal, et c’est pas un art industriel, donc qui n’est pas format par l’argent, par les besoins de l’audimat, etc...

R. G. : Grce dieu.

J.-M. R. : Oui. Comment voulez-vous aujourd’hui qu’ la tlvision, o en gros qu’est-ce qu’on nous montre ? Star Academy, quelques reportages intressant certes, mais la fiction forte d’aujourd’hui passe pas du tout. C’est vrai qu’il y a une alphabtisation ahurissante, et on prend les gens quand mme pour des crtins. Comment voulez-vous qu’au cinma, qui sont des machines normes, qui demandent des comdies, comme vous le disiez prmastiques, presque... cibles sur des communauts prcises, sur des sujets ultra ultra, je dirais, grosses comdies de rigolade, comment voulez-vous qu’aujourd’hui quelqu’un comme... je n’sais pas, mettons mme Bunuel etc, puisse arriver quelque part ? Donc je pense que le thtre est le pr carr de la libert d’cration, et c’est l o il peut, grce cette non-formatisation, cette pression un peu loigne, c’est l o des gens vont pouvoir rinventer le monde, vont pouvoir proposer des choses nouvelles, vraiment, et dans la libert de cration. C’est pour a que c’est si important.

R. G. : Vous faites un travail remarquable mon sens. En tout cas au Thtre du Rond-Point avec toute votre quipe. Vous tes quand mme une bonne quipe qui reoit des textes qui ventuellement dcouvre dans ces textes lus au travers d’un comit de lecture, des auteurs intressants, qui vous proposez de monter leurs pices, je suppose que vous faites venir des metteurs en scne... Par rapport ce que vous disiez sur la tlvision, le cinma, et le thtre, est-ce que... Quel est votre point de vue sur le public ? Est-ce que vous pensez qu’il est toujours aussi volontaire, aussi motiv ? Est-ce qu’y a pas un phnomne de recul qu’on essaie de compenser par une ouverture sur les auteurs, etc ?

J.-M. R. : coutez, moi on m’avait annonc depuis toujours que le public ne s’intressait pas aux auteurs d’aujourd’hui, et qu’ partir du moment o on montait pas Les femmes savantes, et o on montait pas Le Cid, et on montais pas... j sais pas quoi... Hernani, o mangeront-ils ?, les gens, a n’les intresse pas. Parce qu’ils ont pas la pression, l ils y vont soit parce que leurs enfants tudient a, soit parce qu’ils ont l’impression d’aller faire un acte culturel fort dont il restera toujours quelque chose... Moi je pensais toujours que c’tait pas vrai. Je pense simplement qu’il fallait proposer... Qu’il fallait sortir de la messe culturelle, il fallait sortir de cette espce de... c’est dire : les auteurs d’aujourd’hui ne peuvent pas tre traits comme les classiques, avec l’accompagnement de srieux, de solennit, de... de culture un peu ’oblige’. Donc, si vous voulez, partir du moment o... vous faites un thtre d’art moderne, avec des choses neuves, subversives, avec des choses qui sautent dans l’inconnu, qui sont des surprises, qui racontent le temps de manire inattendue, je pense que les gens d’aujourd’hui sont intresss. Et je crois que le public... est un public... Si vous voulez c’est toujours la mme chose : partir du moment o on donne uniquement d’la choucroute aux gens ils mangent que de la choucroute, mais si on leur donne autre chose, vous savez, les gens sont pas totalement, uniquement des veaux.

R. G. : Alors a c’est trs important, faut insister l-dessus. On a toujours entendu ce discours " Oui mais vous comprenez les gens mangent ce qu’on leur donne, alors on va pas s’embter, on leur donne n’importe quoi ".

J.-M. R. : Oui, mais c’est pas vrai. Si vous voulez... en tout cas...

R. G. : C’est vrifi, mais c’est pas vrai, disons que c’est pas fondamental.

J.-M. R. : Non mais... C’est dire que... Vous savez, moi j’ai fait beaucoup de tlvision, j’ai fait des films... bon, mme si mon activit principale est le thtre... J’me souviens quand je faisais Palace ou Merci Bernard, j’veux dire que les lettres qu’on r’cevait, c’tait des lettres des gens qui taient pas contents. On en recevait... j’sais pas... 50 par mois. Mais les sept millions de personnes qui nous regardaient, ne nous crivaient pas pour dire C’est bien. On ne comptait que les sept personnes qui gueulaient. Donc on est toujours l’coute des gens qui critiquent, et qui font a, mais ils sont en gnral extrmement peu nombreux, c’est des gens qui ont la rage de s’plaindre. Mais la rage d’aimer, a on n’le dit jamais parce qu’on pense que c’est toujours normal. Et je crois - et le Rond-Point en est un exemple absolu - qu’ partir du moment o on offre des gens quelque chose qui n’est plus du thtre-punition, quelque chose qui n’est plus du thtre o on se dit Ben on y va, parce qu’il faut y aller, parce que quand mme, c’est important etc, mais o les mots plaisir et culture sont les mmes, o y’a pas de dmagogie, mais y’a pas non plus de masochisme, o y’a tout d’un coup une possibilit d’faire une programmation... toile, c’est dire o on peut aussi bien avoir Olivier Py, que Caubre, aussi bien avoir Mohamed Kacimi, que Pierre Arditti, aussi bien Jean-Claude Grimberg que Vronique Olmi, aussi bien des espces de post-dadastes que Jacquelin ou Odile Mass ou 4litres12, on peut avoir des gens qui remuent le monde, avoir des gens qui sont toujours dans une nergie d’surprise, et joyeuse, mme si y sont pas tout fait tous avec le mme uniforme de pense, je crois qu’ ce moment-l, la curiosit des gens arrive. Les gens ne demandent qu’une chose, c’est qu’on leur offre quelque chose qui rende leur ralit quotidienne plus obligatoire. Qui fait que tout d’un coup ils se disent... Bon. On nous dit... le temps.... On nous dit tout ! On nous dit " demain il pleuvra ", on nous dit " voil si vous voulez manger a, vous aurez a ", c’est dire, comme si tout tait prvu, on est sur une autoroute de... eh ben non ! C’est pas toujours comme a, heureusement y’a des surprises, et heureusement, seul l’inattendu arrive. Et c’est a ! ce qu’offre le thtre d’aujourd’hui’. C’est de montrer la surprise, de montrer qu’c’est pas toujours toujours entendu, d’accord. Et puis aussi, c’est d’arrter d’donner des l’ons, de dire " a c’est bien, a c’est pas bien, voil c’qu’y faut faire "... de d-gourouser l’thtre, d’tre plus culott. D’envoyer des messages des gens en leur disant " vous tes plus libres, si vous avez envie d’dire non, dites non ", et que tout n’est pas oblig. Et je crois que c’est a... Vous savez, Oscar Wilde disait " une ide qui n’est pas dangereuse ne peut pas vraiment s’appeler une ide ". Eh bien c’est a, au fond, c’est dire que tout d’un coup, les gens qui rentrent l, dans ce thtre - et ils l’ont vite compris, parce qu’il sont nombreux venir - se disent qu’ils sortiront ou plus heureux, ou plus excits, ou diffrents que quand ils sont entrs.

R. G. : En tout cas ils auront fait une dcouverte.

J.-M. R. : Voil.

R. G. : Et c’est un beau lieu. Alors justement, c’est un lieu subventionn, est-ce que vous pensez, vous souhaitez que ce genre de lieu se reproduise un peu partout en France, par exemple Montpellier, qui est une ville culturellement active ? Est-ce que vous pensez qu’on pourrait imaginer des systmes o on installerait des thtres avec des gens qui auraient un petit la mme ide que vous, c’est dire le mme cheval de bataille, faire travailler des... faire merger des auteurs ?

J.-M. R. : Oui, c’est vident. C’est dire que c’est vrai Montpellier est un endroit ou il se passe des choses... Si vous voulez, j’pendrais la comparaison, vraiment, des arts plastiques. Dans cette rgion de Mditerrane, y’a bien eu la fondation MAC, y’a des muses d’art moderne, Avignon, y’a... j’sais plus qui... Yvon Lambert qui a fait... bon. Y’a tout d’un coup des gens qui arrivent avec aujourd’hui. Ce qui ne veut pas dire que les autres doivent s’en aller. C’est que les autres doivent leur faire un p’tit peu d’place.

R. G. : C’est a, y’a de la place pour tout le monde, peut-tre.

J.-M. R. : Voil. Donc un p’tit peu d’place, partager un peu les subsides, et montrer que, euh... y faut qu’un pays soit... j’dirais, crateur de son temps et de lui-mme, et tmoin d’aujourd’hui. Voil. Et que... on puisse avancer, toujours, avec des gens qui risquent des choses, mme si parfois ils se trompent, plutt que de nous rassurer en remontant ce qui est dj acquis, o on sait qu’c’est des chefs d’uvres, et qu’on les remonte ternellement sans risques. Alors moi, pourquoi je suis venu ici, aujourd’hui, avec un emploi du temps, j’vous l’cache pas, un peu dbord. Je suis venu pour soutenir l’antenne d’EAT, parce je crois, justement, que le Rond-Point n’est pas une spcialit parisienne, que Paris n’est pas l’centre du monde, et que il faut absolument que... Enfin qu’on ne dise pas " Ben a va, y’a l’Rond-Point, a suffit, a va ils ont leur truc ! ".

R. G. : C’est juste une tte de liste...

J.-M. R. : C’est une tte de liste, suivre. C’est une... j’disais c’est une bastille qui est tombe, faut qu’la rvolution continue, et y faut que, pour le plaisir de tous, pour le dsir du public, des jeunes gens, pleins de crativit osent se lcher, faire des choses, qu’on les y aide, et aussi que des gens pas forcment jeunes, parce qu’on est auteur vivant jusqu’ ce qu’on meure, puisse aussi montrer des choses qu’ils ont crites, et qui ne sont peut-tre plus encore respectes... Enfin qu’il y ait un mouvement avec cette audace joyeuse, laquelle je crois, le public rpondra de toute faon.

R. G. : Vous, personnellement, vous servez quoi, en travaillant l-dessus ?

J.-M. R. : Je sers, je sers... je sers une cause. Je sers... D’abord, voyons les choses aussi, c’est quelque chose.... Vous savez, a passe aussi par un sentiment personnel. Montaigne disait " ce que je ne ressens pas moi d’abord, j’vois pas comment j’pourrais demander d’autres de l’ressentir ". C’est parce que j’en ai vraiment l’intime conviction que je crois que... ben voil, il faut l’faire. Donc, si vous voulez, j’dirais que le Rond-Point, je suis pas... je suis pas vraiment un directeur de thtre au sens habituel du terme. J’crois qu’j’ai plutt cr un lieu.

R. G. : a c’est sr.

J.-M. R. : Cr un lieu... Je sais pas si vous y tes all...

R. G. : Non, mais j’ai vu un petit peu... je rve d’y aller.

J.-M. R. : C’est dire que cet endroit n’est plus comme un thtre comme les autres, y’a trois salles de thtre. Y’a une salle Roland Topor, donc, dj rien qu’avec le parrain, on voit bien que c’est des choses folles, extravagantes, y’a bientt un Festival Les Extravagants qui ne se faisait jamais dans l’institution, on a fait une grande librairie, y’a des cabarets le soir, y’a un restaurant norme o tous les gens s’retrouvent... Vous voyez, j’veux dire, on va faire quelque chose dans les jardins, y’a quelque... moi j’ai plutt cr un lieu. Un lieu d’vie et d’envies.

R. G. : Absolument, et je trouve mme que c’est d’une modernit euh... un petit peu... un petit peu sauvage... a ressemble un p’tit peu, je sais pas si a va vous plaire, m’enfin a ressemble un peu un multiplexe du thtre. Pour une fois on a l’impression d’aller dans un lieu gant o on peut voir toutes sortes de choses, on a le choix, de voir plusieurs trucs, y’a plusieurs salles, on peut boire un coup, on peut litre... Y’a un accompagnement, c’est vraiment... C’est pas de la ’consommation’, on est pas l pour consommer le thtre...

J.-M. R. : Moi j’suis pas contre qu’on le consomme, et j’suis pas contre que les salles soient pleines. Avant, il tait trs suspect qu’une salle soit pleine. Moi, votre mot multiplexe est juste, mais par rapport au cinma, je dirais qu’ la diffrence du cinma, la programmation a un esprit gnral. Alors que dans les multiplexes, vous avez... des films tout fait diffrents qui sont l... L par contre, on... on respecte, disons, enfin, bon... C’est que des auteurs vivants, mais y’a quand mme un style gnral de proposition... qui est le mien, qui est les choses que j’aime, qui va plutt vers des choses... y faut que le diable soit l..

R. G. : Vous qui voyez beaucoup de textes, qui recevez vraiment beaucoup de travaux, qu’est-ce que vous pensez sur l’criture en France ? Est-ce que vous pensez que l’criture est en danger, ou en bonne forme ? Est-ce que vous pensez qu’il y a beaucoup de talents trouver, exploiter, et qu’on a pris du retard, l dessus ?

J.-M. R. : Je pense qu’on a pris un norme retard l-dessus parce que je pense qu’on a pas incit les gens crire. Je pense qu’y a pas eu, comme en Angleterre le Royal Court, qui est une institution extrmement subventionne qui ne monte que des auteurs d’aujourd’hui. On a jamais eu a. Y’a eu videmment Thtres Ouverts, des petites rserves comme a, mais y’a jamais eu au plan national une vraie politique... disons o on jette de l’engrais l’endroit ou poussent les auteurs. J’vous signale pour vous donner un exemple, que dans les annes 60, dj en Angleterre la BBC avait fait un concours chaque anne en donnant... disons l’quivalent de 20.000ff tous les gens qui avaient... aux 100 propositions d’auteurs qui avaient une ide. Donc y’avait 100 types qui recevaient 20.000 francs pour crire, y’en avait 80 qui revenaient bourrs parce qu’ils avaient achet des bires et qui avaient rien fait, y’en avait 10 qui taient pas terribles, bon... Et puis tout coup, y’a eu un acteur, qui a crit, comme a, qui s’appelait Pinter, un ptissier qui s’appelait Wesker, et ils ont permis des gens, comme a, en mettant un peu de confiance, d’ailleurs, plus que d’argent, d’crire. Et je crois que l, nous on a pris un norme retard. Alors, o en est l’criture aujourd’hui ? Je vous dirais quoi ? Que je ne la connais pas toute, que j’en vois une partie. Je suis trs confiant, parce que y’a aussi depuis 6 ans, je fais en Avignon Texte Nu, o je... travers des grands acteurs clbres, qui viennent lire des textes inconnus, pour, grce leur gloire, apporter la gloire rapide un texte... Je m’aperois qu’y’a beaucoup de gens trs dous, il y a quelque chose qui existe, y’a du dchet comme partout, mais y’a plutt plus d’hutres perlires qu’on ne pensait.

R. G. : Est-ce que le thtre a encore sa place aujourd’hui, et euh... comment est-ce qu’il peut se dvelopper d’avantage, et peut-tre - je sais pas si je dis une normit -, prendre un petit peu le pas sur tous les produits qu’on nous donne, et qui sont facile ... obtenir ? Comment le thtre va pouvoir remotiver l’effort ?

J.-M. R. : Y’a une chose qu’il faut que vous sachiez, et qu’on ne sait pas. Mais, en France, il y a plus de gens qui vont au thtre que de gens qui assistent des matchs de football. a on n’le sait pas, mais faut quand mme que j’vous l’dise.

R. G. : a ! c’est une information, effectivement !

J.-M. R. : C’est une information, oui, c’est important. C’t’ dire, y’a normment d’gens qui vont au thtre, mais videmment c’est jamais comptabilis de la mme manire que les choses qui se mdiatisent, a c’est une premire chose. La deuxime question que vous m’avez pos, est-ce que le thtre a encore sa place aujourd’hui ? Alors je vais vous dire. En Iraq, en ce moment par exemple, comment voulez-vous que les gens communiquent ? La tlvision est dtruite, une industrie cinmatographique y’en a pas, avant que CNN et autres dgoulinades amricaines qui vont tre partout, l-bas , dans les chanes (...), il va y avoir des gens qui vont prendre deux planches, ils vont les mettre sur deux tonneaux et ils vont raconter leur vie, leur histoire devant d’autres. S’il y a la bombe atomique, c’est pareil, on aura qu’a. Donc, le thtre, parce que c’est le seul art vivant qui se fait immdiatement, est la garantie, je trouve de... oui ! de l’humanit, d’une certaine manire. Parce que on a pas besoin d’argent, on a pas besoin de technique, on a simplement besoin de gens qui parlent d’autres, et de gens qui enlvent le poids des journes et des terreurs des gens, en leur racontant qu’y’a peut-tre des choses possibleset diffrentes faire.Donc je pense que le thtre est, dans son aspect cathartique comme disaientles grecs, c’est dire d’change... c’est des gens qui demandent qu’on parle pour eux, qui vacuent leurs angoisses, leurs frayeurs travers d’autres qui les disent, qui les parlent. Donc je crois que ce n’est ni au cinma ni la tlvision, quand on voit la qualit de ce qui se passe en ce moment, que a peut tre fait. Donc je pense que non seulement le thtre a sa place, mais je pense mme que si on enlevait le thtre, la socit deviendrait plastifie. Je crois aussi que quand vous faites des enqutes dans les coles, bien que la tlvision soit partout, bien que le cinma soit partout et que l’audiovisuel soit le produit d’appel numro un, les gens, les gosses, veulent faire du thtre. Il y a qu’ voir le nombre de gosses qui vont, d’une manire d’ailleurs un peu... souvent exagre, prendre des cours d’art dramatique un peu partout, faire des choses... Donc a veut dire quoi ? a veut dire que le thtre est quand mme l’endroit de communication le plus cordial, le plus sr, les plus mouvant.

R. G. : Peut-tre le plus indispensable aussi ?

J.-M. R. : Oui. C’est ce que j’essaye de vous dire. C’est comme si vous m’disiez tout d’un coup : Est-ce que l’eau est encore indispensable sur Terre ? Bon, on peut dire Y’a le vin, y’a le coca cola, y’a le... Mais l’eau, c’est quand mme la boisson la plus rafrachissante. Ben j’dirais que le thtre est le lien entre les hommes, non seulement... indispensable, mais j’dirais vital.

R. G. : D’accord. Merci.

J.-M. R. : Voil ! C’qui n’veut pas dire que, ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que... La radio est aussi quelque chose de trs important.

R. G. : Oui, je crois aussi, oui.

J.-M. R. : Non, mais parce que la radio c’est aussi une manire de communiquer, de... d’tre dans un rapport avec les gens dans la solitude, et puis surtout la radio quelque chose de magique, c’est juste une voix, et y’a pas l’image, y’a pas le dessin...

R. G. : Y’a effort faire.

J.-M. R. : Ou... Sinon effort, y’a un dveloppement de l’imagination, les gens partent dans des rves..

R. G. : Vous pensez que c’est a qui est important, c’est... Peut-tre qu’on vit dans une socit, comme on disait tout l’heure, absolument prmche. Aujourd’hui, on a besoin peut-tre de faire travailler... de faire ouvrir un petit peu tout a, de faire des efforts soi-mme ; moi je crois beaucoup l’effort.

J.-M. R. : Oui, l’effort... L’effort est toujours rtribu par du plaisir. Vous savez... Flaubert disait " le gnie c’est 90% de transpiration, 10% d’inspiration ", on parlait hier de Serres, Michel Serres le philosophe qui disait " rien ne rsiste au travail ", c’est vrai qu’il y a un manque de rigueur et de travail pour aboutir aux choses, le gens croient que les choses arrivent, comme a, parce qu’il les faut trs vite.

R. G. : Justement le thtre c’est tout le contraire, le thtre ne se fait pas sans travail.

J.-M. R. : Oui, c’est tout le contraire. Mais j’dirais qu’il faut d’l’effort, et puis il faut aussi remettre une petite... j’dirais une petite graine de curiosit dans la tte des gens, c’est dire qu’il faut qu’les gens soient curieux, sachent que derrire cette espce de robinet d’eau tide qui passe devant leur cran toute la journe etc... ben si ils poussent un peu, y’a des choses plutt plus marrantes, plutt plus excitantes, et plutt plus satisfaisantes.

R. G. : Romain Bouteille ce micro disait que le seul moyen et le meilleur moyen de tuer le thtre c’est de le noyer sous un flot d’argent. Qu’est-ce que vous en pensez ?

J.-M. R. : Oui, alors... euh... Oui, je comprends a, et je vous dirai que l’argent ne nuit pas pour le thtre, faut pas exagrer non plus.

R. G. : Est-ce que c’est la faon dont on l’utilise qui change tout ?

J.-M. R. : Ben d’ailleurs... le noyer d’argent, moi j’ai jamais vu un thtre noy d’argent. Mais c’est vrai que... moi je n’suis pas un adepte du misrabilisme, c’est dire que la contrainte, certes, permet d’trouver des solutions, m’enfin y’a des limites tout, hein ? J’vais vous dire, quand Planchon, ou Chrau montaient des spectacles avec des budgets qui taient l’quivalent de c’qu’avaient 200 compagnies en un an, ben les spectacles ils taient plus beaux que s’ils avaient eu... 3f50. Parce que, ils avaient les plus grands dcorateurs, ils avaient les dcors les plus sublimes, videmment ! Ce qu’il faut c’est lier l’apport de l’argent avec les grands talents... mais...

R. G. : Et peut-tre les distribuer, en faire profiter le plus de monde possible ?

J.-M. R. : Oui, l aussi il faut faire attention. C’est dire, le saupoudrage est quelque chose qui est pas forcment la meilleure des choses. J’crois qu’il faut... Moi je pense que...

R. G. : Peut-tre qu’il faut tre... qu’il faut choisir un petit peu, peut-tre.

J.-M. R. : Oui. Je crois qu’y’a une politique culturelle qui doit tre un peu plus, aujourd’hui, dveloppe dans des missions prcises, et avec une politique qui veut aboutir l, et puis qu’on aide vraiment les projets.

R. G. : propos de politique culturelle, vous pensez qu’on pourrait mettre a... en faire une institution ? Qu’on pourrait instituer le fait que le thtre est pas quelque chose de... qu’on fait comme a quand on a l’temps et quand une socit est assez riche pour se reposer, que le thtre devrait tre institutionellement plus dvelopp, plus aid ?

J.-M. R. : Oui, il est trs aid en France, hein, faut pas... L, j’crois qu’il faut pas exagrer.

R. G. : a reste encore difficile pour les comdiens, les compagnies, les crivains.

J.-M. R. : Non, disons qu’il faut simplement que on donne, j’dirais un cahier des charges aux gens qui dirigent les CDN en disant " Vous d’vez monter, je sais pas, 40% d’auteurs d’aujourd’hui ". Voil, aprs, il choisissent c’qu’y veulent, c’est pas empcher la libert de cration.

R. G. : Est-ce que les directeurs de CDN joueraient le jeu ?

J.-M. R. : Ben il va falloir qu’ils le jouent un jour, parce qu’il y a un moment ils peuvent pas faire uniquement ce qu’ils font eux, en disant " C’est c’que j’fais, moi, ce qui est le mieux " et que... Encore une fois c’que j’disais tout l’heure " Vous n’avez jamais rien compris aux Joyeuses commres de Windsor ou Macbeth, je vais vous montrer vraiment comment on le monte etc ". Je crois que cette notion, d’ailleurs qui m’nerve, on dit une cration de Macbeth, c’est pas une cration. La cration, c’est un auteur d’aujourd’hui. Pour les compagnies, c’est vrai qu’il y a des compagnies formidables, c’est vrai qu’il faut... C’est comme les cours d’art dramatique, il faut faire attention, parce que... Une compagnie, demain matin, trois personnes dans la rue peuvent dire " on fait une compagnie ", et " on a droit tout ". partir du moment ou y’a 600.000 compagnies qui naissent chaque jour, y’a un moment o a veut plus rien dire non plus. Y’a des critres, comme pour les auteurs, hein, comme pour les auteurs...

R. G. : Qui pourrait voir a, si ce n’est les artistes eux-mmes ?

J.-M. R. : Je crois, si vous voulez, que on peut pas dire non plus que l’tat est forc de... d’abreuver tous les gens qui dcident du jour au lendemain de faire des choses, parce que l... enfin, l’tat c’est quand mme nous aussi, hein ?

R. G. : Oui, bien sr... L’argent public.

J.-M. R. : Voil, l’argent public. Non, je crois qu’il y a quelque chose qui doit s’faire. Moi j’crois qu’on d’vrait rflchir des plates-formes de... comme a de... il faut d’abord que les gens fassent un peu leurs preuves, quoi. Y’a un peu, au bout d’un certain moment... Si vous voulez, par exemple, pour les crivains Associs au Thtre, on avait dit : Pour rentrer des les EAT il faut avoir trois pices qui aient t joues professionnellement, et une pice dite compte d’diteur. C’qui veut pas dire grand chose, mais c’qui veut dire qu’au moins, les gens qui entraient l taient quand mme, par rapport la socit, reconnus comme des auteurs.

R. G. : Avaient dj un pied dans l’trier.

J.-M. R. : Voil. En tous cas c’que j’peux vous dire, c’est que c’que l’Rond-Point montre, parce que quand mme, qu’on nous donne... qu’on me demande de diriger un thtre si grand, sur les Champs lyses, hein, c’est pas quand mme derrire la Mairie d’Bagnolet... a veut dire qu’il y a un truc qui a chang. L, a... Y’a quelque chose qui a tourn, hein.

R. G. : Eh bien que dieu vous entende, et que a continue.

M. P. : Je voulais dire, quand mme, que ce qu’il y a de nouveau et d’important, je crois, dans ce que fait Jean-Michel Ribes, et ce qu’il se passe au Rond-Point, c’est cette rupture avec un certain thtre qu’on a connu pendant une vingtaine d’annes, c’est que... la limite on avait l’impression qu’on tait au thtre pour se demander ce qu’tait le thtre, c’tait surtout du commentaire, de l’analytique, et tout d’un coup on dit " mais faites du thtre ! crivez des pices ! et puis on verra, le public jugera ". Enfin voil. " Travaillez, existez, faites du thtre ". Moi j’ai eu l’impression... ces dernires dcennies, qu’on tait simplement dans un thtre qui s’analysait lui-mme, qui se desschait compltement. Je crois que c’est ce qui est nouveau actuellement avec le Rond-Point, et c’est ce qu’on essaiera de faire en Languedoc.

R. G. : En tout cas le Rond-Point reste comme une petite toile dans le ciel, comme l’toile du berger qu’on va suivre... assidment.

J.-M. R. : Et bien tant mieux, c’est gentil.

R. G. : Merci beaucoup de votre prsence et de votre patience.

J.-M. R. : Merci vous, au revoir.

propos recueillis par Rodolphe Gayrard.


 
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