- Accueil du site
- Espace Expression Libre
- Jean-Marie Viargues
mercredi 16 octobre 2002, par ,
Pour que la lumière accroche ses toiles, il glisse sous l’acrylique des matières multiples. Des reliefs organiques qui donnent une dimension supplémentaire au travail de l’artiste. Rencontre avec Jean-Marie Viargues.
Jean-Franois Rigaudin : Jean-Marie Viargues bonjour, "Matires et couleurs", c’est une exposition qui porte bien son nom. Quand on la voit, on voit effectivement qu’il y a beaucoup de couleurs, des couleurs assez vives, assez chatoyantes. Et puis de la matire... c’est une exposition en couleurs et en relief.
Jean-Marie Viargues : Oui, tout fait, c’est a. L’intrt de la matire c’est videmment de faire vibrer la couleur, arriver... tirer des ombres en fonction de l’clairage, en fonction du lieu o c’est pos. Faire changer, faire chatoyer aussi la toile.
J.-F. R. : a prend pas mal de votre temps mme si vous n’tes pas professionnel... Quel est votre parcours ?
J.-M. V. : Alors... J’ai toujours peint, j’ai toujours dessin, j’ai fait beaucoup de peinture "classique" et c’est vrai qu’ force de travail, on se sent un peu libr de toutes les contraintes techniques qui peuvent exister sur un travail classique, et on s’aperoit assez rapidement que a devient un espace de libert total, et partir de ce moment l sont apparus... les collages, la matire, les nuances de couleurs.
J.-F. R. : Quels sont les peintres qui vous on plu, et peut-tre vous ont inspir dans le travail que vous nous proposez aujourd’hui ?
J.-M. V. : ce niveau l je suis compltement clectique... Autant je suis vraiment passionn par notamment les peintres de la renaissance. Bien avant, videment, par tout ce qui est art primitif, art premier, et plus rcemment, a peut aller de Basquiat, en passant par Monory et bien videmment, un peintre que j’adore et qui s’appelle Georges Rouault.
J.-F. R. : Des peintres qui ne sont pas trs connus du grand public ?... Par contre le mouvement expressionniste vous a beaucoup influenc aussi.
J.-M. V. : Oui normment. Quelqu’un comme Egon Shiele, par exemple, qui avait une capacit de dessin tout fait exceptionnelle. Arriver rendre ce qu’il rendait avec juste un seul trait et trois touches de couleur, c’est quelque chose qui m’impressionne vraiment beaucoup, cette sret.
J.-F. R. : Quand on voit vos toiles, on pense tout de suite la BD, on va revenir l dessus, mais j’aimerais que vous nous racontiez un peu comment on s’est rencontr cet t, lors d’une expo avec quelqu’un qui est grafeur, et un peu votre binme...
J.-M. V. : Oui tout fait. Il s’agit de Jean-Luc Verune qui est actuellement... qui travaille l’arographe. En fait, on a commenc rellement travailler ensemble notamment sur des pastels, et puis au niveau pictural nos chemins se sont un peu spars, moi je me suis orient effectivement vers un travail de matire et couleur, et lui sur quelque chose d’un peu plus fantastique... l’arographe, avec beaucoup de fondus.
J.-F. R. : Le fantastique... on en retrouve aussi dans vos toiles. Les influences par rapport la BD. Ce travail que vous avez fait avec cet autre artiste, est-ce qu’il vous permet d’avancer, d’enrichir votre faon de peindre, ou est-ce que vous avancez cte cte sans trop forcment ?...
J.-M. V. : Je crois qu’actuellement, on avance plutt cte cte, sans forcment s’influencer l’un l’autre. Maintenant c’est vrai que la BD est assez importante dans notre travail tous les deux, c’est quelque chose qui nous a beaucoup influenc comme le graffiti, le graf, qui actuellement fleurit dans les villes, qui met de la couleur un peu dans la ville.
J.-F. R. : Enfin... pas toujours de manire heureuse d’ailleurs. C’est votre avis ?
J.-M. V. : Pas toujours de manire heureuse, oui bien sr, tout fait. Moi, je distingue ce qu’on peut appeler le tag et puis le... le vrai graf’, la fresque. C’est vrai qu’il y a des fresques qui sont tout fait extraordinaires.
J.-F. R. : Tout le monde n’est pas artiste... les tags, c’est plutt un problme de socit qu’un problme artistique...
J.-M. V. : Oui. Puis je pense que a repose aussi sur une certaine culture associe au hip hop galement.
J.-F. R. : Vous lisez des BD ?
J.-M. V. : Je lis des BD, oui, bien sr.
J.-F. R. : Qui ? Quoi ?
J.-M. V. : Alors moi j’ai une passion, comme beaucoup de monde d’ailleurs, pour Enki Bilal, qui non seulement est... fait des BD extraordinaires, mais est galement, je pense, un peintre majeur. Je pense notamment un de ses derniers livres, sur Tchernobyl, o il a russit rendre une atmosphre tout fait extraordinaire.
J.-F. R. : D’autres influences ? Musicales, par exemple ? Est-ce que quand vous peignez dans votre atelier, vous avez besoin de musique pour peindre ?
J.-M. V. : Alors pas du tout. Parce que... si j’coute de la musique, je l’entend pas. Quand je peins, je suis trs concentr sur ce que je fais, et j’ai essay plusieurs fois, mais effectivement, j’arrive pas faire les deux, couter la musique et peindre. En revanche, en dehors des moments o je peins, oui oui, la musique c’est quelque chose de trs trs important dans ma vie.
J.-F. R. : Donc vous n’avez pas besoin de la musique pour peindre. C’est pas quelque chose qui peut vous aider porter...
J.-M. V. : Pas du tout. Pour peindre non, par contre pour tout ce qui est conception, travail de composition, oui srement, bien sr.
J.-F. R. : Vous avez une manire particulire de travailler. Vous n’tes pas un peintre qui arrive sur une toile vierge, neuve, plane. Vous aimez plutt peindre sur de la matire pour avoir du relief... vous ne savez pas faire autrement ?
J.-M. V. : Si, j’ai fait beaucoup de travail classique auparavant, o je travaillais effectivement sur la toile vierge, sans travail de matire, et je trouve que le travail sur la matire est quelque chose de trs intressant, et puis en plus, je trouve que a apporte beaucoup aux tableaux, beaucoup au niveau visuel, et surtout beaucoup au niveau de la lumire.
J.-F. R. : Vous travaillez aussi avec des matriaux que vous recyclez. L, sur un tableau, on voit des bandelettes, on voit aussi du raphia, du sable... C’est aussi un travail presque... colo ?
J.-M. V. : Oui un petit peu. Je crois que l’intrt c’est aussi de travailler avec ce qu’on a sous la main, tous les jours, de pouvoir les prsenter autrement que comme on les voit d’habitude. Et puis partir du moment o ce sont des matriaux naturels, je considre effectivement que ce sont des matriaux qui sont nobles.
J.-F. R. : La peinture proprement dite, les pigments, vous les travaillez comment ? Vous parliez tout l’heure d’arographe, ce n’est pas une technique que vous utilisez.
J.-M. V. : Non, je travaille essentiellement l’acrylique, ce qui permet un schage assez rapide, et je l’applique au pinceau, et ventuellement la raclette, par endroits.
J.-F. R. : Dans ces tableaux, il y a un profil, ou une face, ou un fil rouge qui revient en permanence, c’est un visage. Vous tes sensible aux arts premiers, c’est un visage qu’on pourrait voir au muse des arts premiers de Paris...
J.-M. V. : Oui. Au dpart, j’ai eu un coup de coeur pour une statue grecque, une statue archaque. Cette forme compltement driv au fur et mesure du travail, et a a abouti ce visage un peu rcurent qui revient trs souvent...
J.-F. R. : C’est la conscience du tableau ?
J.-M. V. : Un petit peu, ouais, et il permet d’exprimer un instant vol, une motion, un peu de rve.
J.-F. R. : Dans la manire avec laquelle vous peignez, il y a souvent des traits qui fuient. Pourquoi ?
J.-M. V. : C’est assez particulier. Les formes ou les personnages sont cerns de noir. a donne quelque chose d’effectivement... cloisonn, comme dans le travail du vitrail notamment. Et le fait de laisser partir ces traits l’extrieur, a permet d’ouvrir, d’ouvrir le sujet sur le fond, sur l’extrieur, sur tout l’espace qui entoure ce sujet.
J.-F. R. : Dans cette srie de huit tableaux, on sent une unit. Est-ce que vous travaillez sur des sries ?
J.-M. V. : Oui, je pense que c’est trs important de travailler de faon aller un peu au bout de la chose, d’explorer toutes les limites de cette technique la, que ce soit au travers de paysages, de personnages, de nature mortes. Essayer... oui vraiment essayer d’aller un petit peu au bout de la technique.
J.-F. R. : Y-a-il des sujets que vous n’avez jamais traits, ou que vous vous interdisez de traiter ?
J.-M. V. : Pas du tout. C’est essentiellement actuellement des sujets imaginaires. Donc, a part de rves, de nuances de couleurs qui viennent, de composition...
J.-F. R. : Il y en a deux qui ne le sont pas du tout, imaginaires, un taureau... La bouvine, la tauromachie, c’est quelque chose que vous suivez ?
J.-M. V. : Non, c’est tout fait par hasard. Personnellement, je ne suis pas originaire de la rgion, et j’ai pas de culture taurine. En revanche, le taureau en tant qu’animal, je trouve qu’il reprsente vraiment la force. Et esthtiquement, c’est quelque chose qui m’avait bien plu, donc j’ai essay de le traiter d’une faon originale. Mais c’est vrai que je n’ai pas de culture bovine ou tauromachique.
J.-F. R. : Il y en a un qui reprsente les deux cyprs clbres de l’aire de St Auns, immortaliss dans un film avec Sandrine Beaunaire, "Sans toit ni loi". Pourquoi ce sujet ?
J.-M. V. : Ces cyprs sont compltement anachroniques, au milieu d’une zone qui devient de plus en plus urbanise, entre l’autoroute et le centre commercial. Je trouve que c’est assez extraordinaire de trouver ces deux cyprs sur cette bute.
propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin.










