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Jean Louis Murat

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dimanche 16 janvier 2000, par Gilles Gouget, Manuel Plaza

Comment se fait-il que l’on soit prêt à tout pardonner a Jean Louis Murat ? Son ego surdimensionné, son cynisme complaisant, son maniérisme érotomane, ses fautes de goût qui le font naviguer du sublime au ringard, ses gros sabots de paysan-poète, ses clichés bucoliques....voire son talent ? Et si Murat était tout simplement un chic type ? Vérification après une heure d’attente devant la loge de l’Auvergnat, avant son concert du 18 février à la salle Victoire 2...

M. P.

Manuel. Plaza. : Pas trop dur les interviews la chane, comme a ?

Jean-Louis Murat : Oh, l, c’est rien. Comme j’aime pas a , il m’est arriv de tout grouper et de faire 2 jours de promo non-stop. Aprs a, tu rentres chez toi, tu sais plus o tu es !

M. P. : Pourquoi es tu all enregistrer Mustango aux tats-Unis ?

J.-L. M. : a me paraissait naturel de remonter un jour la source des musiques qui m’alimentent. Le blues m’influence plus que la bourre auvergnate.

M. P. : Tu as collabor sur cet album avec des musiciens renomms dans le milieu underground amricain (Calexico, Marc Ribot, Elysian Fields). Quelle a t leur raction ?

J.-L. M. : Ben... si t’es sympa... et pour tre plus prosaque, si tu as les moyens, a va. Les amricains sont trs ralistes l-dessus. En France, tout est trop cloisonn ; impossible, par exemple, de travailler avec des gens issus du milieu hip hop ou gospel comme j’ai pu le faire l-bas. a m’a fait beaucoup de bien d’tre considr comme un musicien ; ici, on ne considre mon travail que sous l’angle de la posie,de l’image ou du caractre. Pour les gens du milieu ind de New York, je suis LE franais qui figure sur la compilation "I’M YOUR FAN" (NdR : hommage Leonard Cohen, avec R.E.M, Pixies, Nick Cave, entre autres). Et puis Robert Wyatt a aussi dclar un jour un journal New Yorkais que Dolors tait son album prfr de 1998. Tout a m’a fait de bonnes cartes de visite qui avaient du sens pour les gens que j’ai sollicits.

M. P. : ...En coutant la radio un de tes rcents concerts, j’ai t surpris par l’ambiance lctronique, assez loigne de la teinte accoustique de Mustango.

J.-L. M. : J’aime beaucoup le changement, et le fait d’avoir bouff du folk-rock pendant 6 mois, a m’a donn l’envie d’aller voir ailleurs... et puis financirement, c’tait impossible de tourner avec les musiciens amricains, alors essayer de rejouer l’album tel quel avec des musiciens franais, a pouvait pas marcher, y’a pas crit Eddy Mitchell, l ! Du coup, je prfre les machines. Et puis les gens qui m’accompagnent sur scne sont des vieux potes.

M. P. : Quel est ton point de vue, justement, sur la scne lctronique franaise, ce qu’on appelle la "french touch" ?

J.-L. M. : Mon ide, c’est que les gens de cette gnration-l ont voulu court-circuiter la connerie des maisons de disques, avec leurs petits moyens, en bricolant la maison. C’est pas une option artistique, mais plutt le fait des circonstances. La french touch est un peu marginale, par rapport au show business, c’est un peu notre musique ind nous. De la musique underground faite par des petits bourgeois...

M. P. : Tu as t un des premiers artistes franais t’interresser internet ; comment vois-tu l’arrive, dans l’industrie du disque, de nouveaux moyens de diffusion, comme le MP3 ?

J.-L. M. : Je pense que les maisons de disques ont dja un pied dans la tombe, bientt le second, et tant mieux ! Ce sont des empires de la btise, des mastodontes qui laisseront aux musiciens le souvenir d’un mur de la btise. Que celui l s’croule, 10 ans aprs celui de Berlin, a ne peut faire que du bien. Tout ce qui fait exploser le show biz, je suis d’accord, fond.

M. P. : Comme le fait de communiquer directement avec tes fans, via ton site ? Tu entretiens avec eux une relation assez privilgie, quasi fusionnelle et exclusive...

J.-L. M. : En fait, je n’aime pas la communication via les gros mdia classiques qui souvent dforment tes propos o vhiculent de toi une image strotype. Internet permet d’avoir une relation plus directe, plus gnreuse, dans l’change. Le coeur de mon mtier se trouve dans le rapport exigeant qu’on peut tablir entre soi et ses fans, c’est pourquoi je suis vraiment pas ingrat avec eux ; sur mon site, ils trouvent des titres indits, des infos, une galerie de peintures, un forum de discussion... En retour, tu les sollicites sur tout un tas de questions : a va du choix du single leur opinion sur tes prises de position dans la presse...

M. P. : Tiens-tu compte de leurs rponses ?

J.-L. M. : Dans une certaine mesure, oui... Rcemment je leur ai demand si je devais aller chez Drucker ou pas ! (rires) ...mais bon... a me permet surtout d’quilibrer l’image que je me trane de mauvais coucheur, de mec qui fait tout le temps la gueule, pleurnichard, limite suicidaire... cette image l, plus je vais dire qu’elle me fatigue, plus a va la renforcer, alors j’ai arrt de me battre contre a.

propos recueillis par Manuel Plaza.

P.-S.

Jean Louis Murat, le site officiel.


 
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