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- Jean-François DESSERRE, Laurent CRENN, et Jean-Louis MARCO
dimanche 23 avril 2000, par
Jean-François Desserre, Laurent Crenn, et Jean-Louis Marco partagent une même passion, la bande Dessinnée. Ils ne semblent pas pour autant partager les mêmes conceptions de ce medium moderne, même entre deux moments de franche rigolade...
Jean-François Fernandez les a passés à la question...
Jean-Franois Fernandez : ...Une fois n’est pas coutume, l’Espace Expression Libre de Divergence reoit de la bande dessinne. On va rentrer dans le vif du sujet : qu’est-ce qui vous a fait vous recontrer au travers de la bande dessinne... on va faire un tour de table, Laurent ?
Laurent Crenn : J’ai rencontr Jean Louis aux Beaux-arts de Pau, et de l, on a pens monter un fanzine de BD, uniquement pour se faire plaisir. Et puis si a pouvait plaire d’autres, tant mieux.
Jean-Louis Marco : Y’avait d’autres personnes aussi...
L. C. : ...on tait pas tout seuls, y’avait son frre, Victor Marco, qui dessine mieux que lui (rires), qui est rest sur Pau et qui s’occupe d’un fanzine qui s’appelle Good Stuff. C’est parti comme a, puis on a dcid de faire a plus srieusement...
J.-F. F. : C’est devenu srieux quand ?...
L. C. : On s’est jamais vraiment pris au srieux mais bon...
J.-L. M. : On sait qu’on est publiables, c’est devenu srieux !
L. C. : ...a tatonne, quoi... mais a s’est affin au fur et mesure.
J.-F. F. : Vous avez pass votre adolescence lire des BD ?...
L. C. : ... lire des BD, dessiner des monstres, des conneries comme a. Y’en a d’autres qui dragaient les filles et tout...
J.-F. F. : Vous, vous dessiniez...
L. C. : On restait seul dans notre chambre...
J.-F. F. : Les introvertis, c’est souvent l’image qu’on donne aux dessinnateurs. Le boutonneux lunetteux seul dans son coin... Vous, c’est pas votre cas...
L. C. : C’est pas tout fait a...
J.-L. M. : ...on est plutt pas mal.
J.-F. F. : Toi, Jean Franois, tu y es arriv comment, la BD. Qu’est-ce qui t’as pouss vers cet univers l ?
Jean-Franois Desserre : Moi j’ai toujours dessin, depuis que je suis tout petit, j’ai toujours voulu tre dessinateur de BD, et maintenant je le suis. Depuis tout petit, et puis aprs, le parcours, les Beaux Arts, etc... Maintenant mes activits se scindent un peu en deux, il y a l’art plastique, et puis la BD, mais... a a toujours t une constante.
J.-L. M. : Je voudrais dire un truc, c’est qu’on est pas oblig de faire les Beaux Arts pour faire de la BD. Faut surtout pas croire a.
J.-F. F. : ...a s’apprend aussi tout seul ?
J.-F. D. : Oui. En lisant, et au travers des autres dessinateurs... si on a l’occasion de rencontrerdes professionnels qui font des ddicaces ou des trucs comme a. Ils peuivent donner des petits conseils, mais ce sont de bons conseils qui aident.
J.-F. F. : On va prsenter vos styles respectifs... Chez vous trois, il y a deux univers qui se dtachent. Jean-Francois est compltement part... Tu t’inspires beaucoup de la littrature, du cinma du dbut du sicle...
J.-F. D. : C’est quelque chose qui est venu en travaillant, encore une fois. A force de faire normment de croquis, de toujours me trimballer avec un carnet, il y a quelque chose qui s’est dgag et qui aprs, peut s’aparenter ce style l... un peu "BD d’auteur". Pour moi, il y a des enjeux plastique qui pour moi ne sont pas exactement les mmes que ceux que l’on trouve en BD. Le ct bien lch de certaines choses... c’est pas de la BD coneptuelle, mais presque...
J.-F. F. : Tu as fait une adaptation de "La Mtamorphose" de Kafka, tu travailles aussi sur Ivan le terrible, de Serge Eisenstein, un cinaste du dbut du sicle. Qu’est-ce qui te fais travailler l-dessus ?
J.-F. D. : Il y a quelque chose qui se rejoint dans les deux. Quand j’ai lu le Kafka, y’avait un univers en noir et blanc qui s’en dtachait quand j’y pensait, quelque chose d’expressioniste. Pour Eisenstein, c’tait pareil pour l’expressionisme, avec la lumire... Quand j’ai dvelopp ce travail l, a m’a paru une vidence.
J.-F. F. : Tu utilises un concept assez nouveau dans la BD, celui de faire une planche de douze cases, vierges, puis de demander une personne de te raconter une histoire, que toi tu vas croquer. C’est plutt nouveau comme ide...
J.-F. D. : ...toujours dans l’ide du croquis, je notais souvent des bribes de phrases dans ce qu’il se passait autour de moi, et je me suis apperu que cela pouvait constituer un univers, une tranche de vie, et j’ai donc demand assez rapidement des gens de "poser", et il se trouve que a fonctionne bien. Des fois les gens n’ont pas grand chose raconter, mais il y a quelque chose qui reste, qui se dit quand mme, par l’attitude, les regards.
J.-F. F. : Ta dmarche est donc dans l’observation...
J.-F. D. : C’est a, l’observation... c’est un peu comme du cinma... aprs, c’est qu’une question de dcoupage.
J.-F. F. : Tes compres, eux, Laurent et Jean-Louis, ont des ides compltement diffrentes en BD.
L. C. : a, on peut le dire !
J.-L. M. : On est moins intelligents... (rires)
J.-F. F. : Ils sont beaucoup plus... tu peux nous parler de ton style, Laurent ?
L. C. : Mon style, c’est un style comique. J’tais forc de faire du comique quand j’ai vu les dessins de Jean-Louis et de son frre, qui faisaient du dessin srieux et trs trs beau. Donc je me suis dit, moi je vais faire autre chose, du comique, du dessin un peu mal fait, et puis voil. Je me suis rendu compte que je m’amusais plus faire a qu’ essayer de faire un truc srieux.
J.-F. F. : Tu es aussi influenc par le comics amricain... Tu aimes beaucoup les scnes de bagarre, les scnes d’action, d’o a vient ?
L. C. : J’aime bien Mignola, qui fait de trs bonne scne de bagarre ; Fank Miller aussi. C’est dfoulant...
J.-L. M. : C’est surtout une agressivit refoule...
J.-F. F. : Toi, Jean Louis, tu es un peu dans le mme univers, mais avec un style graphique assez diffrent.
J.-L. M. : C’est parce que... je n’arrive pas choisir. Il y a plein d’univers qui me plaisent... J’ai travaill sur des illustrations pour enfants, un peu naves, et ct de a je fais des choses plus "brutales". Je crois que a dpend de ce que l’on aime lire en BD, moi j’essaie de faire une BD qui resemble celles que j’aime lire. Je cherche travailler des univers un peu dcals, o tout se mlange, le comics amricain, la BD "srieuse", et aussi le manga, qui est la russite d’un mlange d’action et d’humour.
J.-F. F. : Est-ce que a vous arrive de travailler ensemble sur des projets communs ?
Tous les 3 : Houla !... euh... (rires). Peut-tre sur des scnars, pour trouver des ides... mais pas vraiment au niveau du dessin, c’est compliqu. On est beaucoup trop gostes...
J.-F. F. : Laurent, tu sors un fanzine qui s’appelle La Chose Comics, assez rgulirement. Tu as dvelopp un personnage assez tonnant, qui s’apelle Bouyoul, tu peux nous en parler ?
L. C. : Alors, Bouyoul est un gros dinosaure vert. C’est un personnage qui n’a pas de sang-froid, et qui a tendance pter les plombs assez rapidement, et qui fait surtout du mal aux petits enfants. C’est un contre-Casimir.
J.-F. F. : Tu portes un T-shirt Bouyoul... Est-ce que Bouyoul est une projection de toi-mme ? Es-tu dangereux ?
L. C. : Non... c’est pour se dfouler.
J.-F. F. : Et vous deux, vous en faites ?
J.-F. D. : Moi, les fanzines... j’en lit pas... a m’ennuie...
L. C. : C’est super sympa...
propos recueillis par Jean-Franois Fernandez










