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Jean Claude Fall


mardi 15 octobre 2002, par Gilles Gouget, Jean-François Rigaudin

Jean Claude Fall, homme de théâtre et citoyen actif, ne mâche pas ses mots dans les colonnes de Libération, ni sur les ondes de Divergence.

Rencontre avec Jean-François Rigaudin.

J.-F. R. : Bonjour Jean-Claude Fall, vous tes directeur du thtre des treize vents, alors on va bien sr parler de la programmation de votre scne nationale, on va aussi et d’abord parler d’Oktobre, mais avant tout j’aimerais que vous nous parliez un peu de ce qu’il se passe, de ce qui se trame au niveau culture en France, puisque vous tes le prsident du Syndicat des Entreprises Artistiques et Culturelles. J’aimerais donc que l’on parle de vos inquitudes par rapport au budget de la culture 2003. La semaine dernire il y avait un article dans Libration, vous tiez interview dans les pages culture, sur vos inquitudes sur ce que le nouveau gouvernement de Jean-Pierre Raffarin tait en train de mettre en place, j’aimerais d’abord que vous nous en parliez un peu, est-ce que cet article a fait ragir, Paris ?

J.-C. F. : Il a fait ragir, c’est le moins qu’on puisse dire ! Les ractions ont t trs brutales mme... Oui, la situation de la culture avec l’arrive au pouvoir de la droite en France... est proccupante, rellement. On a vu ce que a a donn au municipales. Nous avons un exemple tout prs de chez nous des dangers que la culture, que l’ide de service public de la culture, c’est dire d’une exigence culturelle et artistique en termes de cration, que l’arrive au pouvoir d’hommes de droite peut faire courir, pas toujours, dieu merci, y’a des gens de droite trs clairs sur ce terrain la, mais parfois, oui, l’arrive au pouvoir de ces gens peut tre une mise en danger srieuse. Donc, premire chose, c’est ce qu’il s’est pass aprs les municipales. On a vu une trentaine d’exemples d’entreprises menaces directement, en terme de subvention, en termes de locaux, expulss de locaux, etc, un eu partout. Ca c’est une premire chose. La deuxime chose a a t les annexes huit et dix, vous savez qu’il y a un statut particulier des intermittents du spectacle dans notre pays depuis longtemps. C’est un acquis extrmement important que beaucoup de pays nous envient, que certains commencent essayer d’imiter. C’est un systme trs difficile mettre en place, et une fois qu’il est mis en place, a a une importance capitale pour la vie de la cration dans un pays. Des menaces ? Plus que des menaces, l ce sont des coups qui ont t ports ce statut.

J.-F. R. : a a t trs concert : des augmentations de charges...

J.-C. F. : On a doubl les cotisations patronales et salariales des intermittents du spectacle pour le chmage, et des menaces trs srieuse sur le statut lui-mme. C’est dire que le MEDEF, trs clairement, exige, demande, de manire trs insistante, la disparition de ce statut.

J.-F. R. : Pure et simple ?

J.-C. F. : Pure et simple, oui. Et la cration d’une caisse spciale, gre par les intermittents eux-mmes, et qui se dbrouille, quoi. Le discours du MEDEF c’est de dire que nous sommes, enfin que les intermittents du spectacle sont une bande de feignants, incapables et prbendiers, comme ils disent, c’est dire qui utilisent comme a leurs connaissances pour... Enfin, c’est une... c’est un mpris absolu pour la culture et pour l’art dans ce pays que manifeste le MEDEF depuis longtemps. Et donc, voil. L, cette deuxime menace, ces menaces ont t suivies des faits, donc par ce doublement des cotisations qui a t exig par le MEDEF, et qui a t agr par le gouvernement, c’est dire que le gouvernement a t d’accord pour mettre en place cette mesure.

J.-F. R. : Concrtement, c’est appliqu aujourd’hui. C’est dire que toutes les entreprises culturelles qui emploient des intermittents voient leurs charges doubles ?

J.-C. F. : Oui. a ressemble fort une sanction, une mesure disciplinaire et une mesure idologique. Troisime chose : des menaces ont pes sur le budget 2002, un collectif budgtaire tait plus ou moins dans l’air et on a demand (je dis "on " parce que a a t dmenti plusieurs reprises, et c’est pourtant bien rel) ? les DRAC avaient ordre de geler une partie de leur crdit, entre 3 et 6% a dpendait des endroits, visiblement. Un gel de crdit annonce en gnral des annulations de crdit en fin de parcours. Donc certaines entreprises ont t averties qu’il y aurait probablement des annulations de crdits. Nous avons ragi trs fortement ces annonces, c’tait un des lments de l’article de Lib, et on a appris ? j’ai appris hier que le gel tait subitement dgel. Voil, donc il y avait un dgel trs brutal, un rchauffement de l’atmosphre... c’est le rchauffement de la plante, je sais pas ! Mais enfin c’est vrai que cet article, au moins, a fait son effet, y’a eu un dgel immdiat de quasiment tout le budget 2002. Il y a un gel marginal de moins de 1% semble-t-il, et qui n’aura aucune rpercution en terme d’annulation de crdit, sur les crdits de fonctionnement des entreprises du spectacle. Donc l dessus, on a obtenu des assurances, ce qui est bien. Et sur le budget 2003, nous disons depuis le dbut " certes les crdits d’interventions directs du ministre sur le spectacle vivant vont tre augments, ce qu’on appelle le titre 3 et 4 du budget de la culture, mais le budget du ministre lui-mme sera diminu ". On le sait, il sera amput entre 4 et 5%.

J.-F. R. : Chirac, je crois, s’tait engag ce que ce budget ne baisse pas, globalement.

J.-C. F. : Voil. Il avait dit deux choses : non, le budget du ministre de la culture ne sera plus jamais une variable d’ajustement du budget de l’tat, et il avait dit aussi qu’il y aurait sanctuarisation du budget de la culture. Alors si les mots ont encore une sens, le budget de la culture n’aurait pas du diminuer de quoi que ce soit, et il aurait du rester au moins 1% du budget de l’tat. Or il sera moins de 1% du budget de l’tat, il sera amput, donc. On nous dit " mais c’est un jeu d’critures, parce ce qu’en fait on a rcupr des crdits de paiement inutiliss etc ". Certes, mais cette amputation de crdit du budget de la culture, cette amputation, plutt que de redonner cet argent rcupr sur les crdits de paiement Bercy, ils auraient trs bien pu tre utiliss pour des choses beaucoup plus importantes que la petite conomie qui aura t ralise : savoir amnagement du territoire, commencer, recommencer parler en termes d’amnagement du territoire, relancer la dynamique de la cration travers des mesures nouvelles la hauteur des demandes et des besoins. On sait qu’on a prit 20 ans de retard, grosso modo, depuis maintenant dix ans, les budgets stagnent ou rgressent. Donc on est en danger, on est dans une situation de prcarit extrme. Donc cet argent aurait pu tre mieux utilis, et il aurait pu aussi tre mieux utilis par le ministre lui-mme. On sait que dans les DRAC, il y a des sous effectifs qui psent sur le fonctionnement, sur la relation que nous pouvons avoir les uns avec les autres. On manque d’interlocuteurs, on manque d’inspecteurs qui puissent faire leur travail jusqu’au bout, etc. Y’a eu des grves dans des DRAC cause de ces problmes de sous effectifs. On nous dit qu’on va supprimer 150 emplois dans le ministre de la culture. Y’a l des...

J.-F. R. : Justement, vous attribuez a quoi ? une conjoncture que l’on dit difficile dans les mois venir, au niveau conomique ? Ou alors une volont manifeste de la droite de ? d’ailleurs lors de la confrence de presse vous avez utilis la formule d’une droite " revancharde " par rapport ce que la gauche avait fait au niveau culturel ? revenir sur certains acquis ?

J.-C. F. : Je pense qu’on est dans un moment de restauration, c’est dire que c’est un peu... la restauration. On essaie de revenir en arrire, a c’est clair. a se voit un peu partout, videmment le plus visible, c’est les 35 heures videmment. Mais au del des 35 heures, l’envie de revenir en arrire, de revenir avant 81, mais mme je pense que l’envie de revenir en arrire est bien plus importante que a, je pense qu’on a envie de revenir avant le sicle des lumires, la barbarie de l’re pr-industrielle.

J.-F. R. : C’est pas trop fort, un peu ?

J.-C. F. : Non, je ne crois pas. Je crois qu’on est dans cette chose la.

J.-F. R. : Donc la conjoncture n’est qu’un prtexte votre avis ?

J.-C. F. : Je crois qu’il y a une volont de reprendre les rennes d’une politique culturelle qui serve les intrts des privilgis, des nantis, des bourgeois, etc. Je crois qu’il y a cet objectif la. Maintenant, je ne jette pas la pierre dans la cour de Jean-Jacques Ayagon, qui est un ministre de la culture sur lequel on peut esprer qu’il rsistera cette tentation, parce que c’est pas du tout son point de vue ni sa manire de voir une politique pour l’art et la culture dans ce pays. Mais il fait partie d’un gouvernement, et ce gouvernement fait partie d’un mouvement social qui existe, qui est pas si fort que a (on pourrait mme dire qu’il est faible dans ce pays) mais il a le pouvoir, et il a tous les pouvoirs. Je pense que nous avons fait l’erreur de donner tout le pouvoir cette partie la de notre nation, et je trouve que c’est dangereux. Je suis pas le seul le penser, a a t beaucoup dit par tous les analystes politiques, mais je pense que sur le terrain de la culture le danger est rel.

J.-F. R. : Alors la mobilisation au niveau de votre syndicat, j’imagine, est forte. Qu’est-ce que vous envisagez si le gouvernement qui l’air de revenir un peu sur ce qu’il disait, ne respectait pas ses nouveaux engagements ?

J.-C. F. : Oh, vous savez, on a des moyens assez faibles finalement d’action, si ce n’est le discours. Nous sommes des hommes de parole donc nous dirons ce que nous avons dire, et si les choses se dtriorent rellement, ce que je n’espre pas, il semble que le budget 2003 pour le secteur dont nous parlons ne sera pas mauvais, donc on va pas non plus jeter le bb avec l’eau du bain, mais sur le terrain de la sanctuarisation du budget de la culture, l, nous dirons ce que nous avons dire, c’est dire que Jacques Chirac, une fois de plus, nous aura menti.

P.-S.

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