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JEAN-MICHEL PARAIRE

le violon catalan


jeudi 22 juin 2000, par Pascal Jaussaud

Depuis près de vingt ans, Jean-Michel Paraire s’emploie à faire reconnaître les musiques catalanes, et plus précisément les traditions de la région des Aspre. Orientant ses recherches sur le jeu de violon en Catalogne, il rencontre le dernier musicien. Conscient de détenir un répertoire oublié, il fonde l’association Tradi-Aspres afin de transmettre cet héritage. Juste avant de rejoindre Lorient, où il encadrait un stage de fabrication d’anches en roseau dans le cadre des Rencontres Interceltiques, il nous a présenté cette association.

Pascal Jaussaud : Jean-Michel Paraire, tu joues du violon depuis combien d’anne ?

Jean-Michel Paraire : Au dbut des annes 70, comme d’autres, j’ai dcouvert les musiques traditionnelles en tombant fou amoureux des musiques celtiques. Jusque-l, j’coutais du rock, jouais la guitare les rpertoires de Brassens, Moustaki, etc. Le musicien qui a fait “basculer” mes oreilles vers un nouveau style musical fut Alan Stivell. C’est en entendant Ren Weerner, son violoniste, et notamment un hornpipe intitul “The king of the fairies”, que j’ai eu l’envie de me mettre au violon, en 1977.

P. J. : Et tu commences en tudiant la musique irlandaise. La musique catalane n’est arrive que plus tard ?

J.-M. P. : Trois annes aprs, en rencontrant Maties Mazarico. Je ne pensais pas qu’il y avait tant de rpertoire ici. Je crois que la musique de cobla a masqu pendant longtemps une partie de la musique populaire, notamment la cornemuse catalane, le sac de gemecs, dont on avait oubli l’existence. Avec Maties, de dcouverte en dcouverte, j’ai appris du rpertoire, pour ensuite recentrer mon travail sur la tradition de violon en Catalogne. J’ai cout de vieux enregistrements de cobles des annes 50 pour mieux interprter les pices danser.

P. J. : Tu as rencontr d’anciens violoneux ?

J.-M. P. : Avec Raymond Gual, musicien avec qui j’ai cr le groupe Crescendo, nous avons rencontr Peret Blanch, le dernier violoneux catalan. En recherchant galement travers de nombreux documents, on s’aperoit qu’il y a eu une pratique du violon la fin du XVIIIe et jusqu’au dbut du XXe sicle, surtout dans la partie pyrnenne de la Catalogne.

P. J. : De quel endroit tait originaire Peret Blanch ?

J.-M. P. : Il habitait juste derrire la frontire, Beget (Alta Garrotxa), 1h30 de marche de Lamanre, ct de St-Laurent de Cerdans. N en 1917, il est dcd 76 ans.

P. J. : Que sait-on de ses activits musicales ?

J.-M. P. : Il tait muletier, trajiner, comme on dit en catalan. Mais il se produisait, faisait danser les gens. On peut dire qu’il s’agissait d’un violoneux de “troisime gnration”. Au dbut des annes 90, il nous disait Mon grand-pre aurait 150 ans, aujourd’hui.... Il avait ainsi par son pre, violoneux galement, hrit du rpertoire de son aeul.

P. J. : Que jouait-il ?

J.-M. P. : Son rpertoire tait tout aussi bien compos de scottiches ou valses que d’autres pices la mode qui pouvaient faire danser. Comme la plupart des musiciens traditionnels, qui ont toujours interprt la musique de leur rgion en mme temps qu’ils ajoutaient des compositions et des chansons plus rcentes, entendues la radio ou au gr de la prestation d’un orchestre invit pour la fte du village. Il jouait certaines formes de sardanes anciennes, des sardanes “l’ancien usage”. D’ailleurs, s’il n’avait pas t collect, il aurait emport avec lui une partie de son rpertoire, puisqu’il jouait l’oreille, donc ne notait pas ses morceaux, morceaux qui n’ont jamais t retrouvs ailleurs.

P. J. : C’est pour faire connatre le rsultat de toutes ces recherches que tu dcides de crer l’association Tradi-Aspres ?

J.-M. P. : Avec Raymond Gual, nous avions d’abord cr l’association et le groupe Crescendo. C’est ensuite, avec Hlne, mon pouse, que nous avons mont l’association Tradi-Aspres qui a pour vocation de promouvoir les musiques traditionnelles dans les Aspres. Les Aspres sont cette petite rgion sche, limite l’Ouest par le Canigou, l’Est par la plaine du Roussillon, au Nord par le Conflant et au Sud par le Vallespir.

P. J. : La principale action de Tradi-Aspres est la formation ?

J.-M. P. : Au sein de notre cole de musique traditionnelle, dans les locaux de la Mairie de Fourques, nous enseignons le violon, bien sr, le flabiol, la guitare et l’accordon diatonique. Pour tous ces instruments, nous tudions principalement le rpertoire catalan. Mais il est vident que nous abordons galement d’autres traditions musicales europennes, que ce soit la musique irlandaise pour le violon, ou les musiques de l’Est voire d’Amrique du Sud en ce qui concerne l’accordon diatonique. C’est Jean-Claude Leduc qui se charge de la classe d’accordon ; j’assure moi-mme les autres cours. Les lves viennent de tout le dpartement.

P. J. : Et le chant ?

J.-M. P. : On m’a effectivement demand d’inclure le chant dans les cours de guitare. Donc, des chants traditionnels, mais aussi ce qu’on appelle ici la nova can.

P. J. : Est-ce que cette cole est prsent reconnue ?

J.-M. P. : L’Addmct 66 a t la premire nous aider concrtement. L’an pass, Marie Costa, alors directrice, nous a propos de considrer notre cole de musique traditionnelle au mme titre que toute autre cole de musique municipale. C’est une reconnaissance de notre travail, et nous profitons galement d’un peu de subventions en plus, ce qui n’est pas ngligeable. Mais d’autres personnes nous ont permis d’avancer jusqu’ici, la famille Gual particulirement. Une famille qui, depuis plusieurs gnrations, a toujours dfendu les valeurs identitaires en Catalogne et en Roussillon, qui a toujours cru que la musique qui sort de la terre, comme celle des violoneux ou des joueurs de flabiols en roseau, avait sa place dans notre tradition catalane. Je pense galement aux danseurs de sardanes de Thuir qui, les premiers, nous ont aid remettre la sardane courte l’ancien usage en pratique, grce l’enseignement pralable de Carles Mas. Enfin, le groupe folklorique de Thuir, qui m’a aid dans mes recherches concernant l’interprtation de pices traditionnelles du Roussillon en relation avec la danse.

P. J. : Tradi-Aspres intervient galement en milieu scolaire ?

J.-M. P. : Je travaille essentiellement avec l’cole catalane Arrels. J’utilise, avec les lves, la flte bec, et initie bien videmment au rpertoire catalan. La plupart des mlodies tudies sont des morceaux de danse, que l’on apprend auparavant, afin de mieux comprendre rythmes et accentuations. En ce moment, j’axe tout particulirement le sujet sur les pices musicales en rapport avec le carnaval en Roussillon : quadrille roussillonnais, la “Danse de l’ours” de Prats-de-Moll, la cascavellada qui est une danse de rue du Vallespir, etc...

P. J. : En t, l’association organise une “Fte du roseau”...

J.-M. P. : Tradi-Aspres et la commune de Fourques se trouvant au milieu des vignes et des massifs de roseau, nous avons imagin une association des deux thmes, de manire ethnomusicologique. Pour ma part, je fabrique depuis longtemps mes flabiols partir de roseaux coups par ici. Dans le cadre de cette manifestation, nous programmons quelques concerts, bals et animations, avec des musiciens locaux mais aussi en invitant des artistes hors rgion. Ainsi, nous avons reu en 1999, les sonneurs bretons Josic Hallo et Job de Fernez ou le groupe catalan Cornamsica. Cette anne, nous avons recentr les interventions de manire plus pdagogique, et Maties Mazarico est venu prsenter le sac de gemecs et les hautbois catalans. Nous avons galement accueilli Jean-Pierre Laffite, dont le travail sur les instruments en roseau est considrable.

P. J. : Quelles vont tre les prochaines priorits de Tradi-Aspres pour la saison 2000/01 ?

J.-M. P. : Dj, continuer travailler au sein de l’cole de musique, dvelopper peut-tre nos possibilits de formation. Sinon, on aimerait bien crer une rencontre autour du violon.

P. J. : Il existe dj des rencontres similaires dans l’Aude, avec Aux rendez-vous des violons. Pourquoi ne pas s’associer et faire tourner la manifestation dans les deux dpartements ?

J.-M. P. : Je suis en contact avec eux. Ce qu’ils ont instaur est trs bien. Effectivement, on peut envisager une collaboration. Mais ce n’est qu’un projet, il y a beaucoup de choses faire pour l’instant.

propos recueillis par Pascal Jaussaud


 
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