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Araponga : Interview

Interview avec Armandinho Macedo

samedi 3 nov 2007 12h10, rediff. 16h30


vendredi 2 novembre 2007, par Marta Marinho

Armandinho Macedo est une légende vivante de la musique instrumentale brésilienne, de la guitare bahianaise, de la mandoline électrifiée, du carnaval et du « Trio Elétrico » de Bahia, du Choro moderne. Il était à Lunel le 02 et 03 novembre pour des concerts exceptionnels dans le cadre du festival Mandolines de Lunel.

MM : Bonsoir Armandinho, on va commencer par le Carnaval. Avec ta famille vous faites partie du carnaval de Bahia. Ton nom est tellement li au Trio Eltrico que jusqu’ aujourd’hui on te prsente comme Armandinho, entre parenthse, du Trio EltricoDod et Osmar (n.d.r. Char quip d’appareillage sonore qui dfile pendant le carnaval). Mais le carnaval de Bahia a beaucoup chang ne c’est pas ?

AM : Oui, il s’est dcaractris. Il a perdu ce cot instrumental de la guitare bahianaise. La guitare bahianaise, vous savez… c’est une mandoline lectrifie dont j’ai donn ce nom. Dod et Osmar (n.d.r. Osmar Macedo est son pre), qui l’avaient invente, l’avaient appele bois lectrique. Je me suis dit que c’tait une guitare de Bahia, un mlange de Cavaquinho et Mandoline. En ralit c’est une mandoline et a s’accorde comme une mandoline. J’ai rajout en 1983 une cinquime corde et aujourd’hui tout le monde a adhr cette ide. Les guitares bahianaises ont 5 cordes. Les mandolines ont 10 cordes. L’ide tait d’augmenter le champ harmonique de l’instrument et le champ mlodique aussi.. Ces instruments ont subi des transformations. Mais la guitare bahianaise est l’origine du Trio Eltrico. Il a exist parce que Dod & Osmar ont invent ces instruments, qui donnaient un son trs fort ! Et ils sont sortis dans les rues de Bahia en train de jouer ces instruments, en haut d’un camion Ford 29.

MM : Et tu continues sortir, quand mme, dans le carnaval de Bahia ?

AM : Oui. Je sors tous le ans, depuis l’ge de 10 ans. J’en ai 54 ; donc a fait 44 ans que je sors au carnaval. Ce sont 44 carnavals.

MM : Ton groupe A Cor do Son (n.d.r. groupe pop/rock/rgional des annes 70) a marqu toute une gnration de Bahia y compris la mienne. Le groupe avait reu l’poque les plus hauts compliments. Je suis venue vivre en France et puis j’ai su que le groupe tait fini ! Rcemment vous vous tes runis pour un concert…. AM : Et on a fait un DVD.

MM : Pour quoi le groupe a dur si peu de temps (5 ans seulement) et est ce que ce retour peut avoir une continuit ou c’tait juste pour le DVD ?

AM : Le groupe A Cor do Som au dpart, accompagnait Moraes Moreira. Moi, en mme temps je jouais avec le Trio Eltrico et j’enregistrais des disques depuis 1974. En 1977, on a commenc avec A Cor do Som, faire des disques, mais sans imaginer que a aller marcher. Il se trouve qu’il tait trs difficile de concilier deux formations, avec les voyages, les concerts, le succs des deux. Arrive un moment o l’un gne l’autre et il faut faire un choix. Une des maisons de disques m’a oblig choisir et m’a dit que A Cor do Som tait plus prometteur. Mais il se trouve que le Trio Eltrico faisait partie de ma vie, de mon histoire et que le travail musical que je faisais avec eux tait important pour moi. C’tait l’histoire de ma vie. J’ai donc opt pour le Trio Eltrico. Mais avec A Cor do Som j’ai dvelopp un autre travail, ct. Je chantais, je faisais de la musique instrumentale, la musique rgionale, le baio et de la fusion, du Choro Pop. C’est encore mon travail aujourd’hui. J’ai un DVD qui va sortir et que s’appelle Pop Choro. Ma musique c’est a, une musique de fusion. Je suis attach au Choro, la musique rgionale, mais dans les annes 60 j’coutais les Beatles, les Rolling Stones et puis Jimmy Hendrix. Pour moi, cette fusion, entre la musique rgionale et la musique qui se faisait l’poque dans le reste du monde, avec le rock, a t naturelle. A partir de l’exprience du groupe Novos Baianos, qui faisait dj tout a sparment, j’ai dcid de fusionner tout. L’acoustique et l’lectrique, le Choro et la Pop. On a fait a naturellement, sans penser qu’on dmarrait, en fait, une tendance mlanger ; une tendance montrer que la musique rgionale brsilienne pouvait tre Pop, Rock, moderne, identifie avec la jeunesse de l’poque. L’importance du groupe A Cor do Som a t dans ce sens l. Dmarrer cette tendance la fusion, du Chorinho, du Baio, du Rock. Le batteur du groupe tait rockeur. Le bassiste, qui venait du groupe Novos Baianos, tait aussi rockeur. Et puis, quand je suis sorti du groupe, en 82, ce lien a t rompu. Mais l’intention du groupe est reste et le groupe a ouvert les portes au langage du Rock, au Rock Brsilien, au Reggae Brsilien…

MM : Depuis un certain temps (fin des annes 80) tu te ddies plus la musique instrumentale, avec la mandoline et la guitare bahianaise.

AM : Oui… Je n’ai pas dmarr ce travail tout de suite - j’avait dj un travail instrumental avec le Trio Eltrico - mais, ensuite (n.d.r. aprs A Cor do Som) je suis rentr Bahia et j’ai recommenc ce travail instrumental que j’avais en fait dbut l’ge de 15 ans, avec mes 3 premiers disques. J’ai commenc faire des concerts et puis j’ai enregistr un disque que j’ai appel Brasiler. C’est l que j’ai commenc dvelopper une musique plus instrumentale, que j’ai commenc faire des tournes avec la musique instrumentale. A partir de 93 j’ai commenc jouer la mandoline 10 cordes et j’ai commenc dvelopper plus ce cot acoustique. J’ai enregistr aussi avec Raphal Rabello, avec le groupe Epoca de Ouro (n.d.r. groupe de Choro). MM : Avec Paulo Moura…

AM : Paulo Moura c’tait aprs. En fait, j’ai jou avec lui ds cette poque mais sans que a aboutisse un disque…

MM : Avec Yamandu Costa… AM : Oui ; rcemment avec Yamandu Costa. Yamandu Costa est la continuit de la guitare brsilienne. Celle de Dino 7 cordes, celle de Raphael Rabello. Il a donn de l’amplitude la guitare 7 cordes. Yamandu a absorb ce langage, avec sa vision de la guitare moderne. Aujourd’hui il est le numro un de la guitare brsilienne, avec beaucoup de gnie, car Yamandu Costa ne vient pas d’une cole, il est un musicien naturel.

MM : Au fond, tu prfres le Choro instrumental la musique de carnaval (la Musique Pour-Sauter Brsilienne – MPB - comme disais ton pre) ? AM : En ralit je mlange tout. J’ai un disque o je fais de la musique instrumentale avec la guitare bahianaise, comme avec le Trio Eltrico. J’ai fait aussi le Trio Eltrico instrumental avec la mandoline. Ce concert Lunel montre exactement a. Une partie acoustique avec la mandoline, une autre partie plus lectrique, plus lie au Trio Eltrico, avec la guitare bahianaise. Mais ma mission principale ici est de prsenter la mandoline lectrique, the lectric mandoline.Une mandoline moderne avec vibrato et tout ce qu’il y a de moderne comme dans la guitare du rock. J’absorbe aussi ce qui est fait par les nouveaux guitaristes, mme si j’coute peu d’autres musiques. Comme tout bahianais je n’aime pas trop tudier, ni rechercher. J’aime jouer, j’aime crer, j’aime improviser. Tout sort naturellement ! Dans ma guitare bahianaise il y a beaucoup de la mandoline et dans ma mandoline il y a beaucoup de guitare bahianaise.

MM : Lunel tu vas jouer plutt la mandoline ou la guitare bahianaise aussi ?

AM : Je vais jouer la guitare bahianaise aussi. En fait je prsente ma mandoline lectrique d’une faon dont personne fait. La nouveaut c’est de montrer la mandoline lectrique dans un nouveau format, un format Pop Rock et brsilien. Le rock est un tat d’esprit. Il est prsent dans tout ce qui est moderne. Par le langage, par l’nergie, par l’intention. Je ne fais pas du rock mais je fais une musique avec le langage du rock. Le Frevo du Trio Eltrico c’tait pour moi le rock brsilien ; par son nergie, par sa posture, par le carburant qu’il donnait. Tout en tant un rythme brsilien. Comme aujourd’hui avec le Mangue Beat , avec le Cordel do Fogo Encantado, qui mlangent du Maracatu avec du Rock. Le Frevo de Dod et Osmar, avant qu’ils connaissent la guitare lectrique amricaine, cherchait dj cette amplitude du son. L’intention tait aussi d’aller plus loin, de s’envoler. Comme avec l’invention de l’avion, comme Leonard Da Vinci. L’intention de l’lectrique tait celle l : toucher chaque fois plus un public plus grand. a s’est pass avec Dod et Osmar, de la mme manire que a s’est pass avec les amricains l’poque des festivals de rock. L’ide tait d’amplifier le son pour toucher de plus en plus de monde. C’est une envie naturelle qui peut arriver partout dans le monde. Mais il y a toujours et il ne faut pas oublier, les prcurseurs. Dod et Osmar sont des prcurseurs et font partie de cette histoire d’inventions. Mme s’ils n’avaient pas l’poque une proccupation professionnelle, d’obtenir un brevet etc. C’tait pour s’amuser, pour le carnaval. Mais ils font partie de l’histoire de la guitare.

MM : Au Brsil tu te prsentes dans des espaces diffrents y compris, dans le cadre de certains projets, dans des parques municipaux ouverts la population et mme dans une foire de l’agriculture familiale et de la reforme agraire. Ces projets vont continuer ? AM : Les projets continuent. Mais, vous savez, au Brsil il est difficile de trouver des subventions pour a. Pour des projets culturels ou purement musicaux. Mais les projets continuent. Le plus rcent est avec Paulo Moura ; c’est le projet Afro Jobim ; la Bossa Nova avec trois grands percussionnistes de Bahia. C’est mon fils, Joo Neto qui s’occupe de la gestion de ce projet. J’ai un autre projet avec les groupes Afro-Bahianais : Filhos de Gandhi, Olodum, Araketu ; Le projet mlange musique classique avec leurs musiques. Dans ce projet il y aura aussi la participation de l’orchestre symphonique de Bahia. C’est merveilleux comme projet mais il y a beaucoup de travail pour mettre en place ; les arrangements pour chaque groupe et tout a. Mais le projet doit se concrtiser l’anne prochaine.

MM : Au Brsil, la mandoline, peut-tre grce au Choro, n’est pas associe une musique classique. Ici c’est le cas. Dans ce mme festival, l’anne dernire, j’ai observ que certaines personnes taient totalement surprises en coutant jouer Hamilton du Holanda et son quintet. Une des belles choses de ce festival est exactement de montrer toutes formes d’expression de la mandoline, y compris les plus modernes et audacieuses. Si le festival t’invitait l’anne prochaine pour partager la scne avec Hamilton de Holanda, est ce que tu accepterais ?

AM : Oui, bien sur.

MM : Je sais qu’en ce moment tu est surbook : Lunel, Paris, Marseille, Toulouse, o tu te prsentes avec ta sœur Rita Macedo (n.d.r. Femmouzes T). Est-ce que tu vas continuer avec cette formation du Pop Choro ?

AM : Non. Les groupes vont changer. Celui-ci doit rentrer aprs le festival.

MM : Il y a un disque de prvu ?

AM : Il est prt. C’est un DVD. Le DVD Pop Choro.

MM : Avec ce groupe ?

AM : Oui, avec ce groupe. C’est—dire, deux des musiciens ont chang, mais c’est le mme Pop Choro du concert, avec quelques modifications au niveau de la guitare bahianaise, que j’ai trouv intressant de montrer ici.

MM : Merci Armandinho, pour cette interview accorde radio divergence et notre mission Araponga…

AM : …C’est moi qui remercie…

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