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Araponga 90

Hommage à Dorival Caymmi (partie 2)

jeu 15 janv 2009 - 20h, rediff. dim 18 - 10h


jeudi 15 janvier 2009, par Marta Marinho

Doralice, Dora, Marina, Maria, Tereza, Gabriela, Rosa, Analia, Juliana, Adalgisa, Carmem, Mãe Menininha, Stella, Nana... Autant des femmes qui ont inspiré Dorival Caymmi. Certains de ses personnages féminins auraient été inventés ; sont le fruit de son imagination. Mais il est vrai que les femmes n’ont jamais cessé d’inspirer Dorival et que cette inspiration a donné naissance à de très belles chansons.

Dorival Caymmi aimait tellement les femmes que son ami et compère Jorge Amado disait, en plaisantant, que sa biographie ne pouvait être qu’une biographie érotique. Pour lui, la femme est plus qu’un thème de chanson ; " rien ne fonctionne sans la femme, même pas le système solaire ". Pourtant, il a vécu toute sa vie avec la même femme, Stella Maris, sa muse et son étoile de mer. Elle aussi chanteuse ayant abandonnée sa carrière pour vivre avec le compositeur. Caymmi ayant été plutôt influencé par la musicalité de ses parents, il est normale qu’il ait influencé aussi ses enfants (Nana, Dori, Danilo) et maintenant ses petits enfants (sa petite fille Alice vient de montrer qu’elle est une très bonne interprète, dans un hommage rendu par la télévision brésilienne).

Parfois cette adoration du féminin va de pair avec le coté " macho" des hommes de sa génération. Mais les femmes de Caymmi sont séductrices, elles ont du caractère et lors qu’elles viennent de l’univers Amadien elles apparaissent très libres.

Marina (un de ses plus gros succès), c’est la brune Marina qui se maquillait un peu trop à son goût et à qui il priait de ne pas maquiller son brun visage, naturellement joli. Marina n’aurait jamais existé, elle serait rentré dans l’histoire pour faire rime avec "morena" (brune). Qui était Rosa ? . Une bergère portugaise au milieu des roses ou une jeune fille de prénom Rose employée de maison ?. " Rien ne vaut plus que d’être une rose dans la vie, une vrai rose ou même une femme, Rose" ("Das Rosas"). Mais Rose est aussi la brune Rosa de " Rosa Morena ", la brune cajolée qui refuse d’aller danser. Et que dire de Dora, une métisse avec un corps sculptural et reine du frevo et du maracatu ? Dora a existé, en chair et en os. C’était une danseuse qu’il a rencontré à Recife pendant le carnaval et qui va tout de suite l’inspirer pour écrire la belle chanson “Dora”. Et n’oublions pas Analia, qu’on s’imagine, une femme de caractère. Il va lui inviter pour aller faire la fête dans le village de Maracangalha. Avec son charme de " Bouddha Nagô " (comme disait Gilberto Gil), il s’habille tout en blanc et porte son chapeau en paille. Et, si malgré tout ça, Analia refuse de l’accompagner, tant pis, il ira tout seul.

La "fausse bahianase" Carmem Miranda , c’est une rencontre qui a changé sa vie. Il lui a offert comme cadeau la chanson “O que é que a baiana tem ?” (son passeport pour Hollywood) et elle lui a rendu succès et notoriété. De cette rencontre surgit le spectacle musical "Juju et les Balangandãs " (Juju est une femme qui porte des bijouteries extravagantes). Curieusement, le nom Juju, vient du français "bijou" (déformé) et contraste, ironiquement, avec les ornements en argent et perles colorées portés par les femmes de Bahia. A ce moment là (fin des années 30), on veut montrer l’identité brésilienne et elle passe par Bahia. Et les femmes de Bahia peuplent le chansonnier de Dorival Caymmi. “A preta do acarajé”, cette femme noire qui vend des beignets la nuit et dont le cri nocturne ressemble à une lamentation, ou " Mãe Menininha ", mère de saint (Ialorixa dans le Candomblé) à qui il vouait respect et admiration au point d’écrire la prière “Oração de Mãe Menininha”. Dans sa dévotion au Candomblé, Dorival chante aussi les Orixas (dieux et déesses) avec, là aussi, une préférence pour les femmes, comme Yemanjà et Nanã (" Canto de Nanã ").

C’est lorsque Caymmi s’empare des personnages de Jorge Amado que les femmes de ses chansons apparaissent les plus libres. Gabriela, c’est celle qui, même venant de rien, plutôt que devenir une madame, préfère rester simplement Gabriela pour garder sa liberté . Ou encore la séductrice prostitué Tereza , avec sa fleur sur les cheveux (Modinha para Tereza Batista) ; celle qui a le goût de tous les fruits et l’odeur de toutes les fleurs (Vamos falar de Tereza) ; Des chansons dont les paroles traduisent en quelques vers, toute la sensualité des personnages de Jorge Amado.

Dans sa phase samba-chanson, Caymmi, qui aimait la simplicité, montre aussi qu’il est capable de créer des chansons plus sophistiquées. Des chansons qui parlent d’amours et désamours et implicitement des femmes, dans un univers plutôt urbain. S’aimer et puis aller danser à Copacabana (Sabado em Copacabana), quoi de plus beau à chanter quand on est inspiré ? Mais il convient aussi de chanter (sans dramatiser), la rupture (Nunca mais), la colère l’instant d’après (Você nao sabe amar), la solitude qui suit (Tao So) et surtout cette attente incessante d’un nouvel amour qui ne vient pas (Eu sem Maria).

João Gilberto, fasciné par la simplicité de Caymmi (qui correspondait tout à fait à ce qu’il voulait créer), a pêché dans la mer de Caymmi des vielles sambas comme " Doralice” et " La vem a Baiana ". Doralice, à qui il prévient qu’aimer est une connerie, une illusion et la Bahianaise, à qui il résiste à la tentation de danser avec, car quand elle danse c’est le diable au corps. Il a peur de succomber.

Mais Caymmi a quitté tôt sa terre natale pour s’installer à Rio et il a la nostalgie. Les nouvelles qui l’incitent à revenir à Bahia viennent, là encore, d’une femme, une mystérieuse Adalgisa. Elle lui dit que Bahia est vivante, grâce à Dieu et à Oxala (le syncrétisme bahianais). Peut être alors que Caymmi va décider finalement de revenir, et, qui sais, si la marée est basse, profiter pour aller voir Juliana (" Vou ver Juliana ")

En matière de musique, l’art de Caymmi peut se comparer à l’Art Naïf. D’ailleurs, lui, qui était également peintre, disait " je vois la musique comme quelque chose de figuratif, un tableau, une composition globale où la figure humaine est prépondérante." Mais quand création rime avec séduction, la femme va apporter à ce tableau, la beauté et l’enchantement.

Est ce que, comme se demandait Carlos Drummond de Andrade, "la fleur que le vent balance sur une jeune fille de Itapoan " séchera un jour ?

Playlist

titre interprète album année label durée
Marina Maria Bethania Recital na boite barroco 1968 Odeon 3,59
Das rosas Wilson Simonal Singles, Lados B & raridades 2004 EMI 3,58
Rosa Morena Elis Regina 20 anos de saudade 2002 Universal 2,43
Dora Gilberto Gil/Milton Nascimento Milton & Gil 2000 WEA 4,31
Maracangalha Sergio Ricardo Songbook Caymmi vol 2 1994 Lumiar 3,05
A preta do acarajé Gal Costa Gal Tropical 1979 Polygram/Philips 4,08
Oraçao da Mae menininha Dona Yvone Lara Songbook Caymmi vol 2 1994 Lumiar 4,01
Modinha pra Gabriela Renata Arruda/Marco Pereira Songbook Caymmi vol 3 1994 Lumiar 4,52
Vamos falar de Tereza Famille Caymmi Caymmi em familia 1994 Som Livre 3,26
Sabado em copacabana Zélia Duncan Eu me tranformo em outras 2004 Universal 5,42
Você nao sabe amar Chico Buarque Sinal fechado 1974 Philips 3’32
Tao So Rosana/Roberto Menescal Songbook Caymmi vol 1 1994 Lumiar 2,12
E eu sem Maria Nana Caymmi O mar e o tempo 2002 Som Livre/Universal 4,21
Doralice Eliane Elias Dreamer 2004 BMG 2,59
La vem a bahiana Joao Gilberto Eu sei que vou te amar live 1994 Epic 2,21
Vou ver Juliana Juliana Amaral/Robertinho Silva Aguas daqui 2002 Lua discos 5,05


 
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