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Général Alcazar, La Position du Tirailleur


vendredi 16 avril 1999, par Gilles Gouget, Manuel Plaza

Le Général Alcazar a adopté "La Position du Tirailleur" pour son dernier album. Lors des concerts qu’il a donné au Théâtre Gérard Philippe, où il a reçu la visite de Pascal Comelade, Manuel Plaza s’est mis dans la position de l’interviewer, c’est à dire couché dans la tranchée avec le micro qui dépasse, une position dont jamais il ne se lasse.

G.G.

Il faut sans doute une bonne dose d’humour, de philosophie, et un certain recul pour accepter de se voir (enfin) découvert comme "phénomène" iconoclaste de la chanson, après plus de quize ans de bons et loyaux services. Ca tombe bien. PATRICK CHENIERE, l’âme de GENERAL ALCAZAR, sait faire preuve autant d’humour que de philosophie, et continue de bricoler sa musique dans son coin, avec les moyens du bord et ses "mains de maçon", selon son expression. Le mois dernier, il nous accueillait sur la toute petite scène du tout petit Théatre Gérard Philippe, à Figuerolles.

M. P.

Manuel Plaza : Sur scne, il y a des dcors faits par Bertrand Lecointre, les lumires de David Rieu... tu t’entoures de la famille ?

Patrick Chnires : La famille, pas vraiment... je suis d’une famille plutt clate. En tout cas je m’entoure de gens avec qui j’ai des rapports humains "viables"... qui ont envie de faire des choses... bon, il se trouve que c’est autour du projet Alcazar... c’est pas juste une histoire de techniques qui se rencontrent, c’est aussi des individus que je vois en dehors de la scne. On prouve le meme plaisir en passant une soire ensemble ou en donnant un concert ensemble... c’est cette cohrence-l qu’il est difficile de trouver. Jai l’impression d’avoir eu la chance, cette anne, de pouvoir travailler avec une quipe d’amis, en tout cas des gens qui sont chacun dans leur domaine trs inventifs et trs comptents. Et partir de l... il sont engags vie dans les troupes Alcazar, a c’est clair (rire...).

M. P. : LA POSITION DU TIRAILLEUR, ton troisime album, a t enregistr justement en quipe rduite. Sur scne, ce sont d’autres musiciens qui t’accompagnent ; c’est une histoire de disponibilit ?

P. C. : Pas du tout. L’enregistrement de cet album a t dcid de faon trs spontane.... entre le moment o est n le dsir de le faire, et la phase ralisation, il s’est pass trs trs peu de temps, et a na pas t prmdit... c’est vrai que ce projet d’album, c’tait la propostion de Philippe Verdier de me prendre moi en studio, tel que je travaille la maison, c’est dire avec des fils partout, mon 4 pistes, des instruments qui trainent par terre et de me laisser me debrouiller au niveau des prises de l’enregistrement... j’ai dcid de jouer le jeu jusqu’au bout... de toute faon il me semble de plus en plus clair qu’Alcazar, plus qu’un groupe, c’est avant tout une musique. Les musiciens qui m’accompagnent sur scne n’ont pas particip l’album, mais ils seront sans doute sur le prochain, ou peut-etre pas... a c’est mon luxe... le seul que je m’accorde ! Pour pratiquer la scne, il y a effectivement des histoires de disponibilit... mais c’est vrai qu’il est de plus en plus rare de voir un musicien travailler avec un seul groupe... et puis Alcazar, jusqu’ prsent n’tait pas en mesure de proposer un musicien d’tre rmunr pour sa prestation, et pourtant c’est une chose laquelle je tiens particulirement... C’est vrai que le bnvolat, a a ses limites, on les connat tous, quelle que soit notre profession, quel que soit notre domaine... Donc j’essaie de dvelopper a, conomiquement, un espce de minima qui fait que a te permet de vivre et de continuer faire ce que tu aimes faire, quoi. Ca me semble essentiel.

M. P. : Ton premier disque tait un vinyle 3 titres, sorti en 83, d’ailleurs je crois que tu joues toujours Anita sur scne...

P. C. : Non, cette anne, Anita... j’ai rompu les ponts, euh... on a eu une engueulade et... Non, plus srieusement, j’essaye de pas tre trop nostalgique par rapport ce qu’on a pu faire dans Alcazar. C’est vrai qu’Anita, c’tait un morceau sympathique, qui a eu son temps, qui a exist... peut-tre qu’il sera remani, mais en tout cas, l’xcuter... tel qu’il tait avant, a ne m’intresse pas. On xcute pas deux fois une femme qu’on a aim (rire).

M. P. : Tu as parcouru pas mal de chemin depuis 83, et c’est finalement avec LA POSITION DU TIRAILLEUR, ton troisime album sorti cette anne, que des gens, ailleurs qu’ Montpellier se sont apperus que Gnral Alcazar existait. Comment le vis tu ?... comment tu l’expliques ?

P. C. : Y’a pas de mystre... les gens ne sont pas l’affut d’un disque qui va sortir, d’un groupe mconnu. Il faut tre assez lucide ce sujet. Plus simplement, partir du moment o vous avez un cho mdiatique , il y a un intrt suscit auprs des organisateurs de concerts, des grants de salles, des programmateurs de festivals... Pour peu que quelques personnes dans la presse, accueillent le disque trs favorablement, on sort du plan marketing, avec des budgets de millions de francs qui sont la force et l’apanage des majors. Et le rsultat, en ce qui nous concerne, c’est des concerts ; on a carrment des concerts pour l’aprs an 2000, on survivra au grand bug ! J’estime que c’est intressant de faire un concert dans la mesure o il y a un minimum de demande, parce que a change tout ! C’est trs important, comme dans la psychanalyse, de faire la dmarche d’y aller, et pas de dire "oh j’suis pass, j’ai vu d’la lumire, j’suis rentr". J’aime bien ce rapport un peu plus intime... je ne pense pas que notre musique s’adresse au plus grand nombre, on ne fait aucun effort pour a... On s’inscrit dans une forme d’expression plutt confidentielle. Je crois qu’il y a une tonalit dans la musique et dans le propos qui fait que a ne concerne pas normment de gens.

M. P. : Il y a quelque chose d’assez nouveau pour toi sur cet album, c’est l’criture en franais. Est-ce que cela te fait aprhender la scne de manire diffrente ?

P. C. : C’est certain... Pendant longtemps, le fait que je chante en anglais "amlior" ma faon... a n’a jamais t un choix dlibr, a vient du fait, simplement, que quand j’ai commenc jouer de la guitare, j’ai pratiqu les standards anglo-saxons, parce que c’tait de mon ge, et puis naturellement, mes premiers textes, a a t en anglais pace que l’imagerie rock’n’rollienne est quand mme relativement simple... niveau sixime (en tout cas en ce qui me concerne). Donc, moi, navement, je m’tais dit : "de toute faon tout le monde comprend, c’est tellement simple, je fais appel des images... pour quiconque a cout un peu de musique... a parle". Cela dit, paralllement, j’crivais dj des chansons en franais. Mais pour les prcdents albums.... euh... je n’tais pas prt, je ne sais pas pourquoi... En fait ’est Philippe Verdier avec qui j’ai coproduit la position du tirailleur, qui m’a un peu pouss aux fesses : "coutes Patrick, tu as des chansons, tu as des textes, je te propose d’investir le studio et on travaille tous les deux". Pour moi, c’est devenu une sorte de petit challenge... on s’est jets dedans avec joie, avec coeur, et puis il se trouve que deux mois aprs la ralisation on a un cho assez exceptionnel. En gnral il faut plutt attendre six mois/un an avant d’avoir un petit retour au niveau des mdias, alors que l, tout s’est prcipit... mais en mme temps, tout a reste assez cohrent, c’est pour a que je le vis bien, a m’inquite pas du tout cette histoire, c’est dans la logique de ce que l’on a fait avec cet album : agir de faon trs spontane, trs rapide, sur un format trs minimal, mais en mme temps trs chalereux, je pense.

M. P. : Il y a ce ct "musique instinctive" qu’on retrouve sur scne, tu peux nous prsenter les musiciens qui t’entourent ?

P. C. : A la basse on retrouve celui qui est mercenaire dj depuis plusieurs annes, Pepe Azali Tabou ; j’’ai aussi dvoy Philippe Dourou, le batteur-percussionniste de Pascal Comelade ; et puis aux claviers et samplers, j’ai dvoy Vronique Fis, des Zygomar Mandols, de Ste.

M. P. : Zygomar Mandols avec qui tu as rcemment collabor, sur un titre de leur dernier album...

P. C. : Exact. On va encore parler de famille, mais finalement, les interactions, les changes entre musiciens, groupes, a se passe aussi simplement que a... "Tiens, tu viendrais pas jouer du bouzouki sur ma chanson", ou bien "j’ai besoin d’un clavier pour tel concert, a te dit ?" C’est un peu comme les chiens : quand ils se rencontrent dans la rue, ils commencent par se reniffler... aprs quoi, ils dcident de faire un bout de chemin ensemble, ou pas, ou alors ils se mettent des pains sur la figure, ce qui jusqu’ prsent, n’est pas le cas chez Alcazar... (rires)

M. P. : Tu apprcies particulirement les instruments bizarres...

P. C. : Oui... L ( il dsigne la scne) c’est un ukull en forme de Fender que j’ai rquisitionn Roland Ramade parce qu’il n’en faisait rien. Il sonne exactement comme celui que j’avais Tahiti, quand j’tais mme. Ce bouzouki, l, je l’ai trouv aux puces d’Athnes. Nous tions partis jouer l-bas, avec Comelade (Patrick Chnire accompagne rgulirement Pascal Comelade sur scne, qui le lui rend bien en venant parfois jouer les accordonistes avec lui, sous le pseudo de Fakir Trmolo. NDLR). Je voulais absolument y trouver un bouzouki, j’ai eu la chance de tomber sur un vieux monsieur qui vendait un lave-linge, une bicyclette et un bouzouki ! J’ai pris le bouzouki. Ensuite, il y a les instruments que je bricole, comme la Bote Sardines Elctrique, un truc hybride base de manche cass, de micros gagns la fte foraine, et puis la caisse de rsonnance, c’est une grosse bote de sardines familiale... c’est sr que ce genre d’instruments, c’est pas fait pour jouer les virtuoses, mais moi, ce qui m’interresse, c’est de partir d’un son brut et de le transformer grce toutes les technologies dont on dispose. J’aime bricoler. Sur certains instruments, je passe des heures, avec mes gros doigts ; j’imagine que personne d’autre que moi ne peut en jouer !

propos recueillis par Manuel Plaza


 
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