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- François Pellegrini, aux RMLL 2004
vendredi 13 août 2004, par
François Pellegrini est Maître de Conférences à l’École Nationale Supérieure d’Électronique, Informatique, et Radiocommunications de Bordeaux (ENSEIRB). Il travaille aussi avec d’autres Instituts de Recherche comme l’INRIA, et milite pour le logiciel libre. Chercheur et enseignant praticien en algorithmique, il s’est d’abord intéressé aux effets potentiels des brevets logiciels sur la pratique quotidienne des informaticiens, puis à leurs conséquences globales en termes économiques et stratégiques pour l’Europe.
Il est un vice-président actif de l’Association Bordelaise des Utilisateurs de Logiciels Libres (ABUL), il est aussi membre d’Exurolinux.
Les RMLL c’est vraiment formidable. On y rencontre des gens patants qui savent de quoi ils causent, et dont on peut se rjouir qu’il aient une plus grande audience grce notre humble radio. Puisse leur parole rsonner jusqu’au oreilles sursollicites de nos dcideurs pas toujours dcids, trop souvent mal aviss. Franois Pellegrini est un gars charmant qui n’a pas pour autant sa langue dans sa poche. Dont acte.
Gilles Gouget : Franois Pellegrini bonjour.
Franois Pellegrini : Bonjour.
G. G. : Alors les RMLL 2004, c’est l’vnement de l’anne pour Divergence Numrique. Il vient d’y avoir une confrence de presse... la presse rgionale est venue... Est-ce que l’absence de la presse nationale est remarquable ?
F. P. : Elle est... regrettable, mais je dirais qu’ la limite, tant le logiciel libre que les rencontres mondiales existent aussi travers d’autres canaux, l’internet, la presse rgionale... Et donc en fait... c’est... c’est dommage mais a fait pas deuil .
G. G. : Les journalistes prsents donnaient un petit peu l’impression de dcouvrir. Pourtant a c’est dj pass Bordeaux. Est-ce qu’ils sont sensibles, finalement, ce qui se passe ici ?
F. P. : Oui, je pense. C’est dire qu’ chaque fois... D’un autre ct c’est bien que des journalistes diffrents viennent chaque fois, et des journalistes non sensibiliss, puisque a fait plus de journalistes qui seront, finalement, sensibiliss l’existence des logiciels libres et aux problmatiques qu’ils recouvrent. Donc, au contraire, moi je trouve que c’est plutt une bonne chose d’avoir chaque fois un regard neuf. Et des questions que l’on pourrait qualifier au dpart de questions de dbutant nous remettent nous-mme en question, et nous permettent aussi de thoriser nous-mmes l’existence des logiciels libres, les fondamentaux conomiques, nos moyens d’action et de popularisation. Donc je trouve qu’ chaque fois c’est extrmement intressant d’avoir des personnes qui sont vierges, en terme d’information, et qui peuvent, comme a, interagir avec nous.
G. G. : Y’a quelque chose qui touche tout le monde, c’est l’impression que les fondamentaux du logiciel libre contiennent un espoir pour l’avenir, surtout en matire d’conomie. Y a t-il des conomistes ici aux RMLL ?
F. P. : Tous les aspect socitaux et conomiques, c’est dire en fait, l’insertion du logiciel libre dans la socit au sens large a toujours t prise en compte, puisque ds le dbut nous avons un thme spcifique qui s’appelle Logiciels libres, droit, conomie, socit, pour montrer justement qu’il y a des aspects lgaux par rapport l’existence mme du logiciel libre par rapport au logiciel propritaire, quant son mode de diffusion, son mode de redistribution. Il y a des aspects conomiques, donc un peu plus large, par rapport quelle est la validit conomique du logiciel libre ? , en termes de fourniture de richesses, et de consommation de richesses pour sa production. Et puis, dans le dernier cercle, le plus large, y’a des questionnements sur, justement, en quoi les modles du logiciel libre peuvent tre des... des modles bnfiques qui peuvent tre repris dans d’autres champs de la socit qui n’appartiennent pas la technologie informatique ? ; par rapport l’change d’information, au travail collaboratif... la production incrmentale de documents et l’amlioration successive. Donc il y a normment de gens qui travaillent l-dessus, et c’est tout fait pris en compte dans le cadre de ce thme l.
G. G. : On a aussi l’impression qu’il y a une bataille qui se joue... au niveau des brevets, rcemment de la LEN... On a finalement l’impression qu’il y a deux mondes qui s’affrontent. Un monde dict par l’conomie de march, et un monde plus communautaire qui fonctionne diffremment, et qui peut peut-tre permettre de trouver une alternative des problmes dans lesquels... on baigne en ce moment, quoi.
F. P. : Alors. Je dirais plutt que le logiciel libre reprsente vraiment un exemple de l’conomie de march et du libralisme par son fonctionnement interne, qui est celui de la naissance et de la mort des projets, de la rorganisation des projets, o on a vraiment des mcanismes qui pourraient tre ceux qui auraient t idaliss par les thoriciens du libralisme et de la libre circulation des biens au dbut de la rvolution industrielle. Non, justement, les opposants au logiciel libre se trouvent plutt dans une vision extrmement patrimoniale et concentrationnaire de la proprit, et du moyen d’action. C’est dire le capital... comme pourrait le dire la thorie marxiste. Donc, ce qu’il faut voir c’est qu’il y a une bataille parce que les acteurs dominants du march, en termes conomiques, qui sont le rsultat de concentrations industrielles d’une conomie du logiciel propritaire, eh bien, cherchent mettre en place - parce qu’conomiquement le logiciel libre est suprieur - des moyens juridiques pour empcher l’accs du logiciel libre au march. Et donc avec vraiment un march financier o on peut acheter du logiciel libre, et les services affrant. Donc justement, y’a des tentatives de ghettosation du logiciel libre, alors que nous, nous voulons avoir accs l’conomie de march, parce que c’est comme a que... que la socit fonctionne. Et donc, parmi ces moyens l, y’a effectivement la possibilit de mettre des taxes et des barrires d’octroi sur le transfert d’information. C’est tout ce qui est l’aspect... paiement de l’upload, qui est derrire la LEN, et puis aussi la brevetabilit des ides, ce qu’on apelle trivialement les brevets logiciels, o il s’agit pour quelqu’un de monopoliser une ide, et donc tous les logiciels qui implmenteraient cette ide seraient des contrefacteurs. Donc il y a une volont dlibre d’asscher le march de la production de logiciels pour le concentrer dans la main de quelques uns.
G. G. : Cette bataille, elle est... gagnable ? Y’a des ouvertures ?
F. P. : Alors, le champ de bataille de la brevetabilit retentit de cris de bruit et de fureur. Y’a eu une premire victoire au parlement europen, puisque la directive qui tait cense lgaliser les brevets logiciels est devenue, du fait des amendements vots, une directive qui interdisait les brevets logiciels. Mais les experts des... (sourire) les experts, entre guillemets, des offices de brevets qui noyautent le conseil europen ont compltement transform cette directive, pour refaire en sorte que ce soit une directive qui lgalise les brevets logiciels. Mais rcemment, y’a moins d’une semaine, le parlement nerlandais a enjoint son gouvernement de cesser le soutien ce texte l. C’est dire que le reprsentant du gouvernement nerlandais au conseil de l’Europe, qui tait donc un reprsentant mandat par les offices de brevets, avait dit oui cette version pro-brevets, et le parlement nerlandais, collectivement, collgialement, a vot une motion demandant au gouvernement de retirer son soutien. Donc il y a une prise de conscience des lus et des politiques de la toxicit de ces systmes pseudo-juridiques, et pseudo-conomiques, qui en fait sont mis en place par une petite clique de gens qui vont chercher maintenir leurs privilges et leur monopole. Et donc la bataille fait rage actuellement, et c’est une bataille qui va s’tendre encore sur des mois et des annes.
G. G. : On ne peut qu’esprer que les parlements nationaux fassent pression comme aux pays-bas. On sait aussi que l’office europen des brevets enregistre depuis pas mal de temps dj des brevets pour ainsi dire en toute illgalit, qui ne sont pas valides. Est-ce qu’il n’y a pas un risque qui ferait que pour sauver le soldat office europen des brevets des ennuis, on pousserait de sorte ce que les brevets passent, et que cet office ne soit pas oblig de rembourser... des sommes indment perues ?
F. P. : Si. a a t clairement une des motivations exprimes par la commission europenne lorsqu’ils ont labor ce texte. Il y avait, prtendument derrire des objectifs d’harmonisation, en fait, une lgalisation d’un hold up a posteriori. Moi, mon avis est que... dans ce cas l, c’est reconnatre que... puisque le trafic d’armes, ou le traffic de drogue existe, il faudrait les lgaliser... J’veux dire, c’est pas parce que des gens ont des comportements dlictueux qu’il faut, dans ce cas l, plier la loi ces comportements dlictueux. J’crois qu’il faut que les gens prennent leurs responsabilits, et que si un organisme qui a une mission de bien public a trahi cette mission l, et s’est comport comme un organisme voyou, et bien qu’il en subisse simplement les consquences, c’est dire que ces brevets soient purement et simplement annuls.
G. G. : Esprons le, esprons. Je vous remercie.
F. P. : Merci beaucoup pour vos encouragements.









