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Fabulous Trobadors


dimanche 19 mai 2002, par Gilles Gouget, Manuel Plaza

Il n’est pas uniquement le chanteur et parolier des Fabulous Trobadors, il est aussi un fervent activiste de la vie de quartier, dans sa bonne ville de Toulouse "quartier Arnaud Bernard", dixit "Le plus big défi".

Ce scrutin difficile qui marque l’année est bien sûr au menu de cet entretien que le bouillonant Claude Sicre accorde à Divergence. Réactions rattrappées au vol par Manuel Plaza et Cyril Hugo.

Cyril Hugo : Dans le Forum, sur Divergence, on reoit Claude SICRE. Nous t’accueillons lors d’une visite Ste, un concert en compagnie du Foro d’Heleno Baixos, dans le cadre d’une tourne commune avec les Fabulous Trobadors...

Claude Sicre : C’est pas une tourne des Fabulous, c’est compos de gens qui jouent dans les Fabulous, et des Nordestains... En fait c’est surtout un bal, un bal avec danses de couple, c’est un peu comme nos bals musette, mais avec des rythmes un peu diffrents, des rythmes qui sont plus proches des rythmes... modernes, si vous voulez, que des rythmes du musette. Et puis aussi des danses de transes comme il y en a dans le nord-est du Brsil, qui sont, celles l, tribales.

M. P. : C’est ca qu’on appelle le Foro ?

C. S. :Voil, c’est ce qu’on appelle le Foro, qui est le folklore musical du Nord-est Brsilien.

M. P. : On sait que les Fabulous ont toujours eu les yeux tourns vers le nord-est Brsilien, comment la rencontre s’est fait avec ces musiciens la ?

C. S. :Parce que moi a fait trs longtemps que j’coute du Foro, puis j’ai cout un disque il y a quelques annes o j’ai trouv qu’il y avait des mlodies plus belles que d’autres, je me suis renseign sur la personne qui l’avait fait. Puis je suis all il y a deux ans au Brsil, Lenine nous avait invit pour faire un concert pour lui, et l j’ai rencontr la.... j’ai parl de a dans un journal brsilien, et une des personnes qui s’occupe de cet accordoniste est venue me voir et voil, on a sympathis, puis avec Anne et l’association on a dcid de les faire venir. Paralllement on a mont un groupe de Foro Toulouse, le Foro Toulousain, avec des jeunes filles qui s’appellent les Bombes de bal dont Anne s’occupe, moi je fais les musiques et les paroles. Donc, on voulait faire venir ces Nordestains pour mieux travailler les danses, mieux travailler la musique, avec les percussions, le chant, et tout a. En mme temps, mme s’ils sont nordestains, ils connaissent bien le folklore... de ce qu’on fait, mme les joutes potiques et tout a, et on en fait avec eux. Et c’est pour populariser le folklore nordestains qu’on fait tout a.

C. H. : On te reois dans une mission un peu particulire qu’on a dcid de faire au lendemain des rsultats du premier tour, pour librer la parole.... On y parle beaucoup de politique, et de la campagne qui a prcd, trs marque par l’utilisation de la peur, sentiment fondamental chez l’homme... Quel a t ton sentiment dimanche soir ou lundi matin ?

C. S. :Alors d’abord y’a deux.... Moi je suis pas trop d’accord sur l’histoire de la peur, je pense pas que ce soit la peur qui soit le moteur. Aprs, pour dimanche soir, j’ai pas t surpris (vous pouvez venir avec vos micro faire un enqute dans mon quartier) moi j’tais la seule personne, une semaine avant les lections, qui disait tout le monde qu’il y avait un trs trs gros risque de Le Pen. Et d’ailleurs il y a des journalistes, du Mouv’ notamment, et d’autres qui ont t extrmement surpris dimanche soir. Du rsultat, mais aussi du fait que j’avais pu bien voir ce risque, donc personnellement j’ai pas du tout t surpris. Alors.... comment... j’ai pas des antennes spciales. Je lis beaucoup la presse franaise et autre (la presse maghrbine - y’a pas beaucoup de franais qui le font), et je lis des livres rgulirement, et puis aussi j’coute beaucoup les gens de mon quartier, beaucoup. Et quand j’ai vu, la semaine avant, des militants CGTistes, dans anciens militants ou autres qui disaient "y’en a marre", j’ai compris ce qu’ils allaient voter. Bon, c’est un chantillon peu reprsentatif, mais bon... voil. Apparemment, je suis meilleur que les sondeurs. C’est la fille du Mouv’ qui me le disait : "c’est compltement tonnant, nous on a plein d’enqutes qui arrivent tous les jours, on a plein de sondeurs sur le terrain, ils le disent pas, et toi qui est tout le temps dans ton quartier tu le vois". Donc je pense que c’est aussi la manire de parler avec les gens, les laisser parler et pas simplement leur poser des questions, les laisser venir, quoi...

M. P. : Vous tes les prcurseurs de la vie de quartier, dans le quartier Arnaud Bernard Toulouse, a fait des annes que vous militez pour que les gens se parlent, pour que les gens communiquent entre eux, quels sont les rsultats sortis des urnes dans ce quartier et quelles conclusions est-ce que toi tu en tires par rapport toutes ces annes de militantisme ?

C. S. :Premirement c’est le quartier de Toulouse - part les quartiers du centre ville qui sont trs protgs, o ils n’ont jamais vu un maghrbin, o il y a des flics partout, o y’a pas d’ennuis et o le vote Le Pen est trs bas -, de tous les autres quartiers, c’est le quartier o le vote Le Pen est le plus bas. Tout en sachant que c’est un quartier o le weekend, a se transforme en mdina, o il y a tous les commerants arabes, enfin... maghrbins... ils sont pas vraiment arabes puisqu’ils ils sont principalement Berbres - on sait faire la diffrence dans le quartier Arnaud Bernard, et il y a pas beaucoup de politiques ou d’intellectuels qui la fassent au quotidien -. Il y a les puces le samedi et le dimanche. Il y a beaucoup de gens du centre ville.... d’ailleurs la bourgeoisie a trs peur que ses enfants aillent dans ces quartiers, un quartier qui est donn comme un ghetto par le FN et par d’autres trucs, et l le vote Le Pen est minoris par rapport aux autres quartiers. Donc bon... il y a peut tre un peu le rsultat de notre action, mais bon... mesurer le rsultat d’une action en termes lectoraux c’est quand mme difficile. Mais c’est vrai qu’on fait un travail depuis 27 ans sur ce quartier, un travail de rapprochement des gens, de convivialit, de rflexion politique et de rflexion civique surtout, culturelle, une rflexion sur les contre pouvoirs qui nous ont amens avoir des positions extrmement originale, les repas de quartier, les conversations socratiques qui ont t malhabilement copies par les cafs philosophiques (faits dans des cafs alors qu’on faisait a l’extrieur, ce qui est totalement diffrent contrairement ce qu’en dit la presse qui nous disent qu’on est les pionniers des caf philosophique alors qu’on a rien voir avec ces gens la), le forum des langues du monde... pendant que beaucoup de gens passaient leur temps crier contre Le Pen, nous on mettait tous les trangers, les mtques comme on dit sur la place du Capitole pour les prsenter tous les toulousains, donc des actions originales et une rflexion originale sur ce que sont les contre-pouvoirs civiques qu’il faut diffrencier des contre-pouvoirs politiques, culturels... On a une action, une rflexion partir d’Arnaud Bernard qui est trs longue et qui effectivement... bon... on est peut-tre pas assez forts encore pour la... pour l’avoir fait comprendre et puis bon, on a beaucoup d’checs aussi. On a eu quelques russites mais, mais beaucoup d’checs aussi... On dit pas qu’on est la panace du tout, quoi...

M. P. : Tu devances un peu ma question. Est-ce qu’il y avait un constat d’chec tirer de ce genre d’initiative citoyenne ? Est-ce que... Finalement, on est en droit de se dire "est-ce que a sert quelque chose finalement ?", au vu des rsultats des lections...

C. S. :Ben non, non. Nous on se demande pas quoi ca sert dans notre quartier. Nous, avec les gens qu’on connat et tout a, mme des gens qui votent Le Pen, par exemple, on est heureux dans notre quartier, et on a vraiment des bonnes relations, et il y a une vritable solidarit, une vritable entente, une vritable rflexion commune. Et mme s’il yen a certain qu’on voit tous les jours, avec qui on est amis en plus, qui se sont laiss aller voter Le Pen, leur comportement de tous les jours ne remet pas en cause notre lien de tous les jours. Parceque on diffrencie... Moi je peux donner des exemples extrmement prcis, mais... Les gens, des fois il suffit de leur parler, hein ? Des fois il suffit de leur parler, quoi ! Parce qu’il y a des gens, un peu ags tout a, personne ne leur parle.... et qui alertent pour certaines faons.... ou alors qui sont compltement perdus par rapport un mode de vie qui a chang, et personne ne leur explique, personne ne leur parle jamais, donc bon... voil, c’est des efforts faire, quotidiens. Nous on a mis en place un travail quotidien, alors maintenant, que a soit pas la panace... certes, mais on prtend pas tre des sauveurs, on s’est pas prsents aux lections prsidentielles ou municipales alors...

M. P. : Il y a un autre danger, c’est d’exclure ces gens la qui sont susceptibles de donner leur voix Le Pen... Finalement la meilleure chose faire c’est de discuter avec eux et d’essayer de comprendre pourquoi ils l’ont fait...

C. S. :Ah ben a, moi, c’est ce qui m’est toujours venu !... Moi je pense que l’exclusion... c’est eux qui sont le plus exclus. S’il y a des votes dans ce sens la, part une frange de gens qui sont autour de Le Pen, qui sont des cadres, et qui sont, eux, des revanchards de l’ordre moral et tout ca... On le sait bien, dans tous les mouvements de ce type, il y a une petite bourgeoisie revancharde, qui est horrible, haineuse et tout ca, et qui est insupportable, mais elle manipule les gens, son travail est de manipuler les gens, et de profiter de choses qui sont vraies, dont les autres ne s’occupent pas, pour les attirer chez eux, c’est la logique de toutes les extrmes droites, de tous les populismes depuis au moins.... tout le 20ime sicle. Alors je pense que l’histoire doit nous servir de leon.

C. H. : ...les regards, c’est vrai, se concentrent sur les logiques de vote en direction de Le Pen, mais on parle aussi beaucoup des abstentionistes. On les entend mais on les coute pas vraiment. Comment t’interprtes ce silence ?

C. S. :Moi, j’ai une autre logique... j’ai une autre rflexion sur les abstentionistes. Moi qui suis un militant civique depuis longtemps, j’ai fond... enfin, j’ai co-fond - parce que j’y comprenais rien au dbut, c’est des gens plus ags qui m’ont amen comprendre ce que c’tait un comit de quartier -, enfin j’tais l au dbut, quand j’ai co-fond le comit de quartier il y a 17 ans, j’avais vraiment une logique civique . Mais en mme temps, je ne suis pas du tout... je n’ai jamais stigmatis les gens qui venaient pas au comit de quartier, ou les gens qui ne votaient pas, et tout ca. Je pense qu’il y a un temps pour tout et que... il y a des gens qui ont d’autres occupation des moments, et qu’ un certain moment donn, ils font confiance. En fait, s’abstenir, c’est.... d’une certaine manire c’est voter. Alors on peu dire que l il y a des chances graves, et tout ca, bon ! Mais je comprends, j’ai frquent un certain moment le mouvement libertaire, et bon... je comprends aussi l’abstention, c’est pas un non vote, c’est un vote. Peut-tre que des fois c’est dangereux, mais, mais je jetterai pas la pierre aux abstentionistes.

C. H. : ...il faudrait l’couter comme on coute le silence de quelqu’un dans une conversation ?

C. S. :Ah ben ca, ca me semble bien, oui... d’abord le vote blanc, il faudrait l’couter, et puis les abstentionistes, il faudrait.... maintenant il y a beaucoup de partis qui font parler les abstentionistes, et ca c’est un peu... (rire) je trouve qu’il y a beaucoup de gens qui jouent les ventriloques, tu vois, ils font parler les abstentionistes. Mais essayer de comprendre, oui, c’est sr. Puis y’a le vote blanc qu’il faudrait prendre en compte, parce qu’il y a pas mal de gens qui font l’effort d’aller voter. Enfin, l’effort, qui font leur devoir en allant voter et qui votent blanc, il y en a quand mme pas mal... et qui ne sont pas comptabiliss, dont on ne parle pas.

M. P. : J’avais une question un peu provoc’, mais on va couter un morceau de musique...

Les Malpolis : "comment peut-on, peut-on confondre ce point le trou d’un cul, et celui d’un nombril pour chanter comme le font, comme le font les copains : ma ville, ma ville, est la plus belle des villes ! "

M. P. : Tu les connaissais ?

C. S. :On m’avait parl de ce groupe, mais on m’avait pas parl de cette chanson, on m’en avait dit du bien, mais c’est la premire fois que j’coute, et c’est avec plaisir que j’ai cout cette chanson qui est...

M. P. : On pourrait presque prendre a pour le contrepied de "Ma ville est le plus beau parc" ?

C. S. :Oui... Enfin moi je le prends pas du tout comme a, parce que bon... je suis en accord avec eux sur beaucoup des choses qu’ils disent, sauf sur les confusions, parcequ’ils n’ont pas... pris le temps de lire la chanson, enfin pas assez... ils ont juste cout un peu le refrain, enfin vous savez, moi je suis anti-rgionaliste, je suis anti "n quelque part", c’est mon combat de puis trs trs longtemps, je glorifie pas le cassoulet ou rien. Je comprends ce qu’ils... je suis d’accord avec eux, aprs, il y a une confusion, parceque la chanson c’est pas "ma ville est le plus beau parc", c’est, si on lit bien la chanson, c’est "ma ville sera le plus beau parc, quand tous les jours je me mettrai la rendre le plus beau parc", et tout le sens de la chanson part de l. Mais c’est bien, c’est un hommage cette chanson, derrire il y a aussi des choses avec lesquelles on pourrait discuter avec eux. Je suis anti-rgionaliste, mais ce que je dis c’est... la persvrance du travail dans un endroit... Je suis contre le discours des racines, parce que les racines c’est ce qui rend les gens des lgumes, qui les attache au sol et qui les empche de bouger, mais par contre ce que je crois, c’est en un travail enracin par contre, approfondit, dans un endroit, pour comprendre tous les mcanismes, et je pense que tous les problmes se posent partout, et qu’il y a une manire de fuir les problmes, de dire que c’est mieux ailleurs qui est quelque chose contre lequel je ragis parce que quand on se trouve quelque part... on le choisit plus ou moins,... quand on a choisi d’tre quelque part, aprs il faut prendre ce quelque part comme il est et le travailler comme il est, sinon aprs on peut dire "l y’a des problmes, je vais aller ailleurs, puis aprs je vais aller ailleurs"... Je sais pas, y’a des gens qui rvent toujours d’tre partout, qui vont jamais nulle part et qui ne s’affrontent pas aux problmes... mais peut-tre que j’ai pas compris leur message ! (rire)

M. P. : Je vais encore me faire l’avocat du diable... C’est vrai qu’il est souvent question, dans vos morceaux, de votre travail, de celui que vous menez - et c’est lgitime que d’en parler -, il est souvent question du quartier Arnaud-Bernard...

C. S. :Oh pas tant que a. Par exemple dans "Ma ville est le plus beau parc", on dit "ta ville sera ce parc", on parle pas de Toulouse, c’est une confusion de croire que c’est Toulouse. On a des chansons sur Arnaud Bernard, puis on en parle lors des concerts... M’enfin c’est pas la majorit des chansons, loin de l...

M. P. : Puis aussi "le plus big dfi", cette histoire d’un jeune toulousain qui va dfier... Est-ce que le fait de se recentrer sur un quartier comme a...Tu combats le rgionalisme, en mme temps on connat aussi votre combat pour la langue occitane, ce qui peut-tre aussi un combat pour une sorte de particularisme rgional... a peut-tre interprt comme a.

C. S. :Non non, c’est le contraire. Nous on est anti rgionalistes et anti particularisme. Si on coute bien nos chansons, c’est d’une clart absolue. Maintenant, y’a une manire d’tre citoyen du monde, comme le disent plein des gens, qui est celui qui se mle jamais de rien, quoi. C’est dire qu’il travaille en profondeur nulle part, il est bien partout, videmment il est chez lui partout. Ca c’est ce contre quoi ragissent certaines personnes, qui justement peut-tre votent Le Pen, qui peut-tre considrent que quand on est dans un endroit il faut en prendre les bons cts et les mauvais, mais aussi assumer les mauvais pour les transformer, et pas... tre l quand c’est bien, et fuir quand c’est pas bien, quoi. Faut tout prendre, tout prendre en charge, tout prendre en main. Donc faut s’en... un moment donn il faut travailler en profondeur quelque part, si on veut faire un travail qu’on puisse mesurer... pour moi la persvrance est une des qualits premires. Aprs, rgionaliste non, l’occitan, on est vritablement anti rgionaliste puisqu’on ne se rclame pas du nationalisme, ni d’une quelconque autonomie ni rien de tout a. On dit simplement qu’il y a une littrature occitane qui pendant 700 ans a pens la France autrement, c’est un vritable univers parallle qui pense la France autrement, et qui montre toutes les impasses de la pense franaise, et donc la culture occitane a rend plus intelligent !... si on la travaille. Aprs y’a des occitanistes qui se rclament de l’occitan d’un ct rgionaliste, qui lisent pas, ceux la sont des imbciles. Aprs il y a tous ceux qui sont anti-occitan par incomprhension du vrai problme, ou parce qu’ils n’coutent que quelques rgionalistes justement, qui prennent le contre-pied, mais eux, s’ils ne s’ouvrent pas cette pluralit des cultures en France, alors ils sont objectivement des nationalistes franais. Pour moi de la droite la gauche... de l’extrme gauche la droite, tout le monde sert le plat de Le Pen, c’est clair pour moi. Je me souviens d’il y a quelques annes la gauche s’tait alarme parce que l’glise voulait fter Clovis, le Sacre de Clovis. Et tout le monde s’tait alarm parce que c’tait catholique. Mais si a avait t non-catholique, ils auraient march dans cette histoire qui est une fantasmagorie de l’histoire de France qui n’existe pas absolument pas. Alors Jeanne d’Arc maintenant ! Qui c’est qui a fait cette tnbreuse, fabuleuse et compltement fausse histoire de Jeanne d’Arc, qui c’est qui la raconte dans les coles ? J’veux dire, il y a mme des instituteurs d’extrme gauche qui racontent cette histoire ! Eh ben, ils servent le plat Le Pen. Mitterand est all fleurir la tombe de Vercingetorix dont tous les historiens srieux savent qu’il n’a pas exist, qu’il a t invent par Csar. Donc si on ne remet pas en cause l’histoire de France, si on ne remet pas en cause l’histoire de la pense franaise qui est nationaliste, universaliste, qui a invent au fil des sicles tout a, on est objectivement nationaliste franais. Et pour la remettre en cause, cette Histoire, il faut s’appuyer sur des contre-histoires. Ca peut tre l’histoire Corse, l’histoire Occitane et tout a... Alors aprs y’a des gens qui font l’histoire nationaliste occitane l’envers, elle est aussi stupide, l’histoire corse nationaliste l’envers, elle est aussi stupide. Mais y’a des gens qui s’appuient sur ces histoire particulires pour refaire une histoire de France, comment dirais-je... critique et avance thoriquement. Par exemple si on n’tudie pas l’histoire de l’Alsace, on ne comprend rien deux guerres mondiales France-Allemagne, on y comprend rien. Donc il faut un moment donn s’intresser aux particularismes alsaciens, pour comprendre ce qu’il s’est pass en France. C’est pas dfendre un particularisme, a, c’est apprendre comprendre l’histoire, c’est deux choses totalement diffrentes.

M. P. : Donc l’enrichissement et la conscience objectives passent forcment par la connaissance de diffrentes Histoires, de...

C. S. :Ben a passe par ce qui a t occult. Quand on veut connatre un sujet, ce qu’il faut aller au plus tt, c’est de savoir ce que ce sujet a occult. Par exemple dans l’histoire de France, c’est l’histoire des rois, un moment donn, pour voir l’histoire du peuple, l’histoire de la bourgeoisie, faut voir l’histoire du proltariat, l’histoire de la nation franaise, faut voir l’histoire des langues et cultures qui ont t lamines. Il faut toujours voir, pour comprendre la nature de quelque chose, faut toujours comprendre ce qui l’a tu ou ce qui l’a occult, sinon... C’est la premire mthode de la pense critique. Les libertaires savent a, en gnral... pas toujours hlas !

C. H. : Pour en revenir au rgionalisme, vous partagez les gots et la musique du nord-est brsilien ; ici on ne l’accueille pas forcment comme une musique rgionaliste non plus... Ca voudrait dire que c’est dans sa langue qu’on est le moins convaincant, dans sa langue qu’il est plus ncessaire de s’expliquer ?

C. S. :Moi je suis pas du tout un dfenseur des langues, je suis un dfenseur des cultures. Et je trouve qu’un des grands problmes, en France notamment et peut-tre dans d’autres pays, c’est d’idaliser la langue. Quand on idalise la langue, on voit pas que c’est une culture qui parle derrire la langue, et on a toutes sortes de thories sur la langue qui sont fausses, comme celle de l’acadmie franaise, mais aussi celles de militants occitans ou de militants corses. Et les gens qui sont en face, qui sont contre, en fait ont la mme conception. En fait, Chevnement a la mme conception des langues que les nationalistes corses ou occitans. Il ne voit pas que derrire une langue il y a une culture, ils ne le voient pas du tout, et ils autonomisent les faits linguistiques, c’est une trs grave erreur intellectuelle qui cre des erreurs ensuite sur le terrain, parce que l, bon.... Vous savez que les militants occitans par exemple, qui n’arrtent pas de parler de langue, qui ne montrent pas aux gens que derrire cette langue il y a des valeurs qui sont portes, des valeurs qui sont intressantes pour aujourd’hui, ils font fuir les gens, ils ne s’en rendent mme pas compte, ils se demandent pourquoi ils son t si peu nombreux, mais... D’ailleurs Montpellier, vous avez eu beaucoup de gens comme a, et c’est certainement pourquoi Montpellier aujourd’hui est si vide de tout occitanisme vivant, c’est parce que vous avez eu beaucoup de professeurs d’universit et autres qui sont tombs dans tous ces... d’ailleurs vous avez eu les chefs, Montpellier vous avez eu tous les chefs de la... des idologies linguistiques, ils sont partis de Montpellier. C’est bte pour vous, mais...

M. P. : La ligna imaghinot, elle va de Toulouse Marseille, et elle va peut-tre au-del, mais c’est vrai qu’on a l’impression qu’elle contourne trs largement Montpellier...

C. S. :Oh, elle contourne pas, mais c’est vrai qu’ Montpellier on a jamais trouv.... Bon, mais si, y’a des gens bien Montpellier, y’a plein de gens biens, mais ils sont pas trop dans le mouvement occitan, apparemment ils sont en dehors (rire). Mais ils sont raison, moi y’a des gens qui me disent des fois, Montpellier ou ailleurs : "ah oui mais vous savez, nous on est pas dans le mouvement occitan". Moi a me drange pas, des fois c’est vraiment mieux, quoi ! (rire) C’est vraiment mieux des fois... D’autres fois non, d’autres fois c’est... dans certains endroits c’est les occitanistes qui portent quelque chose. Toulouse c’est net, Marseille c’est net, dans le Cantal c’est net... il y a des endroits ou c’est fort, mais y’a des endroits o, bon... il vaut mieux pas... au contraire il vaut mieux se tenir loin, a dpend des fois.

C. H. : Pour parler de Ste, on connat les Mourres de porc...

C. S. :Oui, je les ai entendus, oui. Y’avait un autre groupe que je connaissais qui tait pas mal...

M. P. : Les Zygomars Mandols peut-tre...

C. S. :Oui c’est ca ! Exactement. Puis aprs, je sais pas... Je suis pas trs au courant de l’actualit musicale stoise. En tout cas on aurait besoin d’un groupe de Ste ou de Montpellier qui soit... (il fait claquer sa langue) on aimerait bien.

M. P. : Il y en a quelques uns qui mergent quand mme, certains vous avaient invit il y a pas si longtemps de a sur la fac Paul Valry...

C. S. :Ah oui, un groupe de ragga... des jeunes... Mauresque Fracadub, qui sont des enfants de Massilia un peu.

M. P. : Pour venir un autre groupe qui a fait un mini tube... d’estime pourrait-on dire il y a 7 ans. C’est un groupe qui s’appelait Les Durs Baladins. Est-ce que les Durs Baladins vont renatre de leurs cendres l’occasion de ces... nouvelles lections ?

C. S. :Alors j’ai quelques accointances avec eux. Peut-tre qu’ils peuvent renatre mais... aprs les lections, parce que si aujourd’hui ils disent... si aujourd’hui ils chantaient...

M. P. : Chirac je t’aime ?

C. S. :Non, pas Chirac je t’aime, parce qu’aprs... ils se moquent, mais "Chirac, on veut pas de toi comme prsident"... (rire) a pourrait prendre, en ce moment, une rsonance particulirement bizarre ! Mais c’est rigolo (rire), la question est bienvenue !

M. P. : Justement, la position des Fabulous par rapport ce second tour des prsidentielles, est-ce qu’elle est tranche, arrte, est-ce qu’il y a un mot d’ordre que vous faites passer dans vos concerts ?

C. S. :Non, parce que d’abord on a pas tout f... je dis pas qu’on a pas les mmes ides, on est branchs, quoi, on a peu prs les mmes ides, mais bon... En tant que groupe de musique, on veut pas proposer... un vote, quoi. C’est pas tout fait notre rle, de s’instituer en mecs... en personnes qui ont des choses apprendre aux autres dans ce domaine. On est pas plus forts que les autres. Personnellement, moi je voterai... et pourtant !... moi je voterai Chirac sans problme...

C. H. : Et inciter les gens manifester ?

C. S. :Alors, inciter les gens manifester, c’est un peu plus difficile... Toulouse on a eu un dbat avec quelques personnes sur tout a. Bon, il y a les risques ventuels de drive, mais enfin, y’a aussi le fait que... enfin moi je prfre mettre l’accent sur le travail au quotidien, persvrant pendant toute l’anne, parce qu’il y a aussi la bonne conscience de gens qui font rien pendant l’anne, et puis bon... quand il y a un vnement, ca y’est, c’est Robin des Bois, c’est les justiciers masqus, enfin... les justiciers contre le fachisme... Ils trouvent un rle de Cow-boy, la, ben tu vois, a, depuis 68 a commence tre agaant, quoi. C’est juste dans les moments... On dirait qu’ils sont contents quand il y a de la violence, parce qu’ils peuvent enfin exister. Ca c’est vrai que a me fait peur aussi, mme si je comprends l’agacement - ou plus que a - de certains. Et puis je comprends que les jeunes aussi, ils aient toujours envie d’en dcoudre un peu... y’a aussi l’nergie normale de la jeunesse qui veut... Mais... Il y a plein d’nergie mettre aussi dans plein plein plein de choses pour faire de sa ville le plus beau parc, ou de son quartier le plus beau parc, sans croire qu’il l’est dj. Il y a plein de choses faire, qui des fois sont trs dures et demandent beaucoup beaucoup d’nergie. Et si chacun faisait a, et allait dans une manif, je pense qu’ils iraient devant les CRS les mains en l’air et... je veux pas dire que je reviendrais aux hippies, mais je suis un peu nostalgique quand mme (poilade)...

C. H. : Quand on s’intresse aux chansons qui parlent du fachisme, qui l’affrontent directement, on tombe sur de nombreux textes ou de nombreux slogans... Comment a se fait que tant d’nergie ait t manifeste dans ces chansons qui sont lgues en hritage et qui sont aussi un discours civique... comment a se fait que finalement, l’outsider puisse autant surprendre que a ?

C. S. :Ouais mais faut pas confondre... Moi je pense qu’il ne faut pas confondre, en musique, ce qui est dit et ce que fait la musique. Y’a des chansons, moi je me souviens... dans les annes 70, y’avait des chanteurs avec une guitare qui chantaient "vive la rvolution ! vive la rvolution !" et tout le monde restait assit et personne bougeait. Aprs sont arrivs des gens qui faisaient une musique totalement diffrente, qui parlaient pas de rvolution, qui faisaient "yeah yeah yeah", et tout le monde sautait et a a canalis des nergies. Donc, tu vois, y’a plein de gens qui prennent la pose, des chanteurs franais et autres, qui prennent la pose, et c’est vrai que, bon, il faut qu’ils disent qu’ils sont contre Le Pen, mais bon, je veux dire... C’est un clich, moi la limiteje... la limite, ils n’ont que a dire, quoi ! Et la limite je me demande si a fait pas le contraire, tu vois. C’est un positionnement oblig : "j’ai ma guitare, eh ben videmment que je suis contre Le Pen ! Je suis pas raciste, moi, videmment !". Tu vois, c’est clich, c’est pose, c’est dangereux, et... c’est CON. Vritablementc’estcon,donc y’a plein de gens et de chansonqui sont cons.

M. P. : ...contre productifs ?

C. S. :...qui sont contre productifs, et qui font le contraire de ce que... Moi, si j’analyse une musique, y’a des musiques qui sont contre a, mais c’est pas que les paroles, c’est aussi le style de musique aussi, tu comprends ? Les vieilleries de la chanson franaise de varit DE MON CUL, eh ben elles peuvent tre contre Le Pen, mais elles sont rellement RACTIONNAIRES. Elles sont RACTIONNAIRES dans la musique elle-mme, elles sont RACTIONNAIRES dans leurs accords, elles sont RACTIONNAIRES dans leurs rythmes, elles sont RACTIONNAIRES dans leurs mlodies, elles sont RACTIONNAIRES dans leur structure, sans parler des paroles ! Moi je peux avec vous faire une analyse des chansons anti Le Pen sans parler des paroles, ils sont anti Le Pen dans les paroles, dans leur musique... ils sont RACTIONNAIRES. Et aprs ils sont RACTIONNAIRES dans leur manire de parler avec le public, ils sont RACTIONNAIRES dans la faon dont ils ngocient avec les maisons de disques, ils sont RACTIONNAIRES dans leur rapport avec les syndicats de musiciens, ils sont RACTIONNAIRES avec les organisateurs, ils sont RACTIONNAIRES avec les roadies et les techniciens, tu comprends ce que je veux dire ? Alors... BASTA, BASTA !

M. P. : Sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, tu penses quelqu’un en particulier ?

C. S. :Je pense trop. Et en plus si je disais quelqu’un, l maintenant, faudrait que je le prouve ! Sinon, on va me dire que c’est des accusations gratuites. Non, y’en a vraiment beaucoup qui sont comme a. C’est facile, tu vas la radio, le mec il dit "alors vous tes..." "ouais, bien sr ! Je suis contre Le Pen !". Tu vois, j’veux dire... " BAS le SIDA !", quoi... personne se lve jamais contre ces gens la. C’est un peu comme quand Massilia disaient " bas les cons"... comment c’tait... je leur ai reproch souvent... "STOP le conneau !". Dans une salle, t’as 5000 personnes, tu dis "les conneaux dehors !", tout le monde se retourne pour voir que c’est l’autre, personne sort ! Tu comprends ? Bon... Massilia c’est mes copains, je dis pas qu’ils sont comme a, ils font de trs bonnes choses, mais ce slogan je le trouvais con, parce que c’est peu... tu vois, "Les fachistes dehors !", bon ben personne sort, quoi ! C’est...

C. H. : ... c’est l que l’on atteint les limites de la musique ?...

C. S. :Moi je pense que la chanson elle a un grand truc, et c’est pas que les paroles. Quand les jeunes des quartiers se sont empars du rap, ils chantaient en yaourt, mme les paroles elles taient con des fois, les paroles anglaises, elles taient machistes ou quoi, tu vois, mais le seul fait... c’tait hyper en avant, parce que c’tait une forme musicale dont s’emparaient des jeunes pour s’exprimer, a a chang les choses. La dfinition de la banlieue dans le dictionnaire, aujourd’hui aprs le rap, elle est diffrente de celle qu’il y avait avant le rap. a a chang le regard et le discours sur la banlieue, a a marqu les gens. Donc la musique a change les choses, oui, mais y’a des musiques qui changent les choses et y’a des musiques qui conservent. Et les musiques qui conservent, c’est des fois des musiques qui n’arrtent pas de dire qu’elles changent les choses. Les conservateurs, en fait, quel est leur meilleur rle ? C’est de se dguiser en rvolutionnaires, tu comprends, je veux dire : un conservateur, pour conserver, il a intrt se dguiser en rvolutionnaire, c’est sa premire panoplie ! son premier masque ! Les vrais rvolutionnaires de la vie quotidienne, ils passent pas leur temps prendre la pose du rvolutionnaire, ils font des choses, quoi. Ils travaillent... dans la musique, dans la radio, je sais pas moi, ils se battent... Ils font des choses tous les jours, ils font pas que prendre des poses.

M. P. : On va te souhaiter un bon concert ce soir... d’autres dates prvues avec Heleno ?

C. S. :Pas pour la rgion... L on part Lyon, on va Paris, dans la banlieue parisienne, Sannoy. Puis l on va Lyon, dans un quartier difficile, on va se rgaler, on va danser. Parce que c’que j’ai pas dit c’est que ce bal, a rconcilie les gnrations, t’as les hip-hopeurs, t’as les jeunes du ragga, les gens de la salsa, les gens du bal musette de 80 ans, les nostalgiques du bal papa, ET MME les nostalgiques du bal trad’, qui se retrouvent ensemble et qui dansent ensembles. a c’est une rponse certaines choses.

M. P. : On disait hors micro qu’il y a un album en prparation pour les Fabulous...

C. S. :Oui, sortie prvue pour dcembre 2002, janvier 2003... On viendra vous l’amener tout de suite...

M. P. : Ben on espre bien !

C. S. :Et on attend vos critiques... trs dures (rires)

M. P. : Merci beaucoup.

C. S. :Merci beaucoup vous !

propos recueillis par Manuel Plaza et Cyril Hugo


 
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