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FABIO VISCOGLIOSI - "FENOMENO"

lundi 24 septembre 2007 - 9h10 - 12h45 - 17h45


lundi 24 septembre 2007, par Manuel Plaza

Puisqu’on s’aprête à passer quelques trois semaines en sa compagnie (il est le premier invité de Bruits de fond, nouveau rendez vous quotidien sur Divergence, du lundi au vendredi à 11h40, rediffusion samedi à 15h), il semblait assez naturel de consacrer cette première chronique de la saison à Fabio Viscogliosi, auteur d’un second album intitulé Fenomeno, sorti sur le label Microbe au printemps dernier.

Le meilleur disque du monde de la quinzaine – lundi 24 septembre 2007

FABIO VISCOGLIOSI - FENOMENO

C’est auprès des amateurs éclairés de bande-dessinée indépendante que Fabio s’est d’abord fait connaître, même s’il convient plutôt de parler, propos de son travail, de livres illustrés.

Une dizaine d’ouvrages ont été édités chez l’Association, Cornélius ou Le Seuil ; des livres peuplés de chats aux errances émouvantes, d’échassiers ahuris, d’ânes placides accros à, la clope, qui élaborent en silence, et en dépit du bon sens, d’improbables réactions en chaîne, dont l’issue catastrophique reste toujours suggérée.

Au fil des pages crayonnées par Fabio s’ébauchent les contours d’une cartographie intime des bords du vide, un inventaire poétique des accidents possibles, un répertoire aléatoire de désarrois plus ou moins dérisoires.

"L’espace, dès le départ était une chose floue, sans fin ni début" énonce Fabio dans l’avant-propos de son livre intitulé Dans l’Espace (dit au Seuil en 2001) ; "on s’aperçut rapidement qu’il était rempli d’objets divers, corps solides, liquides ou gazeux. Toute rencontre se chargeait de risque et de mystère".

Espace, risque et mystère, autant d’ingrédients qu’on retrouvait également dans le bien nommé Spazio sorti l’année suivante sur le label Microbe. Un premier album solo sur la pochette duquel apparaissait déjà son âne fétiche, aux prises avec une corde volante.

Car, bien sûr, Fabio Viscogliosi est également musicien, et si les passerelles entre son travail graphique et sa musique apparaissent de manière évidente, c’est bien sur la musique que l’on s’attardera dans cette chronique

Dessin et musique, deux activités entre lesquelles navigue, depuis une vingtaine d’années, notre ami Lyonnais (Lyonnais de souche Italienne, comme vous l’aurez deviné).

Avec Big Yum Yum, tout d’abord, sorte de la boratoire musical créé dans les années 90 avec son complice Sylvain Koelsch, multi-instrumentiste lui aussi ; un projet dont la seule trace demeure l’album Clic Clac, 10 musiques de films revisitées, un recueil de posie musicale accidente, une ode la non-virtuosité sur lequel le duo reprend les thmes de Jules et Jim ou des Valseuses, acccompagn par un orchestre de trs jeunes apprentis musiciens.

Et puis ce fut l’aventure Married Monk, groupe emmené par Chrstian Quermalet, que Fabio rejoint pour l’enregistrement de l’album R/O/C/K/Y , et qui acompagnera ensuite Yann Tiersen pendant quelques années, sur scène et sur disque.

Parmi les trois chansons qu’interprète Fabio sur R/O/C/K/Y, deux le sont en Italien, nottament une très belle reprise d’un titre de Lucio Battisti, monument de la chanson italienne des annes 70 plutôt méconnu chez nous.

Trois chansons, c’est bien, mais pas suffisant, se dit Fabio qui décide de creuser son sillon de crooner fragile et mélancolique sur la durée d’un album solo.

Ce sera donc Spazio, premier album solo alternant bricolages instrumentaux rêveurs et romances chantées (et désenchantées) en Italien. Un disque propos duquel Fabio nous disait, au moment de sa sortie :

Je pense avoir affiné mon approche de l’espace. J’ai réalisé que je n’y étais pas tout fait . J’aime bien cette idée d’être "presque". Mon disque est presque pop, sonne presque comme une musique de film, mais pas vraiment ; ça se situe toujours à la lisière, à l’endroit où le truc peut basculer, se pervertir, se tordre. (...) je me suis aperçu que ce point d’équilibre ou de rupture était récurent dans mes productions. Là, j’ai réussi le nommer : presque dans l’espace, (Quasi Nello Spazio, titre qui ouvre l’album, ndlr) c’est un lieu qui suscite une réflexion intéressante.

Cinq ans après Spazio, Fabio nous revient avec le phénomnal Fenomeno. Sur la pochette, dont il signe évidemment l’illustration , l’âne de l’espace s’est dépétré de sa corde, mais un tsunami champignonesque menace de l’empêcher de fumer tranquillement sa clope.

Comme son prédécesseur, Fenomeno est un catalogue de petites mécaniques ultrasensibles, d’équilibres miraculeux, d’épiphnomnes pop, de douceurs contrariées, de sortilges légers, de vertiges familiers, et de tas d’autres choses encore, pour peu qu’on se donne la peine de les y débusquer.

Mais le plus souvent, il n’est pas nécessaire de chercher bien loin. Dès l’ouverture, Di Strilli déploie une charge émotionnelle terrassante. Demandez le lui gentiment, et Fabio Viscogliosi vous en traduira le texte : On avance à quatre pattes dans un monde de cris

On se relève dès le titre suivant, Lago, pour une franche embardée rock’nroll sur les berges d’un lac, puis vient le morceau-titre, Fenomeno, et son swing métronomique, balade somnambule et funambule au dessus d’un noir précipice d’où parvient un écho inquiétant.

Qu’on se rassure vite, car le voyage vire ensuite à l’insouciance insulaire avec Isola, à la joie solaire sur Astro di Gomma, au reggae pastoral avec Paradizoo, à la sensualité débridée sur Hase, sans oublier le délicat Il Nostro Caro Angelo, nouvel hommage au maestro Lucio Battisti , cette fois-ci, en duo avec Amedeo Pace, l’un des jumeaux italo-new yorkais du groupe Blonde Redhead

Je n’ai pas décidé du jour au lendemain d’écrire en italien. C’est venu petit petit et c’est lié mon histoire familiale, aux souvenirs d’enfance de mes parents, leur nostalgie, ainsi qu’ une fascination pour certains éléments de cette culture, comme le cinéma ou la chanson populaire, de Lucio Battisti à Adriano Celentano. Il s’agit en quelque sorte d’un travail archéologique. Si à mon sens, tel titre fait clairement référence aux Beach Boys, le fait de le chanter en italien crée un décalage : on n’est plus sur la côte Ouest des Etats-Unis, mais sur la côte Ouest de l’Italie. J’aime cette possibilité de brouiller les pistes et les repères. Et puis il y a certainement une grosse part de fantasme, dans l’image que j’ai de ce pays, et qui est propre aux enfants d’immigrés.

Fenomeno, vision nostalgique d’une Italie forcément fantasmée, idalisée, où Ennio Morricone, Marc Bolan, Lucio Battisti, Robert Wyatt, Alan Vega et Jonathan Richman se piqueraient la ruche au Campari-pamplemousse, en égrenant des pépites pop indolentes, gorgées de soleil et d’amertume. Un disque hors du temps que je vous encourage vivement à vous procurer dans son édition deluxe , une édition qui comporte un panneau pliable de 16 illustrations ralisées par l’artiste.

Et si je ne vous ai pas convaincus, peut-être y parviendra t-il lui même mieux que moi. Rendez vous donc sur Divergence, chaque jour 11h40 jusqu’au 12 octobre pour l ’émission Bruits de fond, en compagnie de Fabio Viscogliosi.

Fabio Viscogliosi – Fenomeno, un disque sorti sur le label Microbe, distribu par Warner.


 
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