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Eric Durand


vendredi 24 septembre 1999, par Gilles Gouget

La valeur n’attends pas le nombre des années... elle attends parfois son heure pour se manisfester.

Eric Durand arrive à Montpellier pour se décider à être photographe avant tout.

Jean-François Fernandez s’est entretenu avec lui, extraits...

Eric Durand : Comme l’indique le titre : "Passages", il s’agit d’une srie de photos sur des personnages dans des situations cocasses ou mystrieuses dans des rues de Montpellier, et qui sont donc de passage un moment prcis, un instant dcisif. En fait, je marche trs peu, je m’installe dans un endroit qui me parat appropri, je sors l’appareil photo et je suis l’affut. Je peux attendre une heure, deux heures, mais je l’attends.

Jean-Franois Fernandez : Vous tes un vrai chasseur d’images en somme... Ces photos ont t prises entre Montpellier et Ste, pourquoi ?

E. D. : Montpellier parce que j’y suis depuis quelque temps, et qu’il y a beaucoup de photos faire Montpellier, qui peuvent sortir de l’ordinaire de part les montpellirains eux-mme plus que de part la ville elle-mme... J’adore, en fait, photographier la chair humaine...

J.-F. F. : Quel est votre parcous au niveau photographique, et qu’est-ce qui vous a pouss en faire ?

E. D. : C’est un parcours un petit peu atypique. Je fais de la photo depuis peu de temps, depuis neuf mois. Mais c’est une passion qui me dvore depuis trs longtemps, bien que je n’en ai pas fait jusqu’ prsent, faute de moyens et de temps, dans mon mtier pass. C’est en arrivant Montpellier que j’ai dcid de me lancer dans la photo en tant que professionnel. Mais avant, il faut s’avertir sur les techniques et sur le regard... quoique le regard, on l’a essentiellement au dbut ou jamais.

J.-F. F. : Comment a ?!

E. D. : On a un style... il se murit, mais si on ne l’a pas au dpart, c’est trs difficile et trs long de l’avoir.

J.-F. F. : J’aurais plutt tendance penser le contraire : en tant que dbutant, on se cherche un peu, et puis on russit trouver son style au fur et mesure que le temps passe et qu’on fait des photos. Et vous dites que le style, vous l’aviez trouv ds le dpart...

E. D. : Je ne l’avais pas trouv... Les photos, c’est beaucoup de psychologie... C’est une auto-psychologie, on fait ressortir beaucoup de choses de soi, de son enfance, il y a des choses inconscientes que je fais resortir, mais en y rflechissant, je savais le pourquoi du comment. Par exemple, sur mes premiers nus fminins, il fallait que je noircisse les yeux de mes modles. Aprs rflexions, je me suis aperu que a remontait au divorce de ma mre. Lors d’une violente dispute laquelle j’avais assist lorsque j’avais quatre ans, ma mre a t jete dans les escaliers, et j’ai vu pour la premire fois ma mre pleurer, et tout son rimmel noir qui coulait sur ses joues. a m’avais marqu mais je l’avais oubli. C’est un exemple entre autre...

J.-F. F. : Vous dbutez dans la photo de manire professionelle depuis quelques mois seulement et on sent que vous avez un oeil aiguis la vue de vos photos ; comment vous expliquez a ?

E. D. : Pour l’instant, c’est pas professionnel, c’est semi-professionnel. Mais j’avance vite, et je ne l’explique pas autrement que par l’enthousiasme que j’ai par rapport tous ces changements dans ma vie, dans le bon sens, et j’ai beaucoup de temps rattrapper...

J.-F. F. : A fond dans la photo.

E. D. : Matin midi et soir... et dans la nuit.

J.-F. F. : Vous n’en avez pas un peu assez parfois ?

E. D. : Non, il n’y a jamais de saturation contrairement ce que l’on pourrait penser. C’est pas du travail, c’est une passion. et je n’ai jamais vu un passionn en avoir assez de... de son coeur qui bat.

J.-F. F. : Tout de mme, aprs une journe de 15 ou 17 heures de photo ?...

E. D. : Pour la prise de vue, non. Mais il n’y a qu’une seule chose que je peux trouver puisante, c’est le traitement de la photo, parce que je les traite moi-mme, je les dveloppe moi-mme, et il y a certains produits qui vous montent la tte, je l’avoue.

J.-F. F. : Comment choisissez-vous vos thmes ?...

E. D. : Je ne les choisis pas vraiment, dans cette phase d’apprentissage, je le ferai peut-tre plus tard. Pour cette expo Divergence, je ne me suis pas dit "je vais faire un sujet sur les Passages". J’ai runit des photos qui reprsentent le thme d’aujourd’hui...

J.-F. F. : Comment choisissez-vous les lieux alors...

E. D. : Je suis assez sensible l’athmosphre d’un endroit. Je me poste un endroit o je resent quelque chose, et partir de l je cherche mon cadrage, mon bon temps avec ma cellule, et j’attends. (...) C’est une histoire de chance aussi.

J.-F. F. : Vous travaillez en noir et blanc... Vous n’aimez pas la couleur ?

E. D. : J’adore la couleur, mais j’ai commen,c par le noir et blanc, parce que c’est plus facile, et c’est aussi cette atmosphre un peu particulire sur laquelle je voulais m’attarder. J’ai limin la couleur au dbut parce que je trouvais que la couleur enlevais des choses importantes sur le sujet...

J.-F. F. : a embellit peut-tre un petit peu ?

E. D. : C’est pas embellir, a cache l’motion. Une couleur peut noyer le sujet principal, celui sur lequel on a port notre regard. Mais j’avoue que la couleur me tente de plus en plus, surtout en ayant vu un artiste qui a expos Visa pour l’image, Perpignan, qui s’apelle Laurent Ounelo et qui a fait des photos en Mauritanie, qui a exacerb la couleur, qui l’a magnifie, qui l’a rendue totalement surraliste. Et l... je serais presque genou devant son magnifique travail. (...)

propos recueillis par Jean-Franois Fernandez


 
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