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Un accordéon, quelques chansons...
vendredi 26 juillet 2002, par
Bientôt, dans le cadre du Festival Musical Régional, on pourra entendre en Languedoc le duo Pariselle/Maes. Pour Emmanuel, ce n’est pas une simple tournée. Il s’agit aussi, d’une certaine façon, d’un retour aux sources...
Dans les communes et cités médiévales de Puichéric et Barjac, lors du bal Mediteria à Jonquières, ainsi que dans l’isolement de la magnifique église de St-Flour du Pompidou, Emmanuel Pariselle et Christian Maes passeront en « coup de vent » dans la région. Surtout, ne les manquez pas !
Pascal Jaussaud : Emmanuel, tu as vcu et dbut en musique Montpellier...
Emmanuel Pariselle : Bien sr, c’est toute une poque. J’ai rellement commenc avec Michel Pichavant, en Rgion Parisienne, sur des fltes irlandaises ; nous partagions les mmes passions musicales, nous aimions les festo-noz en Bretagne. L, j’ai pris de grandes claques voir danser les gavottes toute la nuit, Collorec, dans les montagnes, dans les annes 1969-70. Arrivant Montpellier en 1972, j’ai rencontr une bande de musiciens. Deux groupes existaient, dont Ira String Band, avec Jacques Bout au violon, Grard Beuzon, maintenant luthier Sommires, James Jacquelin et mon frre la contrebasse. J’ai un peu jou avec eux, avant un autre ensemble un peu plus important, Tonton Colophane, parce qu’il y avait beaucoup de violons et de contrebasses. J’ai galement fond un autre groupe, Le Veau Gras, avec Philippe Desain, qui depuis est devenu sonorisateur, et Guy Battifort au violon. On s’tait pay un bus, avec lequel nous tions partis en tourne en Angleterre. Montpellier, en 1975, Michel Bismut, Jean Pougnet, Emmanuel Pelletier, Didier Oliver et moi-mme avons fond le folk-club La Dame Jehanne. Nos locaux taient situs Rue Jeanne D’Arc, prs de la Place de La Canourgue. Il y avait plusieurs salles, et on louait le lieu pour une bouche de pain.
P. J. : Quels taient les programmes de ce folk-club ?
E. P : Il n’y avait pas de programme, tous jouaient : les musiciens seuls et les petits groupes dj tablis, tous ceux qui taient l. C’tait compltement informel. On dcidait d’organiser une soire quinze jours l’avance, on dposait trois papiers la Fac, et en quelques coups de tlphone il y avait 250 personnes qui arrivaient ! Les Gitans du quartier dbarquaient, les Maghrbins venaient taper la darbouka, on servait la soupe l’oignon au petit matin, c’tait hallucinant ! Et a jouait bien, en plus, avec toutes sortes d’instruments. Je m’tais bricol une sorte de chalemine avec un morceau de tuyau, une anche simple et une corne de chvre au bout. L’aprs-midi, je terminais de la fabriquer. Le soir j’en jouais sur scne pendant une demi-heure ! Il y avait certainement beaucoup de navet ou de candeur chez nous cette poque : on se jetait sur scne avec un bagage minuscule, mais on y croyait tellement que a passait. Et puis, c’tait en phase avec l’esprit caractristique du Languedoc : carnavals, animaux totmiques, la Fte...
P. J. : Une majorit de musiciens “trad” en Languedoc sont issus de mouvements occitans plutt que du milieu folk. Quelle importance donniez-vous la musique occitane dans les annes 70 ?
E. P. : Les militants occitans venaient nos soires (le groupe Cardabla, Alain Charri, Brigitte Mouchel, Michel Fabre, pour ne citer qu’eux). Ils chantaient en occitan, jouaient de la cabrette. Les musiciens qui venaient La Dame Jehanne pratiquaient tous les styles de musique : irlandais, bluegrass, cajun, breton... Pas de sectarisme, tout le monde se parlait. Aujourd’hui, c’est peut-tre plus difficile. Si tu joues un morceau cossais lors d’une session irlandaise, on te regarde de travers. C’est autre chose avec les Irlandais ; si tu joues avec eux, ils se tournent souvent vers toi aprs : Et toi, qu’est-ce que tu joues ? change musical, chacun son langage. Pour ma part, j’ai arrt de faire de l’irlandais. Chaque musique traditionnelle voque son paysage, ses propres ambiances. Un musicien, assis face la Mer d’Irlande, peut composer un slow air. Ste, a le fait moins ! Mais bon, a ne m’empchait pas de jouer un peu avec Brian Bolger dans son bar (le Centre Culturel Irlandais de Montpellier : NDLR). On descendait dans sa cave, c’tait humide, a sentait la bire, Brian chantait et a ronflait ! . Mais ds que tu sortais en plein soleil...
P. J. : C’est peut-tre pour cela que tu as cr Tramontane, un groupe plus influenc par les musiques mditerranennes...
E. P. : J’ai jou pendant longtemps en duo avec Katherine Bersoux. On a beaucoup tourn, beaucoup voyag. Quand nous avons enregistr le disque Sarajevo, nous avons demand Laurent Audemard de venir jouer de la clarinette. Le trio Tramontane aimait beaucoup les musiques de la Mditerrane, les modes mineurs, les airs bulgares... Concert trs beau, mais pas trs gai. En souvenir d’un prcdent groupe, le Veau Gras, et pour changer d’ambiance, nous avons cr French Alligators. Ce groupe a beaucoup tourn, environ cinq ans. Un des premiers groupes cajun en France mettre l’accent sur la danse. Nous avons anim de nombreux stages et bals cajuns, comme Gennetines, et sensibilis beaucoup de gens aux danses de Louisiane. D’autres groupes ont plus travaill la musique. Je suis trs admiratif du groupe Vermenton Plage, par exemple. J’ai dmarr l’accordon diatonique en 1975. cette poque, les gens ont commenc danser. Nous avions mont des ateliers. Je n’aimais pas spcialement l’accordon, mais c’tait quand mme plus efficace que la flte pour faire danser. J’ai rencontr Serge Desaunay qui m’a montr quelques trucs, mais j’ai quand mme principalement travaill en autodidacte. J’ai beaucoup accompagn Marc Robine. jouer derrire un chanteur, j’ai dvelopp tout un systme de jeu en accords, plus efficace que la mlodie double.
P. J. : Comment en vient-on jouer avec Martin O’Connor ?
E. P. : Avec Marc, j’avais eu l’occasion d’aller jouer Tnder, au Danemark, dans un grand et fantastique festival. En tranant, je suis tomb sur un gars un peu paum, avec une petite bote d’accordon, visiblement avec un diato l’intrieur. Je lui ai demand : You play squeezebox ? On s’est assis dans un coin et l’on a commenc jouer, dans une petite salle isole, lorsqu’un orage a clat. On a jou pendant quatre heures. Et je me suis dit qu’il tait quand mme trs brillant. C’tait Martn O’Connor... Le lendemain tait programme une espce de scne libre, pour la fin du festival. On y a jou un thme roumain. L’organisateur est venu nous dire que si nous montions un duo, il nous embauchait l’anne suivante ! On a donc cr ce duo, qui a exist pendant deux ou trois ans. On faisait deux tournes de quinze jours par an, et l’on est devenus trs bons amis.
P. J. : Et Christian Maes ?
E. P. : Avec Martn O’Connor, nous avons anim un stage l’auberge de La Double cluse, dans le Doubs, lors d’une tourne dans l’Est de la France. C’est l que j’ai rencontr Christian Maes pour la premire fois. Puis on s’est revus souvent puisque, travaillant tous les deux sur les accordons Saltarelle (pour conseiller et mettre au point des modles), on nous avait demand de tenir le stand St-Chartier. Chaque anne, pendant les quatre jours du festival, on avait le temps de faire de la musique. On s’est vite aperus que, mme si nos instruments n’taient pas identiques, nous pouvions, avec des personnalits diffrentes, faire quelque chose...
P. J. : En quoi vos accordons diffrent-ils ?
E. P. : Christian joue sur un systme irlandais (do#/r), trs intressant pour le jeu mlodique. Mon accordon est plus classique, mais revu la manire Pariselle , bas sur mes recherches pour l’accompagnement. Ainsi on se complte trs bien : Christian se concentre sur les thmes, moi je fais des accords et je chante... par exemple L’Auberge de La Double cluse , que j’ai compose l-bas. J’ai toujours chant. Dans Tramontane, avec Katherine, comme pour les airs cajuns de French Alligators, bien videmment. Mais j’ai bien plus dvelopp cela avec Martn et Christian, car j’aime bien alterner deux instrumentaux avec une chanson. Pareillement, j’aime bien finir par un bal. Pour moi, un bon concert, c’est cela. J’aime bien mler un peu tout quand je vais quelque part, aussi bien les contes pour enfants, les stages, le bricolage sur les accordons...
P. J. : Tu as particip la ralisation, avec Marc Robine et Gabriel Yacoub, de L’anthologie de la chanson traditionnelle franaise. Une quinzaine de CDs, accompagns d’un pais bouquin avec partitions et textes...
E. P. : Le renouveau de la musique traditionnelle en France a dmarr par le chant, avec Ben, Catherine Perrier, et tous les autres. C’taient des chanteurs. Et puis, les gens ont commenc s’intresser aux instruments, la danse, et le chant est pass au second plan. Quand on a travaill sur L’anthologie , on a eu un peu de mal trouver des chanteurs. Finalement, on s’est tourns vers ceux qui avaient fait du collectage dans les annes soixante-dix : ils possdaient des timbres de voix, des styles, et ils taient l’aise dans leurs rpertoires. prsent, on revient au chant. La danse et l’accordon diatonique ont, par contre, toujours surnag.
P. J. : Vous allez donner des concerts, cet automne, en Languedoc-Roussillon, Christian Maes et toi.
E. P. : Aprs notre disque, Coup de vent , nous avons jou Montpellier pour un concert Mediteria en fvrier 1998. Avec Christian, on se connat trs bien. Quand on se retrouve, chacun a toujours un ou deux nouveaux morceaux proposer. On les travaille, on les intgre, parfois la place de thmes qui commencent nous lasser. Tu sais, notre rpertoire, c’est un peu comme la soupe du clibataire : les gars qui avaient une grosse casserole, dans laquelle ils rajoutaient, chaque jour, un bout de quelque chose. Ils touillaient un peu, et c’tait trs bon. L’important, c’est qu’il faut que a drive , que a ronfle . De ce point de vue, on est pareils, le Christian et moi. On vient de faire un concert chez Les Brayauds. J’avais la liste des morceaux pose ct de mes pieds, avec quelques ides mais dans le dsordre, et j’enchanais chansons et instrumentaux au gr de l’ambiance. Le Christian, lui, tout lui va ! Je lance les morceaux, parfois il me suggre un thme, et puis a dmarre. Si tu fais une liste trop arrte et que tu t’y tiens absolument, tu oublies un peu le public.
P. J. : Le thme du Festival Musical Rgional est l’accordon. Il se trouve que tu es l’un des rares t’tre passionn pour le concertina.
E. P. : Ce n’est pas la musique de concertina qui m’attire, mais rellement l’instrument, sa facture. C’est un objet merveilleux, incroyable. J’ai bricol de nombreux accordons, j’en fabrique de plus en plus, mais je suis incapable de construire un concertina. J’ai jou du modle english ou d’autres systmes, mais le doigt ne me convenait pas totalement. C’est un instrument trs diffrent du diatonique. Je me suis donc dessin un concertina avec le doigt de l’accordon diatonique, ce qui m’a permis de conserver les qualits du concertina sans avoir tudier l’instrument ! Mais j’ai vite abandonn l’ide de le fabriquer moi-mme, quand j’ai compris la difficult du chantier. Ce sont Collin et Rosalie Dipper, qui vivent Heytesbury une douzaine de miles de Stonehenge, qui l’ont ralis. Et c’est une Rolls-Royce ! Le rsultat a dpass toutes mes prvisions.J’avais crit un article dans Trad’Magazine sur ce travail, mais il n’a pas eu un grand cho, je crois. C’est surprenant car, au dbut, je pensais que tout le monde allait se ruer. Collin et Rosaly Dipper ont tout de mme fabriqu quelques autres modles, ensuite. Ce sont de vritables artistes. Ils fabriquent avec beaucoup de feeling, il faut aller les rencontrer, que la confiance s’installe. On ne commande pas un instrument chez eux avec une simple lettre...
P. J. : Quels autres concerts proposes-tu en ce moment ?
E. P. : part le duo avec Christian, il y a celui avec Didier Oliver. On se connat depuis presque trente ans. Il joue de la mandoline, du violon et chante. Plus rcemment, on a mont le spectacle La bergre, avec la chanteuse Sylvie Berger et le guitariste Julien Biget. On y interprte aussi des chansons trois voix, et nous avons quatre ou cinq chansons a cappella dans le concert. Je joue enfin avec Grard Delahaye, pour un conte pour enfants, Nuit blanche l’le noire. Yann Honor la basse et Pierre-Yves Protais, batteur, sont aussi de la partie. Je n’aime pas jouer tout seul. Le duo me va bien. J’aime bien discuter sur scne, les gens comprennent ce qui se passe. Je suis un inconditionnel de la formule duo. Dj, avec le trio, cela devient compliqu... quatre, ce n’est plus possible !
P. J. : Pour terminer, si l’on remonte La Dame Jehanne Montpellier, tu reviens ?
E. P. : a va se faire, sans blague ?
Souvenirs raconts St-Chartier, Pascal Jaussaud










