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Dupain

Rencontre avec Samuel Karpienia.


vendredi 16 mars 2001, par Gilles Gouget

Cette drôle de pochette est arrivée dans les bacs pour démarrer cette année 2000. Fondé en 1997, le groupe est né très vite de la rencontre de Samuel KARPIENA (chant et tambourin), Samuel De AGOSTINI (percussions) et Pierre-Laurent BERTOLINO : (machines et vielle à roue), pour leur troisième passage à Montpellier, Dupain se sont produit en première partie de la tournée de 100% Collègues...

G. G. : Ce n’est pas la premire fois que vous vous produisez Montpellier...

Samuel Karpienia : Beh, dans cette salle c’est la troisime fois. On tait venus avec les Ngresses Vertes, et une fois pour le festival Musiques Mditerrannennes, avec une chanteuse d’Isral, je sais plus qui...

G. G. : Est-ce que tu as toujours chant en occitan ?

S. K. : Non, mais je n’ai chant qu’en occitan. C’est dire que ds que je me suis mis apprendre l’occitan, je me suis mis chanter. J’aimais beaucoup le Flamenco, j’en chantais comme a, et j’ai voulu trouver un truc moi, et le fait d’apprendre l’occitan m’a donn l’envie de chanter.

G. G. : Est-ce que l’album L’Usina est l’aboutissement d’un long travail ? a s’est pass comment ?

S. K. : L’aboutissement, non. a marque une tape d’un travail qui tait autour du thme de l’usine, de notre rencontre avec Sam, Pierre Laurent, tous les trois. a marque deux ans de rptitions, de travail, et par la suite on fera autre chose. On a plein de projets... c’est jamais un aboutissement, a concrtise ton travail un moment donn, mais nous, ds qu’il a t fait, c’t’album, on a pens en faire un deuxime, quoi.

G. G. : Qui est dj en prparation ?

S. K. : On y pense beaucoup, seulement, on a beaucoup de dates, alors on a du mal prendre le temps de se poser, mais on y pense beaucoup et je pense qu’il devrait sortir l’anne prochaine.

G. G. : Il y deux choses dans votre musique : un univers musical original, et puis ta voix. Comment tu travailles quand tu cris, est-ce que l’motion vient de la musique et de la voix, et puis tu cris ensuite, ou bien est-ce compltement diffrent ?

S. K. : Moi, je crois que a vient de ton vcu en fait, hein, de ce que tu vis tous les jours, que tu essaies d’exprimer musicalement. On coute beaucoup de musiques flamenco, de musiques du maghreb, de musique provenales, tout ce qui se fait Marseille. (...) Les textes, tout est bas sur l’usine, c’est des thmes qui me... c’est pareil, c’est du vcu, c’est l’histoire de mes parents, des collgues autour de moi. Tu peux pas faire de la musique si tu n’as rien dire, si tu n’as pas un vcu riche. Il faut faire plein d’expriences. La tourne avec les Collgues, c’est vachement riche, a nous fait rflchir ce qu’est la musique populaire par exemple, et moi, j’ai envie de faire des choses, d’aller un peu voyager, de rencontrer du monde, faire des ateliers... Y’a d’autres groupes qu’on a mont sur Port-de-bouc, le port-de-boucan-all-stars, qu’on a produit avec un bar de Marseille, le Bar de la Plaine, c’est toutes ces expriences qui font qu’ un moment donn on ait envie de faire de la musique et de raconter ces histoires-l, quoi.

G. G. : Il n’y a personne d’autre sur la scne franaise rencontrer un tel succs en ne chantant qu’en occitan, ton avis c’est d quoi ? la forme musicale, qui se nourrit aussi d’influences ultra-rcentes ?

S. K. : Oh, moi je crois qu’on est vachement l’coute de ce qui se fait actuellement. Par le biais, dj, d’une bonne radio qui est sur Marseille, Radio Grenouille, il y a beaucoup de musiques lectroniques, des choses comme a, mme si nous on coute pas ces musiques la maison, on va les couter grce la radio. Aussi peut-tre la mouvance qu’il y a, un peu, techno ethno, tu vois ? On est l-dedans aussi, quoi. Maintenant, a vient pas de nulle part notre histoire. Avant moi, j’tais dans Gacha Empega, un groupe de polyphonies occitanes qui tait... strictement rpertoire occitan. Avant a, j’tais guitariste dans Kanjar’Oc. Pierre Laurent, celui qui fait de la vielle roue, il a beaucoup travaill dans l’lectronique, les samplers, a fait des annes qu’il fait a. Donc nous un moment donn, on s’est mis ensembles et Pop ! a a... y s’est pass qu’on a sign avec Virgin, on travaille avec Corida et tout va trs vite. Mais si tu veux, avant a il y a eu tout un travail de... d’exprimentation de recherche, de... voil quoi.

G. G. : Justement le fait d’tre distribus par Virgin, est-ce que c’est pass comme une lettre la poste ou, ou est-ce qu’il y a eu des exigences... a s’est pass comment, bien ?

S. K. : Ben, vu qu’on a un style particulier dans une langue qui est assez peu reprsente en France, ils ne pouvaient pas nous imposer quoi que ce soit, donc on a fait ce qu’on a voulu, on a choisi le studio o on voulait enregistrer, c’est nous qui avons dfini le plan de travail, avec tel ingnieur du son, les invits qu’on a voulu inviter... On a fait ce qu’on a voulu, avec l’argent qu’ils nous ont donn. Et jusqu’ prsent a se passe bien, quoi, on a pas de problmes. On est rentrs dans un truc o... ben eux ils jouent leur rle, et nous on a toute la libert qu’on veut...

G. G. : Sans se marcher sur les pieds quoi...

S. K. : Voil ! Chacun fait son travail. Nous on est musiciens, et eux ils produisent, a s’passe trs bien comme a.

G. G. : Est-ce que les gens de la presse que vous rencontrez vous posent souvent la question de la langue, si c’est un choix politique et ce genre de chose, ou bien, est-ce qu’ils passent ct de a ?

S. K. : Contrairement Gacha Empega, avec qui j’tais avant, on avait beaucoup de gens qui nous disaient "qu’est-ce que c’est cette langue, la provence, c’est termin", il y avait une espce de rticence... Avec Dupain, j’ai pas senti de rticence, puisque la musique parle d’elle mme, de ses influences, de son projet politique qui s’exprime par la musique. Politiquement, qu’est-ce que a veut dire ?... a veut dire qu’il y a des cultures qui sont prsentes et il faut en tenir compte, il faut pas essayer de les craser par quelque biais que ce soit, par quelque politique culturelle nationale que ce soit. Il faut pouvoir accepter qu’il y ait des cultures diffrentes sur le territoire national, et a c’est un pas important. Nous on le fait notre niveau, en tant que... occitans, aussi c’est pareil pour les berbres, les cultures prsentes, les kabylles, le flamenco... il faut donner l’occasion ces gens de s’exprimer. Aprs, c’est pas parce que tu chantes occitan que tu as droit t’exprimer (...). Et puis il faut essayer de faire une musique qui soit dans l’actualit. Nous on fait de la musique aujourd’hui, une musique d’aujourd’hui, en regardant vers l’avenir, quoi, pas en regardant vers le pass.

G. G. : En tous cas a s’entend bien dans la musique qui est trs actuelle... tu parlais d’un deuxime album, aprs l’usine, le thme ce serait quoi ?

S. K. : Moi je pensais au racisme, mais... le penser de notre point de vue nous... Marseille... on est dans une culture qui est minoritaire, la culture occitane... une rflexion l-dessus... Marseille, porte de l’orient, le maghreb qui est en face, moi je vais en algrie au mois de janvier parce que il y a des gens l-bas que je connais et qui sont musiciens, et j’ai envie de travailler avec eux... Axer quelque chose l dessus, quoi... Sortir un peu du territoire et se demander qu’est-ce qu’on est dans tout a, quoi... L’identit, en fait, c’est toujours le thme de l’identit... qui on est la dedans ? quoi... par rapport aux autres aussi.

G. G. : Une date de sortie pour ce second album ?

S. K. : On espre le mettre en oeuvre courant avril-mai-juin 2001, pour l’enregistrer en septembre-octobre, et a devrait sortir en janvier-fvrier... 2002.

propos recueillis par Gilles Gouget

P.-S.

Pour en savoir plus, une très longue interview du groupe ici : http://transmediadoc.free.fr/dupain...


 
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