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Dominique Vincent


samedi 15 mars 2003, par Gilles Gouget, Jean-François Rigaudin

Amoureuse de la nature, sa recontre avec un appareil photo lui permet de nous présenter celles, nombreuses, qu’elle a faites avec souches et autres branches que le sel et l’eau de la grande bleue ont façonné d’étrange manière. Le résultat, c’est un bestiaire réaliste et étrange, où se côtoient animaux de tous poils... Rencontre au micro de Jean-François Rigaudin.

J.-F. R. : Dominique Vincent bonjour. Vous tes photographe, et c’est une exposition au titre nigmatique "Trouvs tels quels.. Que vois-tu ?". Des photos de bouts de bois que vous avez trouv sur la plage, comment vous est venue cette ide ?

D. V. : Avant toute chose, je ne me qualifierais pas en tant que photographe, mais plutt en tant qu’amoureuse de la nature. Ces photographies, je les ai ralises au cours de quatre cinq reprises. Je passe beaucoup de temps dans la nature, j’y trouve tout un tas de bois qui m’inspirent, qui me font... qui me montrent des choses, dans lequel je vois des choses. Et je souhaitais en fait faire partager cette vision des choses ... autour de moi, tout le monde en fait, pour avoir un autre regard sur ce qui nous entoure.

J.-F. R. : Quand vous parlez de vos ballades dans la nature... L en l’occurrence il s’agit essentiellement de ballades sur la plage. La plage de l’Espiguette ?

D. V. : Entre autres. Toutes les plages de la rgion sont magnifiques parcourir, dcouvrir.

J.-F. R. : Surtout l’hiver, quand les touristes ne sont pas l.

D. V. : Disons qu’ils ont raison d’en profiter un petit peu durant la saison estivale...

J.-F. R. : Quand on va sur la plage l’hiver, on y trouve des bouts de bois, mais aussi des roues de voiture, des bouts de plastique. La plage l’hiver est bien souvent un peu le...

D. V. : Le dpotoir.

J.-F. R. : Le dpotoir, oui. Le bas Rhne a rejet sur le sable tous ses dtritus. Pourquoi avoir choisi le bois ? Parce que vous auriez pu photographier des choses que la mer aurait rejet, mme si c’est moins potique, des choses plus industrielles.

D. V. : Plus insolites ou plus industrielles... Parce qu’en fait ce qui me plat, c’est le ct nature, c’est le ct simple des choses. J’aime voir ces bois, qui ont t... qui pour moi sont en fait des crations des lments, des crations de la nature, qui nous transmettent certainement plus de messages, qui ont t faonns au cours du temps par les lments, qui m’transmettent... qui pour moi me parlent davantage que des bouts de plastiques industrialiss, fabriqus par des machines qui pour moi n’ont pas... ne vhiculent rien.

J.-F. R. : Le bois y est mis nu, et dgage une certaine expressivit.

D. V. : C’est le ct magique dans le message que je souhaite faire passer. C’est ce ct de seconde vie et de renaissance. Parce que tous les lments se sont allis pour nous donner ces cratures, qui vivent nouveau. Parce que c’est la photographie vivante, tire de bois mort et qui nous apporte peut-tre rflchir sur... ben sur le principe de seconde vie, parce que je pense que mourir, c’est renatre dans la lumire. Et au travers de la photographie, c’est la lumire qui met en uvre ces ombres, ces bois, et qui les anime, qui leur donne des... Entre autres des expressions.

J.-F. R. : Vous avez tenu ajouter quelques phrases cette exposition, qui se terminent par "Quels messages nous dlivrent-ils ?". Avez-vous trouv un ou des messages dans ces bouts de bois ?

D. V. : Diffrents messages oui, bien sr, bien sr, qui me sont propres, et chaque personne qui regarde ces photographies, en fait, y voit, je pense, la projection de son... de son subconscient. Chacun a une vision diffrente des choses. Au quotidien... je veux dire, deux personnes ne verront pas la mme chose ou ne vivent pas la mme situation de la mme faon. Les gens y trouvent leur propre message.

J.-F. R. : Alors en regardant ces photos, on voit tout de suite des animaux. Beaucoup, d’ailleurs, puisqu’on voit un cheval, un serpent, une autruche, un rhinocros, un poisson, un crocodile, un chien, un singe, un cerf, un flamand rose, Jacques Chirac (cher chez l’intrus !), on va y revenir. Les animaux... vous aimez ?

D. V. : Bien sr, oui. Ils font partie de la nature, ils sont... Je trouve que l’animal agit instinctivement, chose que nous, les hommes, devrions retrouver, en fait. Ils sont simples, ils sont nature, y’a pas de... part la loi du plus fort qui aussi rgne chez l’homme... Mais l’animal, au dpart, est plus instinctif que nous, et on devrait davantage s’couter pour se permettre d’avancer plus paisiblement.

J.-F. R. : La plupart sont d’une vidence incroyable. Comment tes vous arrive traduire aussi bien... avec les problmes de lumires, de prises de vues... On est pas toujours sr du rendu sur papier.

D. V. : Bien sr. Je le savais encore moins, dans la mesure o comme je vous l’ai expliqu tout l’heure, je suis avant tout une amoureuse de la nature, donc... Je vois des choses, je vois des choses partout autour de moi lorsque je me promne. C’est un petit peu le message que je souhaite faire passer au travers de ces photographies, c’est que le bonheur il est tout autour de soi, en fait, porte de l’il quand on prend le temps de regarder, porte de l’oreille quand on sait couter, et porte de notre ressenti quand on a un vrai change avec les gens qui nous entourent. Donc ces bois me parlent, je les trouve expressifs, j’y vois des choses. Donc, des sculpteurs me conseillaient d’exposer ces bois, qui sont en effet de magnifiques crations de la nature, mais je n’y ai aucun mrite...

J.-F. R. : Sauf de les avoir rvls.

D. V. : De les avoir vus, oui, rvls par le biais de la photographie. Donc je me suis munie d’un appareil photographique, et j’ai ramen quelques bois sur la plage. D’autres ont t prises spontanment lors de mes trouvailles, dcouvertes.

J.-F. R. : Une exposition que je qualifierais de ludique, de potique et d’cologique. Ludique aussi parce que si on voit trs vite l’animal dont il s’agit, on peut y voir d’autres choses selon l’angle avec lequel on regarde, c’est vraiment les poupes russes. On peut voir des tas de choses dans la mme photo.

D. V. : On dcouvre d’autres personnages, d’autres animaux, c’est une recherche en fait...

J.-F. R. : D’autres animaux tout aussi vidents.

D. V. : Oui. a vous saute aux yeux. Il ne faut pas avoir peur quand vous regardez les photos d’avoir un chimpanz qui vous saute dessus parce qu’il est retenu derrire le verre, et ils sont vraiment trs vivants. C’est ce ct surprenant et magique, ces choses ont t cres par les lments et vous sautent aux yeux et vous apportent ce ct merveilleux de dire mais enfin, c’est incroyable ! je vois un signe en train de se gratter la tte, je vois une femme qui prie le long d’un arbre, un signe pos dans une main... C’est assez impressionnant, c’est assez ludique. J’ai eu l’occasion d’exposer de manire un petit peu sauvage rcemment sur la place de la comdie durant quatre jours. Et j’ai eu l’occasion de voir passer des matresses qui emmenaient des enfants en bas ge jouer sur l’esplanade. et ces petits se sont arrts, ont t attirs, en regardant ces photographies, et les matresses m’ont conseill de me dplacer au sein des coles pour apporter ce regard. Lorsque j’expose, il y’a tout un tas de gens totalement diffrents qui viennent, qui sont intrigus, intresss. Alors on retrouve des gens qui partagent dj ce mme il que celui que vous avez. savoir qui eux aussi voient des choses et s’en merveillent. Vous attirez l’attention sur d’autres personnes qui se disent Tiens ! c’est incroyable. Dornavant je regarderai autrement. Donc si a peut leur apporter un peu ce petit ct ludique et curieux, c’est relativement intressant. Le message aussi au travers de tout a, c’est comme vous disiez tout l’heure que lorsqu’on se promne sur la plage, on trouve entre autres des bouts de bois, mais tout ce rejet de la mer, c’est aussi un petit peu un appel pour considrer que notre plante n’est pas une grosse poubelle, en fait, il faut vraiment la protger, le prserver euh... La nature nous donne des crations qui sont toutes uniques, comme l’homme ! L’homme est lui aussi unique, euh... mais il avance pas tout seul. La vie c’est un change, si chacun respectait les choses autour de soi, la terre ne serait pas une poubelle. La nature nous dmontre tous par toutes ces " catastrophes naturelles " qui nous arrivent, euh, la nature nous montre tous que face elle, nous sommes tous gaux, et quelle que soit notre position, notre statut, notre situation, on est tous gaux face cette nature. On est tous venus de la mme manire, on repartira tous je pense aussi de la mme manire, en emportant rien derrire nous, matriellement parlant. Donc voil, je pense que la nature nous donne peut-tre aussi, a c’est mon interprtation, dans sa rvolte le message qu’il faut la prserver parce que je pense que l’homme n’est pas totalement innocent toutes ces conditions climatiques qui sont un petit peu bouleverses.

J.-F. R. : Y’a quelque chose de totmique dans ces bouts de bois, le plus souvent plants tels quels sur la plage. C’est une chose qui vous a dj travers l’esprit ?

D. V. : Oui, des totems.

J.-F. R. : Alors sur une des photographies, un jeu d’ombre fait apparatre le visage du prsident de la rpublique. Quelle horreur !

D. V. : Ma foi, il fait faire avec. Non non, il fait que a change. Oui, c’est un bois qui vu de profil... on voit trs distinctement un loup. La projection de son ombre reprsente galement la tte d’un loup ou d’un chien, et en fait, ce mme bois, en le disposant diffremment sur le sable, en le rapprochant du sable j’ai eu vraiment, puisque j’ai un il qui voit des choses assez rapidement, j’ai eu une vision assez impressionnante, c’est que le bout de la projection de ce morceau de bois qui tait donc le fameux loup, me donnait dans l’ombre le profil de Jacques Chirac dans les Guignols de l’info, c’tait assez impressionnant, mais c’est tout fait la marionnette de Jacques Chirac, et en fait ce morceau de bois positionn autrement nous donne un crne, le squelette d’un crne, un tte de mort enfin, qui projette cette ombre. Bon, c’est un petit ct humoristique de la chose, je ne voudrais pas...

J.-F. R. : Vous ne voudriez pas rduire votre exposition ce dtail, je le comprends bien.

D. V. : Oh, de toute faon nous savons o nous en sommes par rapport a. Il suffit juste de se rveiller (rire).

J.-F. R. : Dominique Vincent, merci. On ne remerciera pas les deux personnes qui ont drob deux de vos photos le premier jour de l’expo.

D. V. : Ben coutez quelque part a me fait plaisir. Disons que dans toute situation qui nous arrive il faut en retirer... Il fait en voir le ct positif aussi, en fait, chaque vnement qui nous arrive tous, euh.... a un petit message nous transmettre. C’est vrai que je parle beaucoup de message, mais en fait j’pense que la vie nous en fournit plein. Nous sommes tous des messagers pour nos voisin et vice versa. Donc ces personnes qui sont venues et qui ont pris des photographies dans l’exposition, a me fait plaisir parce qu’en fait, elles ont apprci, donc qu’elles en profitent, si c’est dans le cadre de leur sjour et que si a peut leur apporter, comme tous les commentaires que les gens me disent, si a peut leur apporter du rve, de l’imaginaire, euh... du voyage, oui. Pourquoi pas ? Voil. En esprant qu’elles ne soient pas utilises mauvais escient, y’a pas de... comment dire ? Voil. Qu’ils en profitent, et que a ne nuise personne.

propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin.


 
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