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Dada, Zappa ? - Le requin barjot 126/160

mar 26 avril 2011 - 16h30


mardi 26 avril 2011, par Gilles Gouget (Date de rédaction antérieure : 1er mai 2007).

Citation : « le premier mot de ma fille, Moon, fut werp. La raison pour laquelle ce ne fut pas maman ou papa, c’est que j’éditais mes bandes dans le salon. Et quand vous éditez des dialogues, à chaque fois que vous faites tourner la bobine d’avant en arrière, vous obtenez ce son, werp ».

LE REQUIN BARJOT N°126/160 - 26’26’’

Source intarissable d’inspiration, les enfants de Frank Zappa le sont d’autant plus qu’il est là pour immortaliser les impulsions créatrices dont ils sont féconds. On l’a vu dans Valley Girl avec Moon Unit, pas plus tard que la dernière fois avec Ameth pour Frogs with dirty little lips, et les incursions guitaristiques de son fils Dweezil témoignent de cette interaction inter-générationelle si productive. Pour cerner les choses plus nettement, à propos de la vision qu’à Frank Zappa de la vie de famille, du mariage et de sa progéniture, il faut préciser… Le jour où il tombe, dans un dictionnaire, sur la définition du dadaïsme, c’est comme si tout s’éclairait soudain, il a trouvé son peuple, et si les formes sont différentes pour des raisons spatio-temporelles, les fondements restent les mêmes : remise en question du mode d’expression, truculence provocatrice et dérision, principalement au cours de manifestations publiques, que sont les concerts qu’il a donnés par centaines. Certains collages que l’on peut voir sur les pochettes et les prénoms mêmes de ses enfants se revendiquent aussi de cette dynamique.

Quand Dweezil vient au monde, le couple arrive à l’hôpital Presbytérien d’Hollywood, et ils doivent patienter un peu pour remplir d’innombrables paperasses, comme « de quelle religion êtes-vous ? ». Gail le regarde : « qu’est-ce qu’on met ? » ; « musicien » répond son mari. L’infirmière n’apprécie pas forcément, mais elle se cambre carrément quand elle demande le prénom du futur bébé pour s’entendre répondre Dweezil, qui n’est pas vraiment un prénom connu, puis qu’il s’agit en fait du nom d’un orteil bizarre de sa mère, qui est devenu un sujet d’amusement pour toute la famille, affublé de ce prénom technique. L’infirmière va faire le blocus, et Frank Zappa devra lui sortir des prénoms qui lui viennent à l’esprit (ceux de ces musiciens) pour pouvoir enfin aller en salle de travail, car ça urge et la cerbère a bien l’air de ne pas vouloir démordre de ses principes. C’est à l’âge de cinq ans que Dweezil va découvrir qu’il est officiellement prénommé Ian, Donald, Calvin et Euclid, c’est une tragédie qui ne se dénouera pas avant qu’un avocat ait obtenu de faire modifier son état civil. Une requête inhabituelle pour un enfant de cinq ans, mais c’est un enfant plutôt inhabituel d’après son père qui raconte que son fils est très tôt attiré par les voitures d’une façon peu commune et que la première phrase complète à être sortie de la bouche de Dweezil fut « qu’est-il arrivé à la voiture verte ? ». La voiture verte était celle qu’ils avaient utilisée pour aller à l’hôpital, une Buick verte qu’ils n’avaient alors plus depuis quelques années.

(...)

Toujours au chapitre de la petite famille de Frank Zappa, sa seconde fille et dernier enfant est prénommée Diva, simplement car c’était le bébé le plus bruyant de la maternité… Frank Zappa écrit « les gens font beaucoup de cas des prénoms supposéments étranges de mes enfants, mais le fait est que quel que soit le prénom que j’ai pu leur donner, c’est leur nom de famille qui va leur causer des ennuis ». L’esthétique zappaïenne fait en tous cas autorité, puisqu’on pourra lire dans la revue mondaine du New York Post le 8 juin 1988, que Chastity Bono qui en voulait beaucoup à sa maman, Cher, de l’avoir ainsi prénommée s’entendit répondre « remercie nous plutôt de ne pas t’avoir appelée Dweezil ».

On ne peut pas dire que leur patronyme leur ait porté la poisse, aux enfants Zappa, dont le papa a des idées arrêtées sur sa papaïtude : « Je n’ai pas de temps pour des activités mondaines, mais j’ai toutefois une femme merveilleuse et quatre enfants totalement incroyables. Et ça, les amis, c’est carrément mieux. Pour ce qui est d’éduquer les enfants, l’idée de base que j’essaie de garder à l’esprit et qu’un enfant est une personne. Le simple fait qu’ils soient un peu plus petits que vous ne veut pas dire qu’ils sont plus bêtes que vous. Beaucoup de gens font cette erreur, et oublient toute la valeur qu’il y a dans la pure intuition ; et il y a tout plein de ça dans chaque enfant. Ils ont beau ne pas encore avoir d’habileté verbale ou manuelle, ce n’est pas une raison pour les traiter comme de petits nigauds inférieurs dont le destin est de devenir de gros nigauds inférieurs comme vous. (...) Les enfants ont un sens naturel du mystique, et un sentiment d’être connectés avec la nature. La nature est très excitante quand tout est nouveau. Par exemple, les enfants ont une appréciation de la neige qui est différente de celle du gars qui doit pelleter son chemin. Plus on vieillit, plus on considère la nature comme quelque chose d’évident. (...) Diva est une gentille petite fille, elle va avoir neuf ans, elle aime faire des trucs normaux que font les petites filles, mais (Dieu merci) elle a aussi ses côtés bizarres. Elle avait une poupée barbie une fois, et Ameth en avait brûlé presque tous les cheveux, alors Diva a continué le travail en lui collant du ciment sur le visage, déformant son nez et son front. Elle l’a alors appelée ‘La Femme-Crotte’ (c’est bien, ma chérie !). Le dadaïsme existe et vit dans ma maisonnée… depuis toujours. Même si les enfants n’ont pas la moindre idée de ce que c’est, il le sont. La maison entière, et tout ce qui est connecté avec ce qu’il s’y passe sent le Dada à plein nez. Les Absurdités Intercontinentales, que j’ai crée en 1968, est une entreprise consacrée au Dada en action. Dans les premiers jours, je ne savais même pas comment appeler ce truc dont ma vie étaient entièrement constituée. Vous pouvez imaginer mon ravissement quand j’ai découvert que quelqu’un, dans un pays lointain, avait eu la même idée, et qu’il avait aussi trouvé un chouette nom à deux syllabes pour ça. »

(...)

titre album durée
Sinister Footwear II Them Or Us 8’39’’
Marque Son’s Chicken Them or us 7’33’’

P.-S.

Diffusion précédente : mar 1er mai 2007 - 13h30, rediff. dim 6 mai - 17h20

liens :
- Zappa in france (incontournable)
- http://www.zappa.com/ (officiel)
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
- http://nasalretentive.free.fr/ (fameux coverband français et plus...)
- St. Alphonzo’s Pancake Homepage (incontournable, les notes and comments on été très utiles à la rédaction du Requin Barjot)
- http://www.djouls.com/frankzappa/ (discographie commentée en Français)
- Le Castor Astral (quelques ouvrages à lire)



Animateur(s) :
Gilles Gouget
Réalisation Technique :
Gilles Gouget
Licence de l'article :

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