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- Ce que c’est de la censure - Le requin barjot 129/160
ven 29 avril 2011 - 16h30
vendredi 29 avril 2011, par
Citation : « personne n’a l’air beau avec du rouge à lèvres marron »
LE REQUIN BARJOT N°129/160 - 19’45’’
Un beau jour de 1985, Mary Elisabeth Gore, la femme de l’aujourd’hui célèbre Al Gore qui était alors sénateur du Tennessee, achète à sa fille de huit ans l’album de Prince, Purple Rain, bande originale du film qui, classé R, avait déjà causé pas mal de controverse pour son contenu sexuel. Pourtant, Tipper (c’est son surnom) fut profondément choquée quand sa fille lui fit remarquer la référence à la masturbation dans le titre Darling Nikki. Elle réunit une poignée de ses amies, dont les époux occupent tous des postes influents au sénat américain, et fonde le PMRC, pour Centre de Ressources Musicales pour les Parents.
Le 19 avril 85, Frank Zappa voit sa musique interprétée par le Chronos 4T, au Schoenberg Hall de l’université de Californie, Los Angeles. C’est aussi ce jour-là que sort le premier coffret des Old Masters, une collection prestigieuse qui pour ce premier volume compte sept vinyles équivalant grosso modo aux six premiers albums avec quelques inédits, plus un Mystery Disc sur lequel sont gravés quelques perles et moments rares, comme cette version originale du Duc des Prunes, composée en 1962 pour le film Run Home Slow.
(...)
Le 31 mai de cette année 85, le PMRC envoie un courrier à Stanley Gortikov, alors président de la RIAA (l’association américaine des industriels du disque). Tipper Gore et ses copines accusent dans cette lettre l’industrie discographique d’exposer les enfants "au sexe, à la violence, et de glorifier les drogues et l’alcool". Le texte poursuivait avec la demande de mise en place d’un système de classification comme au cinéma, et portait les signature de Gore, Susan Baker (la femme du secrétaire au finances James Baker), Pam Howar et Sally Nevius (mariées à d’importants businessmen de Washington), et les épouses de 9 autres sénateurs. En quelques jours, Edward O. Fritts, président de l’association nationale des diffuseurs, fit envoyer une lettre à 4500 stations de radios commerciales, une lettre qui leur laissa clairement comprendre que s’ils diffusaient des chansons au contenu explicite ils pouvaient perdre leur licence. Cependant, Gortikov va envoyer une réponse le 5 août, dans laquelle il rejette la plupart des revendications du PMRC car elles impliquent, je cite : des complications qui rendraient la conformité impossible, mais il déclare néanmoins pouvoir étudier l’idée d’un autocollant d’avertissement…
Tout ceci va entraîner dans l’industrie des réflexions sur la meilleure conduite à adopter face au PMRC, et les questions qui finirent par se poser se résumèrent à peu près à jusqu’où, comment, et quand allons nous coucher face à ces harpies ?
(...)
Parallèlement à ces sordides histoires de censure, le hasard veut qu’un projet de loi soit en discussion, à propos d’une taxe sur les supports d’enregistrement vierge. Ce projet, tel qu’il est rédigé, pénalise effectivement celui qui copie chez lui, mais l’argent ainsi levé n’a d’autre bénéficiaire que l’industrie elle-même, (1/4 de milliard de $ par an, gracieusement récolté par le gouvernement, qui plus est). Ce projet ne passera pas, mais son matricule, HR2911, inspirera à Frank Zappa pour son prochain album, une création sonore plutôt… bien sentie…
Frank Zappa on s’en doute, ne voit pas d’un très bon œil la voie de la compromission que semblent vouloir adopter les professionnels de son média, et dans une publication du nom de Cashbox, il va rédiger une lettre ouverte à l’industrie de la musique, intitulée « Extorsion, pure et simple ». Il souligne l’importance de ne pas céder d’un pouce face au PMRC, à l’étude duquel il consacre du temps, et met en garde ses… collègues contre ces bigotes qui n’hésitent pas à déclarer être prêtes à utiliser l’influence de leurs maris pour forcer la mise en place de ce que bon leur semble. « L’extorsion est encore un acte illégal, écrit-il, la conspiration pour commettre l’extorsion est un acte illégal, et cela dépasse les question du Premier Amendement (qui garanti la liberté d’expression). Aucune personne liée ou mariée à un membre du pouvoir ne devrait avoir le droit de gaspiller le temps du pays sur les hobbies tordus de femmes de maison tels que ceux-là. Le cas du PMRC est sans mérite, basé sur une mixture de soupe fondamentaliste et de conclusions illogiques. Terrorisés à la pensée que quelqu’un puisse entendre des références à la masturbation dans une chanson de Prince, ils mettent leurs costumes de gardiens du peuple et les médias accourent. C’est une malheureuse mode des années 80 que le plus léger murmure d’un groupe d’intérêt spécifique (spécialement s’il a des amis à de hautes positions) provoque une réaction réflexe d’apaisement de la part d’un large éventail d’industries qui auraient mieux à faire.
(...)
| titre | album | durée |
| Original Duke of Prunes | Mystery Disc | 1’17’’ |
| Opening night at studio Z | Mystery Disc | 0’29’’ |
| HR2911 | Zappa meets the mother of prevention | 3’35’’ |
| Alien Orifice | Zappa meets the mother of prevention | 4’12’’ |
P.-S.
Diffusion précédente : ven 4 mai 2007 - 13h30, rediff. dim 6 mai - 18h
liens :
Zappa in france (incontournable)
http://www.zappa.com/ (officiel)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa
Animateur(s) :
Gilles Gouget
Réalisation Technique :
Gilles Gouget
Licence de l'article :
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