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Bénédicte Watine-Eloy


samedi 16 novembre 2002, par Gilles Gouget, Jean-François Rigaudin

Réel et Imaginaire II, comme en écho au volume I de 1998. Bénédicte Watine-Eloy reviens dans l’espace expression libre de Divergence. Rencontre au micro de Jean-François Rigaudin.

Jean-Franois Rigaudin : Bndicte Watine bonjour. C’tait en 1998 que vous exposiez dj chez nous, c’tait Rel et Imaginaire I...

Bndicte Watine-Eloy : Oui, j’ai trouv que l’ambiance, ici, tait trs sympathique, et j’ai voulu renouveler l’exprience...

J.-F. R. : Votre travail, depuis 1998, a-t-il volu par rapport ce que vous nous aviez montr ?

B. W.-E. : Oui. C’est dire que j’volue forcment, puisque mon travail, c’est toujours un travail de recherche, puisque je ne fais pas un travail... disons, entre parenthse, pour vendre. Enfin, je fais a pour... ben parce que a me plat, et en gnral je me laisse aller mon imagination, et je m’aperois en fait, que tout ce qui me... tout ce que j’ai pu apprendre dans les diffrents... cours que j’ai pris, de peinture, en fait m’ont servi. Et maintenant, je pense que c’est comme la culture : C’est tout ce qui reste quand on a oubli. C’est dire que maintenant, je me laisse aller, de plus en plus, l’improvisation. C’est dire que quand je commence un tableau, je ne sais plus exactement ce que je vais faire, et c’est au fur et mesure de l’laboration du tableau, que tout... tout s’enchane.

J.-F. R. : C’est une dmarche que l’on pourrait peut-tre associer une dmarche de dbutant mais qui est bien au contraire... vous tes artiste depuis combien de temps ?

B. W.-E. : Oh ! a fait... trs trs longtemps. J’ai toujours aim a, depuis que je suis toute petite. Et en fait j’ai toujours toujours peint, depuis disons l’ge de 10 ans, donc a fait beaucoup de temps.

J.-F. R. : Vous parliez de recherche. Quand on regarde les quelques 15 tableaux que l’on a ici, on voit l’ingalit des tailles, des formats minuscules, moyens ou plus grands...

B. W.-E. : Voil. Mais je pense que le format n’est pas le plus important. mon avis le plus important, c’est... c’est le fil conducteur, c’est... une recherche. Moi, ce qui m’intresse, c’est la matire, donc en fait je pars souvent d’une ide, mais l’ide, en cours de route, s’vanouit. Et en fait je la transpose... J’aime aussi les grands formats. Ici, il n’y a pas la place, mais c’est en gnral ce que je prfre, travailler en trs grand. Mais comme vous le disiez, j’aime aussi les tout petits, c’est... J’aime les deux, en fait. Y’a pas de rgle.

J.-F. R. : Il y a une exploration dans votre travail, la photo est aussi utilise. Comment vous dfinissez vous ?

B. W.-E. : Ce qui m’intresse c’est toutes les techniques diffrentes, il y a des tas de choses qui m’intressent, que ce soit la peinture, que ce soit le collage, que ce soit la photo, je trouve que tout est intressant. Aprs, a dpend de ce que l’on en fait. Tous les sujets sont bons... c’est ce que nous on en fait.

J.-F. R. : Beaucoup d’abstraction... enfin, je dis beaucoup... Aussi du figuratif. On voit beaucoup de silhouettes.

B. W.-E. : En fait ce que je ressens c’est que je n’aime pas beaucoup trop dire les choses. Ce que j’aime, c’est que lorsque je fais un tableau, c’est que les gens qui le regardent puissent encore l’interprter leur faon. Moi, je n’aime pas les choses trop dites. Quand je vois un tableau o tout est dit, a ne m’intresse pas.

J.-F. R. : Est-ce que vos tableaux ont des noms ?

B. W.-E. : En gnral non. Parce que justement...

J.-F. R. : a les enferme ?

B. W.-E. : Oui. En gnral, quand je ne sais pas, je mets composition, parce que... en fait, j’vous dis, j’ai remarqu plusieurs personnes qui en regardant les tableaux, me disent des choses trs diffrentes de l’une l’autre, si vous voulez, donc on peut pas dire c’est une pomme, c’est un paysage, chacun doit interprter sa faon.

J.-F. R. : On m’a dit que vous tiez une boulimique de la peinture, que vous travaillez beaucoup. Dans quelles conditions ? Quand ? En musique ?

B. W.-E. : J’ai pas d’horaires particuliers, j’ai la chance d’avoir un atelier chez moi, et ds que j’ai un moment, ds que ma vie de famille me le laisse, ds que je ne travaille pas (puisque j’anime un petit atelier Castelnau), je vais dans mon atelier.

J.-F. R. : Est-ce qu’on peut dire que vous tes excessive ?

B. W.-E. : Oui.

J.-F. R. : La notion de transparence est aussi trs prsente dans votre travail.

B. W.-E. : Oui.

J.-F. R. : En dfinitive, vous tes de ces peintres qui n’aiment pas beaucoup mettre d’paisseur...

B. W.-E. : Non. J’aime pas trop l’paisseur, j’aime beaucoup la transparence, comme vous dites. La lgret, je trouve que c’est important. Par contre j’adore, pare exemple Tapiez, donc en fait j’aime... C’est drle, parce que j’aime beaucoup des gens qui font des matires, comme Antoni Tpies par exemple, mais moi, personnellement, quand je peins, je mets trs peu de matire.

J.-F. R. : Que pensez vous de ces belles et grandes expositions que l’on peut voir Paris, Matisse-Picasso, ou Modigliani ?...

B. W.-E. : J’ai vu la premire, je vais voir l’autre Nol. Oui, c’est trs intressant bien sr, parce que Picasso et Matisse sont quand mme les grands peintres... qu’on aime beaucoup, enfin moi j’ai toujours ador Picasso, Matisse aussi...

J.-F. R. : Une expo sur deux peintres qui, quelque part, se rpondaient...

B. W.-E. : Oui oui, bien sr. Et ce que j’ai trouv, c’est qu’ils avaient plus mis en valeur Matisse que Picasso pour cette exposition.

J.-F. R. : Peut-tre parce qu’on connat moins l’ ?uvre de Matisse.

B. W.-E. : Oh, il est connu quand mme. L’anne dernire, par exemple, y’avait une autre exposition avec un peintre amricain... une confrontation entre... un peintre amricain, je sais plus comment il s’appelait... Et vraiment, c’est toujours intressant de voir... Par exemple, il avait fait des fleurs. Bon, les fleurs de Matisse taient encore trs trs figuratives, l’autre avait extrapol partir des fleurs, et l... Moi je trouve que c’est tout fait a la peinture, c’est dire c’est... c’est la suite de ce que les autres ont fait. C’est pas du jour au lendemain, comme a, qu’on dcide qu’on va faire quelque chose... Quand on connat tout a, quand on connat les grands, comme Mark Rothko, comme Williem de Koning, enfin tous les peintres amricains, et franais, aprs, on se dit tiens, moi c’est a que j’aime bien ou j’aime pas, enfin il faut... mon avis il faut connatre pas mal de choses pour pouvoir peindre. C’est pas... Quelqu’un qui ne connat rien, mon avis il aurait du mal...

J.-F. R. : Le muse du snat accueille l’expo Modigliani, si on est patient on finit par rentrer. Lui, c’est quelqu’un qui est un peu, la diffrence de vous, n’a fait que des portraits...

B. W.-E. : Oui, je pense que ce n’est pas... ma Famille. Parce qu’on a des familles d’artistes. C’est pas du tout pour dire que l’un est mieux que l’autre, mais il faut choisir. On peut pas tre dans toutes les familles, donc... Moi j’tais plutt de la famille Picasso, pendant trs longtemps... Maintenant, j’volue, mais disons que ce qui m’intresse maintenant, ce sont plutt des peintres trangers.

J.-F. R. : Amricains ? Vous en avez cit...

B. W.-E. : Oui, surtout amricains, oui.

J.-F. R. : Sur l’affiche de cette expo, on peut voir un monotype qui a de belles couleurs. Prcisez nous comment vous travaillez le monotype.

B. W.-E. : Le monotype c’est trs simple. Vous prenez une plaque de zinc, vous la... vous peignez dessus, vous appliquez, donc... de l’encre, de l’encre de gravure, typographique, et ensuite vous mettez un papier sous la plaque, et vous mettez sous la presse. Et vous avez une surprise.

J.-F. R. : Il en sort ce qu’il en sort.

B. W.-E. : Voil. C’est trs intressant parce qu’il y a toujours le hasard qui joue.

J.-F. R. : Est-ce qu’on en jette une grande partie ?

B. W.-E. : Oui bien sur. Justement, c’est le hasard. Une fois c’est russi, une fois c’est rat. Par exemple, celui de l’affiche, je sais que j’en avais tir au moins six du mme chose, j’en avais gard qu’un. Oui, j’aime beaucoup les sries en gnral quand je travaille, je fais beaucoup de choses, et ensuite je trie. Si vous voulez, je me prpare du matriau, et ensuite je trie, et videmment, y’a beaucoup de dchet, mais a c’est pas grave. Si on compte... en peinture il ne faut pas compter ! (rire) il faut pas tre radin, ou... Faut tre trs trs libre... pas avare de son temps, ni de son nergie.

J.-F. R. : Il faut parfois beaucoup d’exemplaires avant Le tableau. Pour les Demoiselles d’Avignon, y’a eu 50.000 (c’est une faon de parler) preuves avant d’en arriver au... plusieurs dizaine au moins...

B. W.-E. : Oui.

J.-F. R. : Vous faites comme a ?

B. W.-E. : Je ne suis pas Picasso (rire) ! Non, mais moi, en fait je ne dessine pas trs bien. Je fais surtout beaucoup de projets, o je compose mon tableau, je sais comment je vais le faire, quel matriau je vais utiliser quelle ide je vais avoir.. Disons que c’est pas... je procde pas disons, comme Picasso, mais bon... J’ai une autre faon de travailler, je prpare... Je pars pas comme a, sans savoir.

propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin.


 
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