- Accueil du site
- Z’Archives
- Les Archives - Musiques
- Araponga
- Autour du cinéma brésilien
Araponga 48
émission du jeudi 8 juin par Marta
jeudi 8 juin 2006, par
Du Cinéma Novo au Nouveau Cinéma, le cinéma brésilien a su garder son image de marque et rester malgré tout, ancré dans la réalité et le quotidien. Le nord-est, le « sertão », les « cangaceiros », ont toujours été présents dans le cinéma brésilien où la musique populaire a souvent été en évidence.
Du cinma novo de (Glauber Rocha, Nelson Pereira dos Santos, Ruy Guerra, Carlos Diegues...) au nouveau cinma (Walter Salles, Fernando Meireles, Sergio Rezende, Andrucha Waddington, Luis Fernando Carvalho, Lucia Murat...), malgr ses priodes de crise le cinma brsilien a su garder son image de marque : ancr dans la ralit et le quotidien, tourne vers les questions sociales, avec un pied dans l’histoire et un autre dans le prsent, attach au local tout en regardant l’universel. Les thmatiques lies au nord-est, au serto , au peuple, aux mythes, aux traditions orales, aux cangaceiros (ces bandits d’honneur) ont toujours taient prsentes dans notre cinma. L’image des cangaceiros tait montre soient comme un symbole de lutte, de libert, et de souffrance, soit aussi comme un personnage courageux et aventurier, en perptuelle lutte contre les policiers et la milice volante. Hro et bandit en mme temps. Il fut en temps o on parlait mme de nordestern par rapport aux western nord amricain. Aussi, dans le cinma brsilien, la musique et particulirement la musique populaire a toujours eu une place prpondrante.
Sylvie Debs est enseignant et chercheur dans plusieurs domaines dont le cinma brsilien et la littrature brsilienne particulirement sur les thmatiques lies au nord-est et la littrature de Cordel . Elle a crit ou particip d’ouvrages sur les mythes du serto, l’identit brsilienne, les ralisateurs brsiliens, le pote populaire Patativa do Assar , Glauber Rocha, Nelson Rodrigues, la politique culturelle au Brsil, Jorge Amado, les migrants du nord-est et le Cangao...
L’exposition Les cangaceiros : bandits d’honneur montre des photographies d’excellente qualit des cangaceiros , rassembles pour la premire fois. Les cangaceiros et leur chef Lampeo en particulier, taient trs attachs leur image et voulaient l’utiliser pour montrer au Brsil et peut tre au monde qu’ils n’taient pas des bandits ordinaires. C’est ainsi que dans les annes 30 ils ont accept d’tre photographis et mme films par le commerant et journaliste libanais vivant au Brsil, Benjamin Abraho, seul photographe qui a russi leur approcher de leur vivant.
Interview :
MM : On commence par une question un peu personnelle ; Vous vous intressez au Brsil, au cinma brsilien et au nord-est, Comment a commenc votre intrt pour le Brsil ?
SD : Je me suis toujours intresse beaucoup et la littrature et au cinma ; moi aussi j’ai fait un certain nombre de courts mtrages. Je m’intressait l’Amrique latine comme beaucoup de Franais mais c’tait vague, global ; je lisais beaucoup la littrature de langue espagnole et c’est en lisant un roman de Mario Vargas Llosa La guerre de fin du monde que je suis tombe perdument amoureuse du Brsil ; je me suis passionne pour l’histoire de Canudos , Antonio Conselheiro , le serto .. J’ai lu Euclides da Cunha et je suis rentre dans le Brsil par la faute Vargas Llosa. Je ne sais pas si vous savez comment un auteur pruvien a crit cette histoire...Alors, Ruy Guerra, cinaste du Mozambique qui habite au Brsil depuis longtemps, avait invit Vargas Llosa pour crire un scnario ensemble sur Canudos , ils ont fait tout un travail de recherche ensemble mais malheureusement il y a eu un malentendu entre les deux et le projet n’a jamais t ralis ; mais avec le matriel de la recherche Vargas Llosa a crit son roman. C’est pour a que quand j’ai lu son roman, j’ai vu un scnario de film et je me disais pourquoi on n’a pas encore tourn un film l-dessous. Voil ma relation avec le Brsil...
MM : En parlant de Ruy Guerra, il doit sortir un film sur le livre de Gabriel Garcia Marquez La mala hora ...
SD : Le film est dj sorti. Il s’appelle Veneno na madrugada - il a donn un autre titre. Il a dj eu des prix au Brsil au festival de Brasilia en novembre dernier et je crois qu’il a t distribu en France dans un certain nombre de salles. Effectivement c’est une adaptation de Garcia Marquez. Gabriel Garcia Marquez a cr une cole de cinma a Cuba et c’est l bas que Ruy Guerra l’a rencontr et a fait connaissance avec Mario Vargas Llosa.
MM : L’espace rserv au cinma brsilien en France est trs restreint surtout dans les villes de province comme Montpellier (2 films je dirais par an si on a la chance d’avoir un cinma comme le Diagonal). Que connaissent les franais du cinma brsilien ou quel ide ont t’il du cinma brsilien ?
SD : C’est une question difficile car je ne peux pas me substituer au public franais. Mais je peux rpondre sur la distribution et la prsence du cinma brsilien en France. C’est vrai qu’il y a trs peu, trop peu de films brsiliens distribus en France, pour plusieurs raisons. D’abord une raison lie la production au Brsil parce que vous savez que le Brsil est pass par une crise trs importante dans les annes 90, o il y avait trs peu de production. A l’heure actuelle le Brsil produit 40 50 long mtrages par an et commence reprendre un rythme de croisire comme au temps de la belle poque o il produisait 80 100 films par an. Donc, il faut avoir un niveau important de production pour que les films puissent entrer l’tranger et puis, il faut dire aussi qu’ l’tranger, en France, il y a beaucoup de concurrence, d’abord il y a le cinma latino-amricain d’une manire gnrale et l’heure actuelle c’est plutt le cinma argentin qui a la prfrence, je ne sais pas si du public ou des distributeurs. Ce qui rend la possibilit ou la viabilit de la distribution du cinma brsilien relativement difficile. Il y a une espce de goulot d’tranglement. Pour donner peut tre quelques chiffres, il faut savoir que la France, elle-mme, a produit en 2005, 225 long mtrages et elle a distribu 590 films, franais, trangers etc. Si vous rflchissez bien il faudrait presque voir 2 films par jour pour voir tous les films qui sont distribus. Je veux simplement dire par l que l’espace, la lutte pour l’espace au cinma est toujours plus grande et que dans cette lutte peut tre que le Brsil n’a pas toujours tous les avantages au dpart pour pouvoir participer, parce que, si vous discutez avec les distributeurs, ils vont dire : mais qu’est ce que vous avez comme acteur connu internationalement, quelle est la langue, etc. C’est autant par des critres conomiques (parce que c’est une question d’argent aussi) qui font que le cinma brsilien n’a pas toujours la chance d’tre distribu et quand il est distribu on a parfois des surprises ; Par exemple un film comme Cidade de Deus dont on pensait qu’il allait faire beaucoup de succs, en ralit n’a pas fait beaucoup de succs dans les salles, en revanche, le DVD s’est trs bien vendu. Il est difficile aussi de prvoir qu’est ce que va plaire au public franais, sachant qu’il y a aussi beaucoup de clich par rapport au Brsil, que ce soit les clichs hrits du cinma novo , des annes 60, du serto , de Glauber Rocha etc., ou alors les clichs de l’heure actuelle c’est—dire carnaval, samba, les femmes, la musique ; Et le cinma brsilien actuel ne rpond ni l’un ni l’autre de ces critres ; a se fait autre chose au Brsil.
MM : Les brsiliens aiment bien le mlange. On a l’impression que les frontires entre cinma, littrature et musique parfois ne sont pas trs rigides ; au niveau des ralisateurs mais aussi au niveau des lments qui sont mis en valeur dans un film. Pensez vous que a c’est une particularit brsilienne ?
SD : Alors, la question du mlange, du mtissage, de l’anthropophagie, parce qu’il faut mettre les tiquettes, oui c’est une particularit de la culture brsilienne. Est-ce que ce mlange se retrouve au cinma c’est—dire est ce qu’on peut trouver une marque, une griffe, au cinma, je pense qu’il faut tre nuanc dans la rponse. Le langage cinmatographique qui caractrise le cinma brsilien, Humbert Mauro, Glauber Rocha, le cinma novo a quand mme une marque particulire. Je pense que ce que caractrise le plus le cinma brsilien c’est, je ne dirais pas le mlange, qui peut tre parfois reu de faon pjorative, mais je dirais que le cinma brsilien est souvent sur la corde raide entre le cot documentaire et la fiction. C’est une caractristique trs forte dans le cinma brsilien cet intert pour la ralit de leur pays, cela depuis le dbut du cinma jusqu’ nos jours : montrer un peu ce qui se passe dans le Brsil et partir de cette ralit la passer la fiction. On voit a trs souvent : dans un film comme cidade de Deus par exemple jusqu’au film qu’on va voir dans le cadre de l’exposition sur les cangaceiros , le film de Glauber Rocha Deus e o diabo na terra do sol ; ils sont trs fortement imprgns de problmes sociaux , conomiques et politiques qui se passent au Brsil, de la culture locale.
MM : Avant au Brsil toute petite ville avait sa salle de cinma (au moins une ou deux). Quand je parle de petite ville, pour le Brsil c’est une ville de 40000 habitants, mais mme des villes plus petites avaient leur cinma. Aujourd’hui pas seulement les cinmas ont t ferms, mais pire, les salles, les locaux sont devenues des lieux de cultes vanglistes, surtout au nord-est. Est que ce processus peut tre rversible ? Est-ce qu’il y un moyen, un jour, de changer cette ralit ? C’tait quand mme un centre de culture important jusqu’ la fin des annes 70 !
SD : C’est intressant de rappeler que les cinmas qui ferment deviennent lieux de cultes parce que j’ai un ami brsilien qui tait lecteur l’universit de Bordeaux et qui tait tonn de voir qu’ Bordeaux c’tait le contraire que se produisait : des anciennes glises converties en cinma, en salle d’art et d’essai. C’est vrai ce que vous dites. Le Brsil fait 17 fois la France et l’heure actuelle on compte 1800 salles au Brsil contre 5600 en France. On voit tout de suite l’cart. Et quand on voit les 1800 salles actuelles c’est grce aussi des efforts qui ont t fait pour redonner un certain nombre de salles au Brsil. Il est vrai que les salles dans les petites villes, dans les zones priphriques ont t fermes et l’heure actuelle la majorit des salles se trouvent non seulement dans les grandes villes (So Paulo, Rio, Salvador, Porto Alegre) mais surtout dans les centres commerciaux. Il faut dire aussi que le prix d’une place de cinma au Brsil tourne au tour de 10/12 reais et que le salaire minimum est peu prs de 300 reais, Ce qui veut dire qu’une grande parti des personnes sont exclues et ne peuvent pas acheter un ticket de cinma. Il faut dire aussi que les annes 60, 70, quand beaucoup de salles ont ferm, a correspond aussi avec l’apparition et la concurrence de la tlvision, ensuite des vido cassettes, maintenant des dvd et on va passer peut tre au cinma par les tlphones portables. Je ne sais pas comment les choses vont voluer ! Ce que je peux dire c’est que pour lutter contre a, et un certain nombre de personnes au Brsil sont tout fait conscients, il faut s’attaquer au problme de la distribution. Les grands circuits sont dans les mains des amricains, et mme le cinma international n’a pas la possibilit d’tre distribu dans toutes les salles. Il existe maintenant un certain nombre de mouvements alternatifs, de plus en plus. Par exemple Belm, il y a un festival de cinma qui, toute l’anne, hors la priode du festival, tous le week-end, ils vont dlocaliser le cinma dans les les, les villages, les petites villes ; souvent pour des gens qui n’ont jamais vu un film pour de vrai. Is vont monter un cran pour montrer le cinma. J’ai vu des expriences similaires Maceio, o ils vont jusqu’ projeter des films sur les voiles des jangadas , sur la plage. J’ai vu des expriences aussi Natal... Le fait que des gens soient conscients que le cinma brsilien n’arrive pas atteindre son public fait qu’un certain nombre de solutions alternatives soient dveloppes. Bien sur, il faudrait faire plus que a. Donner la possibilit aux personnes de voir d’abord les images qui sont produites par eux-mmes avant de voir des images produites par d’autres pays du monde. La distribution au Brsil reste effectivement un gros problme. Des efforts ont t fait pour la production mais il est vrai que le maillon faible reste la distribution malheureusement.
MM : Une question sur la diffrence entre le cinma novo et le nouveau cinma . A l’poque de Glauber Rocha le cinma brsilien avait une vrai proccupation avec les questions sociales. Le nord-est tait montr comme une sorte de symbole de la dtresse, de la misre, de la violence, pour toucher les gens. Aujourd’hui comment est reprsent le nord-est dans le cinma brsilien ?
SD : D’abord il faut peut tre situer historiquement. Depuis la reprise, depuis 94/95/96, depuis qu’une nouvelle production se fait. Il y a eu plusieurs mouvements de prsence du cinma nordestin au Brsil. D’abord des ralisateurs nordestins , eux mmes, qui reprsentent leur propre ralit, mais aussi, les gens du sud qui reprsentent le nord-est. Pour donner des exemples concrets. Il y a eu en 96 Jos Araujo, avec mmoires du Serto (de Fortaleza), o il retrace l’histoire de Mirai, petit village du Cara, o il montre le quotidien des personnes (les deux personnages principaux sont interprts par les parents du ralisateurs).L, on a encore tout le cot mystique, religieux, paysan (des gens pauvres, humbles), avec toujours cette imbrication politique ; c’est—dire, quand les politiciens viennent ils promettent mondes et merveilles et une fois que les lections sont passes, le petit village l’intrieur du nord-est, va rester avec ses problmes de scheresse, de pauvret, etc. ’est presque un documentaire dans la mesure o, on montre encore les ralits quotidiennes. Il a eu la mme anne un autre film de Rosemberg Cariry, aussi du Cara, qui s’appelle Corisco et Dada. Le film rapporte, d’un point de vu historique, la vie de deux cangaceiros clbres : Corisco et sa femme Dad . Il a t fait dans l’optique d’abord de rappeler la mmoire et cette lutte du peuple du nord-est contre les injustices, etc. Ce sont deux films encore dans la ligne du cinema novo , avec des proccupations sociales et politiques. Il a eu par la suite d’autres films notamment celui de Walter Salles Central do Brasil, qui a gagn un prix Berlin. C’est le nord-est vu par quelqu’un du sud, quelqu’un de Rio, qui a pass une partie de sa vie en France, l’autre aux Etats Unis et je dirai, qui a mme une culture internationale. Bien que l’histoire se droule l’inverse, c’est—dire, les gens, au lieu de partir vers So Paulo et Rio ; c’est la trajectoire inverse. Il oppose, la ville, le sud, o il n y a plus de moral, plus d’thique (puisqu’on va vendre un enfant pour changer contre un tlviseur) au nord-est, un peu idalis, puisque l’enfant va retrouver sa famille, ses frres et un cadre un peu moral. C’est une dmarche inverse. Comme si l’thique et la morale se trouvaient au nord-est. A cot de a on va voir des films qui vont parler un peu plus de la tradition, comme avril bris (mme si c’est l’adaptation d’un roman albanais) du mme ralisateur. Il va reprendre la tradition de la vengeance du sang. On voit aussi des films beaucoup plus joyeux, gai, comme Eu, tu eles par exemple. Ecrit partir d’un fait divers (une femme qui a trois maris), ralis par un cinaste du sud, qui dit d’ailleurs, que son histoire aurait pu se passer n’importe o. A cot de a il y a une image beaucoup plus forte qui est montre maintenant dans le cycle de Pernambuco, avec le Lyrio Ferreira, Paulo Caldas, Claudio Assis, Marcelo Gomes. C’est un phnomne tout fait nouveau qui est en train de se passer, avec des films comme Baile perfumado , Amarelo manga , Arido movie , Cinma, aspirines et vautours (qui a t d’ailleurs distribu en France). C’est intressant parce que Recife avait dj une tradition au moment du cinma muet. Beaucoup de films ont t produits Recife. Et maintenant il y a toute une gnration de cinastes qui ont la quarantaine, qui n’ont pas une formation de cinma (parce qu’il n’y a pas d’cole de cinma Recife) mais qui sont trs attachs aux thmatiques du nord-est, mme s’ils vivent Rio (parce qu’il faut aller Rio ou So Paulo pour faire du cinma, comme en France il faut aller Paris). Ils ont un pied Rio mais ils gardent leur tte (leur imaginaire, leur histoire) dans le nord-est et particulirement dans la rgion de Pernambuco et Recife. Il y a beaucoup d’inventivit, un langage nouveau. Recife est une ville qui bouge normment. Il y a eu beaucoup de mouvements l bas. On va la fois boire aux racines traditionnelles et en mme temps dans la modernit, mlanger populaire et rudit, comme Chico Science au niveau de la musique et le mouvement Mangue beat . Pour moi la chose la plus intressante qui se passe au Brsil au niveau du cinma, en dehors de Rio et So Paulo (qui sont toujours des cits d’effervescence) c’est ce qui se passe Recife.
MM : Justement, en parlant d’universalit et de mondialisation, la critique au Brsil me semble un peu ambigu pour le cinma, comme pour la musique d’ailleurs. D’un cot, ils sont trs exigeants, trs litistes, trs conservateurs (ils vont par exemple critiquer les films de Walter Salles) et de l’autre ils sont, on dirait, trs lis aux multinationales du cinma, de la distribution, la publicit. Je parle de la critique d’une manire gnrale, par exemple la critique de Ivana Bentes (qui est professeur et journaliste) qui oppose l’esthtique de la faim de Glauber Rocha la cosmtique de la faim de Walter Salles . Pour la musique c’est la mme chose, on va critiquer Gilberto Gil parce qu’il passe l’action et en mme temps Caetano Veloso, parce qu’il ne prend pas de position. Je me demande si cette critique, extrmiste, rend service au cinma brsilien ?
SD : Je fais quand mme une diffrence entre la critique des journaux et la critique universitaire et acadmique. Depuis une dizaine d’annes il commence avoir un certain nombre de revues (acadmiques ou autre) avec des articles de fond et des analyses srieuses du cinma. Il y a peut tre une ambigut dans la culture brsilienne, qu’on peut retrouver peut tre aussi dans la musique. Il faut toujours s’identifier par rapport quelqu’un. Il y a toujours eu au Brsil, un regard par rapport Hollywood, vers le cinma commercial. Au Brsil il est incarne par la tlvision Globo qui a sa propre production Globo films et qui produit les films avec les plus gros succs de billetterie. Par exemple les films Os dois filhos de Francisco (5 millions d’entres), Carandiru (dans les 3 millions) et Cidade de deus galement. Ce sont des films qui ont t produits et aids par TV Globo. Il y a toujours ce rve, comme l’poque des Studios Vera cruz , o on a voulu produire un cinma qui soit capable de rivaliser avec Hollywood ; un cinma commercial et grand public. D’un autre cot il y a toujours eu une rsistance, qui vient peut tre du cinma novo , qui lutte pour un cinma d’auteur, plus personnel. Dans la nouvelle gnration par exemple plusieurs ralisateurs font un cinma plus d’auteur. Je peux citer par exemple Luis Fernando Carvalho qui a fait un travail magnifique Lavoura Arcaica. S’il y a un grand cinaste brsilien l’heure actuelle, c’est sans aucun doute lui. Il fait un vritable travail de recherche sur le langage cinmatographique. Je pense qu’il y a un grand cart entre le cinma d’auteur et le cinma commercial. Et l on rejoint le problme de la distribution. Par exemple, le film Les narradores de jav, qui a eu beaucoup de prix, a trs mal march, alors qu’il avait toutes les qualits pour attirer un public trs large. Il a t mal distribu. Lavoura Arcaica c’est pareil. Parfois ces films ne dpassent pas 40000 voir 100000 spectateurs.
MM : Ici Montpellier Lavoura Arcaica est sorti au mois d’Aot et j’tais seule dans la salle.
SD : Je l’avais programm au festival de Toulouse (dont je participe). Ce film a t un grand choque motionnel. Lors que j’ai appris qu’il allait sortir en salle j’tais trs heureuse et quand j’ai su qu’il allait tre lanc au mois de juillet j’tais dsespre. On sais qu’en France, en juillet et aot, personne va au cinma.
MM : Aprs la crise des annes 90, provoque par le prsident Collor, on a assist a une reprise du cinma brsilien grce des mesures fiscales et donc l’aide des entreprises. J’ai remarqu que quand les franais regardent un film brsilien et qu’il voient le nom d’entreprises comme Petrobras par exemple, au dbut du film, parfois a choque. Vous pensez que cette politique culturelle et cette faon indirecte pour l’Etat d’aider la culture, est la meilleure manire d’aider la culture au Brsil ?
SD : La loi de l’audiovisuel , je rsume un peu, permet aux entreprises de dduire leurs impts en investissant dans la culture (cinma, thtre, etc.). Des entreprises comme Ptrobras mais aussi la BNDS (souvent des entreprises d’tat). C’est comme si le gouvernement avait dlgu ces entreprises l’aide la production du cinma. Tout est critiquable. En France on a notre systme. Mais je pense qu’il ne faut pas cracher la soupe. Il faut que le cinma soit produit et si ce sont les entreprises qui aident tant mieux parce qu’il faut ces aides. Il ne faut pas s’arrter l quand on voit un film brsilien. C’est le contenu qu’il faut voir. Il y a un certain nombre de problmes provoqus par ce type d’aide par contre. Certains ralisateurs en font tat. Ils ont parfois un projet approuv par le ministre, mais ils n’ont pas d’entre dans ces entreprises, o souvent ce sont des personnes qui s’occupent de la publicit et du marketing et qui n’ont pas forcement un regard critique par rapport au cinma. Souvent ils ne choisissent pas un projet par ses qualits esthtiques ou cinmatographique. Mais comme la perfection n’est pas de ce monde on peut partir de ce systme l et voir comment l’amliorer. Malgr les difficults qui sont relles, on a vu quand mme une cinquantaine de jeunes cinastes qui ont pu raliser leur premier film. Il faudrait peut tre 100, pour qui ait un gnie. De toute faon, un gnie, un grand cinaste il n’y pas un tout les 10 ans, pour tous les pays. Toutes les mesures qui permettent aux gens de produire leurs images sont importantes et il faut les soutenir.
MM : Ruy Guerra disait que cette mthode est meilleure que celle de l’poque de Embrafilme, qui n’aidait que ceux qui taient du parti ou qui faisaient de la propagande. Mais il dit aussi que les entreprises ont tendance n’aider que les projets qui rapportent le plus. Les petits projets ont du mal sortir du tiroir. Personnellement, je pense qu’ l’heure actuelle c’est la meilleure manire d’aider.
SD : Il faut vraiment avoir les chiffres, mais je pense que notamment la BNDS a beaucoup aid les petits projets. A l’poque du cinma novo il y avait une dizaine de ralisateurs. A l’heure actuelle ce chiffre a explos. A l’heure actuelle 25% des films sont raliss par de femmes. Il y a eu une progression, une dmocratisation, qui accompagne le niveau mondial. Le cinma, mme si a cote normment d’argent, se dmocratise. Ce qui a permis l’explosion de la nouvelle vague et du cinema novo c’tait l’apparition des cameras l’paule. Aujourd’hui avec le numrique on assiste une autre explosion et on ne sais pas jusqu’o on va y aller. Le cinaste Guel Arraes, par exemple, fait des films pour la tlvision et il les remontent ensuite pour le cinma. De plus en plus des salles de cinma sont quipes avec du matriel numrique. Peut tre que dans quelques annes les films pellicules n’existeront plus et qu’on aura accs aux films via satellite. Peut tre que les salles des petites villes au Brsil rouvriront alors . Avec l’volution technologique beaucoup de surprises nous sont rserves.
MM : Une des caractristiques de la musique brsilienne est de russir faire une musique populaire mais sophistique et de qualit. Pour le cinma aussi je pense que a peut arriver. La musique populaire brsilienne a toujours eu une place importante dans le cinma. Elle est alle, jusqu’ remplacer des dialogues, comme par exemple dans le film Barravento de Glauber Rocha. Quels sont les musiques de films brsiliens qui vous ont le plus marques ?
SD : Jacques Morelembau, qui a fait des musiques de film pour Walter Salles et Orfeu aussi. Mais, il y a une musique de film que j’coute souvent qui est la musique du film Lavoura Arcaica.
MM : Merci Sylvie pour cet interview.
SD : C’tait trs sympatique.
Playlist
| interprte | Auteur | Titre | Film | Album | Anne | Label | Dure |
| Victor Biglione | Folclore brsilien | Mui rendeira | O cangaceiro (Lima Barreto - 1953 | Cinema acustico | 1998 | Visom | 3’34 |
| Maria Luiza Jobim | Tom Jobim/Vinicius de Moraes | A felicidade | Orfeu negro (Marcel Camus -1959) & Orfeu (Carlos Diegues - 1999) | Bande som originale Orfeu | 1999 | WEA | 3’13 |
| Yamandu Costa | Vinicius de Moraes | Valsa de Euridice | Orfeu negro (Marcel Camus -1959) & Vinicius (Miguel Faria Junior - 2006) | Bande som originale du film Vinicius | 2006 | Biscoito Fino | 3’34 |
| Sergio Ricardo | Sergio Ricardo/Ruy Guerra | Esse mundo meu | Esse mundo meu (Sergio Ricardo-1964) | Um senhor talento | 1963 | Elenco | 1’53 |
| Moacir Santos/Divers musiciens | Moacir Santos | Coisa n 4 | Ganga Zumba (Carlos Diegues -1963) | Ouro Negro | 2001 | Petrobras/Universal | 4’06 |
| Moacir Santos/Milton Nascimento | Moacir Santos | Coisa n 8 - Navegao | Ganga Zumba (Carlos Diegues -1963) | Ouro Negro | 2001 | Petrobras/Universal | 4’11 |
| Milton Nascimento/Gilberto Gil | Jorge BenJor | Chica da Silva | Chica da Silva (Carlos Diegues - 1976) | Milton & Gil | 2000 | WEA | 4’22 |
| Chico Buarque | Chico Buarque/Tom Jobim | Imagina | Para viver um grande amor(Miguel Faria Junior -1983) | Carioca | 2006 | Biscoito Fino | 1’58 |
| Na Ozetti & Andr Mehmari | Chico Buarque | A ostra e o vento | A ostra e o vento (Walter Lima Junior - 1998) | Piano e voz | 2006 | MCD | 4’10 |
| Chico Science | Chico Science | Angicos | Bande som originale | Baile Perfumado (Lirio ferreira & Paulo Caldas - 1997) | 1997 | Natasha records | 3’25 |
pages visiter :
http://www.palavrarte.com/Equipe/eq...
http://perso.orange.fr/miscigenatio...
http://www.portfolium.com.br/canudos.htm
http://www.objectif-cinema.com/hors...
http://photographie.com/?evtid=1082...
http://www.cahiersducinema.com/arti...









